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Être chrétien, c’est aussi accepter le défi de la bataille culturelle

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Pascal Deloche I Godong
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Pour rejoindre les attentes de ceux qui étouffent d’avoir perdu le sens de Dieu et même le bon sens humain, l’abbé de l’abbaye trappiste de Nový Dvůr conseille aux chrétiens de prendre de la hauteur. Leur défi est d’accepter d’affronter la culture qui préfère l’« avoir » à l’« être ».

Comment porter un regard chrétien sur notre temps ? C’est toujours dans l’Évangile que l’on trouve les bonnes questions et les bonnes réponses. Les vraies questions, c’est le Christ qui les pose. Prenons-en une, au début de l’évangile de Jean : « Que cherchez-vous ? » (Jn 1,38). Un chrétien doit se demander de temps en temps, dans le temps qui est le sien, ce qu’il cherche. Et puis, surtout, il y a Jésus qui lui pose cette question : « Que cherches-tu ? » Sauf que, précisément, il ne nous la pose pas seulement individuellement. Il nous la pose au pluriel, parce que nous vivons en Église : « Que cherchez-vous ? » Pour illustrer mon propos, je prendrai une image forestière.

Les trappistes de l’abbaye de Nový Dvůr en République tchèque vivent au milieu d’une forêt. C’est l’un des charmes, sans doute, qui attirent leurs hôtes. Après une coupe de bois, il y a deux solutions. Soit on rase tout et on replante de jeunes arbres, c’est beaucoup de travail. Soit on prend la précaution de laisser sur la parcelle quelques grands arbres sains qui ensemenceront naturellement, année après année, le terrain laissé libre par la coupe. C’est plus naturel et beaucoup moins fatiguant.

Parfois nous sommes trop durs avec ceux qui ne pensent pas comme nous, et dont la pensée est respectable. En étant durs avec nos adversaires, nous les poussons à être durs avec nous.

Chaque Église locale est l’un de ces grands arbres. Autrement dit, elle doit prendre de la hauteur : délaisser les polémiques et les polarisations d’opinions contradictoires, proclamer la vérité à temps et à contretemps, sur des thèmes théologiques et spirituels assez concrets pour rejoindre les préoccupations d’un cercle encore plus large de chrétiens et de futurs chrétiens, en leur donnant les fondements qui structurera leurs vies déconstruites. Plus l’arbre dont j’ai parlé est haut, plus le souffle de l’Esprit-Saint pousse loin les graines qui tombent de ses branches afin qu’elles germent dans la bonne terre. Laissons les débats mesquins aux personnes mesquines. Parfois nous sommes trop durs avec ceux qui ne pensent pas comme nous, et dont la pensée est respectable. En étant durs avec nos adversaires, nous les poussons à être durs avec nous. Cet arbre doit toujours être au centre de la parcelle. En évoquant ce centre, je ne veux surtout pas évoquer des positions politiques moyennes. Plutôt un fait : il y a des vérités que nous souhaitons enraciner au centre de nos vies.

Je connais depuis soixante-cinq ans mon pays natal, la France, et je respire l’air de la Bohême et de la Moravie depuis vingt ans. Je puis dire que les idéologies ouest-occidentales sont à bout de souffle.

Je connais depuis soixante-cinq ans mon pays natal, la France, et je respire l’air de la Bohême et de la Moravie depuis vingt ans. Je puis dire que les idéologies ouest-occidentales sont à bout de souffle. La remise en cause d’une autorité saine et d’une docilité intelligente, les mœurs chaotiques et la remise en cause des vérités naturelles rendent la vie triste à mourir. Partout où demeure encore un peu de bon sens dans le regard que nous portons sur les hommes et sur les femmes, sur la nature, sur la valeur d’une vie simple, sur la pratique spontanée de la solidarité familiale, on se porte mieux. Il se pourrait que ceux qui étouffent d’avoir perdu le sens de Dieu et même le bon sens humain, regardent un jour vers nous avec nostalgie. Ne nous laissons pas prendre aux pièges dans lesquels ils ont mis les pieds.

Le combat culturel

Dans son livre François le diplomate (Salvator), un livre critique et optimiste, Jean-Baptiste Noé, professeur d’histoire économique à la Sorbonne, cite une remarque du pape à propos de nos sociétés : « Le seul continent qui puisse apporter une certaine unité au monde, c’est l’Europe. […] L’Europe seule a une vocation d’universalité et de service. […] Mais oubliant son histoire, l’Europe s’affaiblit. »

Le pape Benoît a dit des paroles très fortes à ce sujet : « L’Église catholique doit être vue comme […] possédant un héritage de valeurs qui ne sont pas des choses du passé mais une réalité très vivante et actuelle »

Ensuite l’auteur remarque que « la génération du clergé en rupture avec la tradition et adepte de l’enfouissement est en train de s’effacer, remplacée par une nouvelle génération, formée par Jean-Paul II et Benoît XVI, davantage fière de sa foi et consciente du combat culturel ». Le pape émérite a dit des paroles très fortes à ce sujet : « L’Église catholique doit être vue comme […] possédant un héritage de valeurs qui ne sont pas des choses du passé mais une réalité très vivante et actuelle » (26 septembre 2009). Même message que celui que nous proposait début février l’évangile de du cinquième dimanche du Temps ordinaire : « Vous êtes la lumière du monde… le sel de la terre » (Mt 5, 13-16). Serons-nous capables de combattre les influences morbides qui menacent l’avenir de l’Europe contemporaine ? Cela dépend si nous serons capables de défier la culture qui préfère l’« avoir » à l’« être ». Et ce en renforçant la culture de l’être, de notre être chrétien. 

« Maître, où demeures-tu ? »

Pour y parvenir, je cite encore Jean-Baptiste Noé, « il faudra que les Européens acceptent d’affronter la guerre culturelle qui est menée contre eux ». Comment ? Regardons autour de nous. Admirons la nature que Dieu a créée pour nous. Appuyons-nous sur l’harmonie du chant des moines et leur prière, quand leur cœur est assez pur pour s’élever au-dessus des passions qui les habitent, comme tout un chacun. Au fond, la question qui se pose à nous, à vous comme à moi, c’est donc bien celle-là : « Que cherchez-vous ? » demande Jésus. Et les disciples répondirent : « Rabbi — ce mot signifie maître — où demeures-tu ? » La vraie question que nous devons poser et qui n’a certes pas de réponse immédiate, est évidemment celle-ci : « Maître, où demeures-tu ? »

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