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La médaille de Pauline Jaricot, annonciatrice de la médaille miraculeuse ?

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La dévotion mariale en France durant le XIXe siècle doit en partie son succès aux visions de sainte Catherine Labouré qui conduisirent à la création et à la diffusion de la médaille miraculeuse. Mais peu sont ceux à savoir qu’au même moment, en 1831, alors même que la médaille miraculeuse n’est pas encore imprimée, la missionnaire laïque Pauline Jaricot, dont on fête le 22 juillet l’anniversaire, est touchée par la même inspiration divine au moment où éclate la révolte des canuts à Lyon.

La médaille miraculeuse compte parmi les objets de piété les plus populaires chez les catholiques. Si elle émane de la deuxième apparition de la Vierge Marie, rue du Bac, à sainte Catherine Labouré le 27 novembre 1830, la médaille de la missionnaire laïque Pauline Jaricot, prochainement béatifiée par le pape François, pourrait en être l’annonciatrice.

Nous sommes le 18 juillet 1830. Alors que sainte Catherine Labouré a débuté son noviciat à Paris chez les Filles de la charité de Saint Vincent de Paul il y a quelques mois seulement, elle se voit réveillée au milieu de la nuit par un petit enfant qui lui annonce que la Sainte Vierge l’attend. Elle se rend à la chapelle où elle y trouve la mère de Dieu, vêtue de soie et resplendissante, avec qui elle s’entretient pendant deux heures au sujet de la mission que le Seigneur a pour elle. Elle ne confie ce secret qu’au père Aladel, son confesseur.

Le 27 novembre de la même année, lors de l’oraison du soir, la Vierge se manifeste de nouveau à elle. Cette fois, la mère du Christ se tient debout sur un globe, écrasant un serpent sous ses pieds, et de ses mains jaillissent des rayons de lumière qui se déversent sur le globe. Autour d’elle apparaissent des mots :

Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous.

Puis la vision change. Un grand M apparaît au-dessus de deux cœurs, l’un couronné d’épines, l’autre transpercé d’un glaive, le tout entouré d’une douzaine d’étoiles. La Sainte Vierge demande alors à Catherine de faire frapper ces symboles sur des médailles. Mais son confesseur décide dans un premier temps de l’observer.

La médaille de la Vierge de Fourvière

Un an plus tard, alors que le père Aladel mène toujours son enquête, la révolte des canuts éclate à Lyon, le 22 novembre 1831. Pauline Jaricot, missionnaire laïque et fondatrice de l’Œuvre de la Propagation de la foi, se met au service des blessés tandis que les conflits entre les ouvriers et les soldats envoyés pour les réprimer se durcissent, et menacent de mettre la ville à feu et à sang.

Wikimedia Commons
Révolte des canuts, Lyon, 1831, devant l'église saint Nizier.

Dans sa grande dévotion à la Vierge, Pauline la prie sans cesse pour qu’elle lui apporte courage et allège les souffrances des ouvriers qui ont combattu pour une juste cause.

Un jour, le 3 décembre 1831, selon David Lathoud dans le tome II de sa biographie Marie-Pauline Jaricot, Pauline a une idée qui sauva sans doute de la mort des centaines d’hommes. Elle envoie une de ses amies, une veuve, semer sur le passage des soldats en marche pour réprimer les insurgés une multitude de médailles de la Vierge ainsi que des tracts sur lesquels était écrit : « Marie a été conçue sans péché ». Les troupes royales, menées par le général Comte Roguet, commandant militaire de Lyon et de la 7ème Division Militaire, remarquèrent les médailles miraculeuses et les bouts de papier. « Officiers et soldats les ramassèrent ; la fureur de la vengeance tomba, de sorte que le retour de l’armée gouvernementale s’accomplit sans représailles », écrit Lathoud.

Ces objets évocateurs de la Reine de la paix avaient fait abandonner aux soldats toutes consignes de violence et de répression. Un geste qui ne les laissa pas de marbre puisqu’ils redemandèrent des médailles pour leurs compagnons d’armes.

Bien vite, Pauline reçoit des lettres d’officiers de nombreux régiments, réclamant des médailles pour leurs subordonnés. Elle en distribue près de 12.000 à la garnison. Puis les médailles ne suffisent plus. On lui réclame des chapelets et scapulaires, et des chaînes de prières se forment au sein des régiments. Une vague de dévotion mariale submerge la ville entière, et les tensions retombent petit à petit.

Des médailles annonciatrices du dogme de l’Immaculée Conception

Après deux ans d’observation, le père Aladel décide de faire part à l’archevêque de Paris des visions de Catherine et de sa demande de faire frapper les médailles, sans dévoiler le nom de cette dernière. Quoique prudent face à la vision de Catherine, l’archevêque n’émet pas d’objection vis-à-vis de la médaille.

Les premières sont frappées en juin 1832, alors qu’éclate à Paris une terrible épidémie de choléra, et se diffusent en France comme une traînée de poudre. De nombreuses “guérisons inexpliquées” sont rapportées et attribuées à la médaille. En 1834, alors qu’elle se répand en millions d’exemplaires à travers le monde, on la dit “miraculeuse” même si aucun lien n’a encore été fait avec Catherine et ses visions. Sans le savoir, Pauline Jaricot et la médaille de la Vierge de Fourvière ont sans doute grandement facilité la diffusion de la médaille miraculeuse et du culte marial dans la France du XIXe siècle.

Ces deux événements presque parallèles sont eux-même annonciateurs du dogme de l’Immaculée Conception de Marie, proclamé par Pie IX le 8 décembre 1854, trois ans avant l’apparition de la Vierge à Lourdes.