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Comment sont reconnus les « saints » et les « bienheureux » ?

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La procédure de reconnaissance de la sainteté est aujourd’hui très codifiée : l’enquête sur la « cause » doit déterminer si le « Serviteur de Dieu » a exercé les vertus chrétiennes à un degré héroïque. Il faut aussi la preuve d’un miracle obtenu par son intercession.

La vénération des saints est très ancienne, notamment celle de la Vierge Marie et des apôtres Pierre et Paul. Les saints des premiers siècles, hommes et femmes, sont presque tous des martyrs. Les conditions de leur mort garantissaient qu’ils étaient auprès de Dieu : ayant été jugés dignes d’être associés à la Passion du Christ, ils participaient nécessairement à sa gloire. Les procès de béatification ou de canonisation sont un exemple des relations entre la piété populaire et l’autorité du Magistère, car il appartient au magistère d’apprécier la validité de l’élan populaire. La reconnaissance ou l’absence de reconnaissance des apparitions mariales est un autre exemple de ces relations.

« Il appartient au magistère d’apprécier la validité de l’élan populaire. »

Les procédures se sont progressivement codifiées. Elles prennent aujourd’hui la forme de procès, dans lesquels il faut apporter des preuves, favorables ou défavorables. L’Église ne voudrait pas que la dévotion des fidèles aille à des personnes qui, finalement, ne le mériteraient pas. Rome a édicté un code de procédure en 1634. Le code actuel, pour la phase diocésaine, date de 2007. C’est à ce document que sont empruntées les citations ci-dessous. 

La réputation de sainteté

Sur la réputation de sainteté d’un fidèle défunt, un groupe de chrétiens ou l’évêque lui-même souhaite ouvrir une « cause » de béatification. C’est la première étape du procès. La réputation de sainteté concerne « un fidèle catholique qui, au cours de sa vie, au moment de sa mort et après son décès, a été considéré comme saint, en vivant de manière héroïque l’ensemble des vertus chrétiennes ». Il faut, de plus, que « l’opinion soit répandue parmi les fidèles que Dieu concède des grâces et des faveurs par son intercession ». Cette réputation doit être « stable, continue » et venir d’une « part significative du peuple de Dieu ». Le fidèle qui remplit ces conditions est appelé « Serviteur ou Servante de Dieu ».

L’évêque nomme un « postulateur »

Sur cette base, peuvent promouvoir une cause l’évêque du lieu où le « Serviteur de Dieu » est décédé, ou le diocèse, ou la paroisse, ou l’institut religieux auquel il appartenait, ou une association de fidèles « admise par l’autorité ecclésiastique », ou même une personne seule, si elle est catholique et mérite confiance. L’initiative est donc très libre. L’évêque doit la valider pour que le demandeur devienne « acteur de la cause ». L’acteur nomme à son tour un « postulateur », qui mènera l’enquête sur le bien-fondé de cette « réputation ». Le postulateur doit être approuvé par l’évêque. La demande formelle, adressée à l’évêque, d’ouvrir la cause ne peut intervenir qu’au moins cinq ans après le décès du Serviteur de Dieu.

L’avis de Rome

L’évêque devra demander son avis à la conférence épiscopale, ou au moins à la province ecclésiastique dont il dépend, sur l’opportunité d’entreprendre la cause : c’est un « avis ». Il est par ailleurs « conseillé » à l’évêque de demander à l’organisme romain compétent, la Congrégation des causes des saints, « s’il n’y a pas d’obstacle à la cause ». En effet, Rome peut avoir eu communication, par d’autres voies, d’éléments qui rendraient la béatification inopportune. Comme la décision ultime appartient au pape, inutile d’entreprendre les démarches si elles doivent finir par échouer. Inversement, avec le temps, « l’obstacle » peut être levé. Ainsi en fut-il pour Charles de Foucauld, à cause du contexte politique, par nature changeant.   

Les « enquêtes »

L’évêque, représenté généralement par un délégué, nomme ensuite les personnes qui auront à mener les enquêtes sur les documents, les témoignages, les écrits et, éventuellement, la guérison qui pourrait avoir été miraculeuse. Un promoteur de justice, également désigné par l’évêque, appelé autrefois « avocat du diable », est chargé de tout surveiller et de soulever les objections qui pourraient se présenter. Un notaire doit transcrire les témoignages et rédiger les actes. Deux censeurs théologiens examinent les écrits qui ont été publiés par le saint éventuel et, dans la mesure du possible, ses écrits privés : il ne s’agit pas seulement de vérifier leur orthodoxie, mais de mieux comprendre la personnalité et la spiritualité du Serviteur de Dieu. Trois autres experts, au moins, constituent une commission historique qui doit rechercher et examiner tous les documents écrits, publics ou non, le concernant. Quant aux témoignages oraux, ils doivent répondre à des « questions brèves, qui ne soient pas insidieuses ou sournoises, ne suggèrent pas les réponses, soient adaptées à la compréhension du témoin » et reposer sur des exemples précis. S’il y a lieu d’examiner une guérison, l’évêque nomme un médecin.

« Il faut s’abstenir de tout acte de culte, comme serait la transformation de sa chambre mortuaire en chapelle. L’envoi des documents à Rome est, avant tout, un acte juridique. »

Ainsi s’achève la phase diocésaine dans l’instruction de la cause. Sa conclusion n’est pas une décision, même si les diverses enquêtes ont conforté la réputation de sainteté constatée au départ. Les fidèles peuvent manifester leur dévotion envers le Serviteur de Dieu et prier pour l’aboutissement de la cause. Mais il faut s’abstenir de tout acte de culte, comme serait la transformation de sa chambre mortuaire en chapelle. L’envoi des documents à Rome est, avant tout, un acte juridique.

L’héroïcité des vertus

Si les enquêtes aboutissent à une conclusion favorable, le dossier est transmis à Rome. La Congrégation pour les causes des saints doit dire si le « Serviteur (ou Servante) de Dieu » a exercé les vertus chrétiennes à un degré « héroïque ». Il est alors déclaré « vénérable ». À la réponse positive sur l’héroïcité des vertus doit s’ajouter la reconnaissance d’un miracle, en relation avec le Serviteur de Dieu.

« Pour l’authentification d’un miracle, la Congrégation dispose d’une commission médicale qui rend son avis. Si l’avis médical est favorable, il est soumis au Pape, apte à reconnaître l’authenticité du miracle, puisque celui-ci n’est pas seulement un phénomène physique, mais spirituel. »

À Rome, l’enquête reprend, le postulateur devant résider à Rome pour pouvoir travailler avec la Congrégation compétente. La Congrégation vérifie que la phase diocésaine a été menée correctement. Si c’est le cas, un Rapporteur est nommé par la Congrégation. C’est lui qui soumettra le dossier à l’appréciation des consulteurs, puis des cardinaux et des autres évêques qui constituent la Congrégation. Sous sa direction, le postulateur, aidé par un collaborateur, rédige une Positio, qui présente les arguments en faveur de l’héroïcité des vertus du Serviteur de Dieu, sans cacher ses défauts ou les apparences qui plaideraient en sa défaveur. Pour l’authentification d’un miracle, la Congrégation dispose d’une commission médicale qui rend son avis. Si l’avis médical est favorable, il est soumis au Pape, apte à reconnaître l’authenticité du miracle, puisque celui-ci n’est pas seulement un phénomène physique, mais spirituel. Le miracle est considéré comme un signe du Ciel, confirmant l’héroïcité des vertus du Vénérable. 

La béatification, puis la canonisation

Ces conditions étant réunies, le Pape peut alors proclamer la béatification. La célébration, désormais, a souvent lieu dans le pays d’origine. Si un nouveau miracle est reconnu et s’il paraît souhaitable d’étendre la dévotion à l’Église universelle, le pape procède à la canonisation, qu’il préside lui-même. Le saint pape Jean Paul II a multiplié les béatifications et canonisations. Il voulait manifester que la sainteté n’était pas réservée à une catégorie de fidèles. Il a souhaité que soit reconnue la sainteté de Serviteurs et Servantes de Dieu, originaires de tous les pays, de tous âges, de toutes conditions de vie, de tout état religieux. Contrairement à la coutume reprise par le pape François, il procédait lui-même aux béatifications, souvent à l’occasion de ses voyages apostoliques. Ainsi, Frédéric Ozanam a été béatifié à Notre-Dame de Paris, lors des Journées Mondiales de la Jeunesse en 1997. Le pape François fait ordinairement célébrer les béatifications par le cardinal préfet de la Congrégation des saints, dans leurs propres pays. 

« La date choisie pour les fêtes de saints ou bienheureux est ordinairement celle de leur décès. »

Les canonisations sont toujours présidées par le Pape lui-même, puisqu’elles concernent l’universalité de l’Église. La date choisie pour les fêtes de saints ou bienheureux est ordinairement celle de leur décès. Mais la date retenue pour les époux Martin est celle de leur mariage, le 12 juillet. Ils avaient été béatifiés à Lisieux, mais leur canonisation eut lieu à Rome, pendant la seconde session du synode sur la famille.

Le cas des martyrs

Les saints sont inscrits à un « catalogue », le « martyrologe », quelle que soit la manière dont ils ont exercé les vertus chrétiennes à un degré « héroïque ». L’héroïcité ne suppose d’ailleurs pas des manifestations extérieures extraordinaires : de la « Petite Thérèse », une de ses sœurs se demandait ce qu’on pourrait bien écrire à son sujet dans la notice mortuaire. Cependant, le saint « typique » est le martyr, parce qu’il est de plus près associé à la Passion du Seigneur. Dans les livres liturgiques, les martyrs sont placés juste après la Vierge Marie. Est considéré comme martyr celui qui a été tué en haine de la foi, par exemple s’il a refusé de renier la foi catholique ou de rejeter l’Église. La plupart du temps, les persécutions se placent dans un contexte politique agité. C’était le cas, notamment, pour Mgr Oscar Romero, au Salvador, béatifié en 2015, tué à cause de son engagement au service des pauvres. Il en était déjà de même pour Jésus : ceux qui voulaient l’éliminer ont cherché un prétexte politique, le refus de l’impôt. Pour le père Maximilien Kolbe, le pape Jean Paul II a innové en le reconnaissant comme martyr au titre de la charité. 

Les exceptions

Les procédures à suivre sont donc complexes, pour garantir la plus grande objectivité. Le pape ne veut pas s’engager et engager les fidèles à la légère. Vu le nombre de collaborateurs requis pour cette tâche, l’instruction d’une cause a un coût non négligeable. Ainsi, il n’est pas étonnant que beaucoup de causes soient portées par des instituts religieux, voulant que soit honorée la mémoire de leurs fondateurs ou de leurs membres. Mais comme les règles sont fixées par Rome, le pape peut s’en dispenser. Ainsi, le délai de cinq ans n’a pas été respecté pour Mère Teresa de Calcutta et pour Jean Paul II. Le pape François a canonisé le bienheureux Jean XXIII, sans qu’ait été constaté un deuxième miracle.