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De la Bible aux Bibles : la Bible copte

Pascal Deloche / Godong
L'Icône du Christ et de saint Ménas.
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La version copte de la Bible est méconnue de l’Occident, pourtant, elle est à l’origine même de l’Egypte chrétienne. En effet, si à l’origine la langue grecque reste bien présente, le copte va cependant progressivement prendre la dimension d’une langue courante et s’avérer plus accessible aux fidèles égyptiens.

Selon la tradition, c’est la Sainte Famille qui aurait apporté le christianisme en terre égyptienne lors de leur fuite suite à la répression menée par le roi Hérode. C’est surtout sous le symbole de l’évangéliste Marc, martyrisé à Alexandrie, qu’est placé l’essor du christianisme en Egypte. Si la Bible grecque avec l’essor de la Septante constitue certes le point de départ en Egypte, progressivement c’est à partir de ce point de référence incontournable rayonnant de la ville d’Alexandrie que des dialectes donneront naissance à une nouvelle version, la Bible copte, dès le III° siècle ap. J.-C.

Afin d’assurer une plus large diffusion du christianisme naissant, la langue égyptienne dérivée elle-même de l’ancienne écriture hiéroglyphique va ainsi prendre le relais du grec, bien que celui-ci soit toujours encore considéré à cette époque langue officielle en Egypte. C’est la convergence de cette multitude de dialectes servant à traduire la Bible grecque qui donnera naissance à la langue copte bénéficiant en retour de cette vaste entreprise de traduction.

Une diversité de traductions

Outre le grec avec la Septante, et le latin avec la Vulgate de Saint Jérôme, le fort régionalisme des dialectes présent en Egypte a également entraîné une grande diversité des toutes premières traductions bibliques entre le IIIe et le VIe siècles. Ce sont les langues régionales achmimique, fayoumique, lycopolitain, bohaïrique, sahidique, etc. qui vont permettre la traduction et la diffusion en cette partie de la méditerranée des textes bibliques.  Si certaines imprécisions et archaïsmes ont marqué ces premiers essais de traduction, ces derniers ont en revanche révélé en retour une extrême variété et richesse des particularités régionales qui les ont vu naître. Cependant, après cette période de grande diversité de vocabulaire, syntaxe et phonétique, le dialecte sahidique prédominera dès le Ve siècle pour devenir la langue littéraire de l’Egypte jusqu’à ce que le dialecte bohaïrique le supplante à son tour.

Un office à l'église El Moallaqa ou église suspendue, au Caire.

C’est cet ensemble de dialectes à la fois varié et évolutif qui conduira en fin de compte à une unification linguistique des textes bibliques jusqu’au tournant de l’an Mil, millénaire où la langue arabe prendra alors le relais.

Elaboration de la Bible Copte et recherches en cours

Comment cette Bible copte s’est-elle élaborée ? Curieusement, nous ne savons pas tout de la Bible copte au XXIe siècle et la recherche étudie encore de quelle manière celle-ci s’est précisément constituée du fait de la grande diversité dialectale précédemment relevée. Aucune des plus anciennes versions disponibles – dont certaines sont conservées au Vatican tels le papyrus Pap. Vat. Copt. 9 du Ive s. ou encore les manuscrits Borg. Copt. 109 – ne contiennent  l’ensemble de la Bible.

Philippe Lissac / Godong
L'église El Moallaqa ou église suspendue, au Caire.

Si nous possédons l’intégralité du Nouveau Testament dans les plus anciens manuscrits en dialectes sahidique et bohaïrique, la situation demeure en revanche beaucoup plus lacunaire pour l’Ancien Testament conservé entre 60 et 70% seulement ; Ces difficultés expliquent qu’un vaste programme de recherche internationale « Digital Edition of the Coptic Old Testament » à l’université de Göttingen soit de nos jours en cours…

Une Bible copte vivante

Au-delà de ces imprécisions, la Bible copte archaïque révèle bien des traits originaux propres à la culture égyptienne où la magie peut transparaître au fil des textes. Ainsi, des traits culturels antiques de l’ancien panthéon égyptien ressurgissent-t-ils parfois, en effet, parmi les figures bibliques donnant dès lors au texte une couleur et une saveur singulières notamment par l’utilisation des textes bibliques au titre d’amulettes… 

Soulignons, enfin, que l’Église née à Alexandrie dans les premiers temps du christianisme n’a cessé depuis de croître jusqu’à nos jours avec plusieurs millions de fidèles. Leur foi fervente malgré les persécutions qui gagnent les chrétiens d’orient se nourrit et puise encore aujourd’hui directement à cette Bible et langue copte bien vivante.

Domaine public
Maurice d'Agaune (à droite en armure) et ses compagnons coptes venus de Thèbes refusèrent le culte impérial et furent massacrés. Huile sur bois de Matthias Grünewald (c 1520-1524).