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Les besoins essentiels d’une femme qui accouche

Gorodenkoff I Shutterstock
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Si l’on connaît la pyramide des besoins élaborée par le psychologue Abraham Maslow dans les années 40, une pyramide semblable pourrait être imaginée pour les femmes qui s’apprêtent à donner la vie, afin que l’accouchement soit vécu le plus sereinement possible.

« L’accouchement est une mise au monde qui tutoie la mort : on n’en sort pas indemne », affirme sans détour Marianne Durano dans son essai Mon corps ne vous appartient pas (Albin Michel). Une expérience au cours de laquelle souffrance et joie sont intimement et mystérieusement mêlées. Une épreuve initiatique pour une femme, dont les besoins essentiels sont parfois gommés au profit d’une technique médicalement maîtrisée. Pourtant, certaines conditions ne sont pas à négliger si l’on veut vivre le plus sereinement possible son accouchement.

Se sentir en sécurité

C’est le premier besoin identifié par Ruth Ehrhardt, sage-femme sud-africaine auteur du livre Les besoins essentiels d’une femme qui accouche (Amanita Libera). Pour ce faire, elle recommande le plus possible d’accoucher dans le silence et la pénombre, ou tout du moins dans un lieu bénéficiant d’une lumière tamisée. Il est également important de ne pas avoir froid, afin de favoriser la sécrétion d’ocytocine, hormone provoquant les contractions utérines. Il convient enfin d’être protégée au maximum des sources de stress pour sécréter le moins possible d’adrénaline, hormone qui supprime l’ocytocine. « Les lumières fortes, les conversations, le fait de signer des papiers, les questions, l’horloge, les chambres froides et stériles, le manque d’intimité… tout cela peut contribuer à un sentiment d’insécurité et rendre difficile l’apparition de l’ocytocine », constate dans son livre Cécile de Williencourt, sage-femme à l’initiative des sessions Trésors de femme. Des conditions pourtant souvent réunies dans le milieu aseptisé de l’hôpital, mais que l’on peut atténuer grâce à la présence de son mari, en rapportant des objets familiers de chez soi, en écoutant de la musique ou encore en prenant le temps de prier. Sur la place du père, Cécile de Williencourt insiste son rôle protecteur. « La femme a besoin de pouvoir s’appuyer sur un repère extérieur stable : son conjoint. L’homme est le phare qui lui permet de plonger dans sa maternité en sachant qu’il la guidera pour revenir vers la femme qu’elle est », précise-t-elle.

Lâcher-prise et se faire confiance

« Le travail de l’enfantement aboutit à une dépossession et à un effacement de soi », souligne Cécile de Williencourt. Une dépossession qui exige de s’abandonner, d’arrêter l’intellect pour laisser l’instinctif prendre le dessus, de mettre en mode « pause » le néo-cortex (la partie « pensante » du cerveau). « Ce processus impose à la femme qui accouche une sorte de passivité. Elle peut y consentir en lâchant prise ou résister en se raidissant dans la peur et le refus, explique la sage-femme. La mise au monde d’un bébé demande un réel lâcher-prise : laisser faire le corps, lui faire confiance ». Se préparer à l’accouchement, prévient-elle aussi, c’est aussi se préparer à ce qu’il ne se passe pas comme prévu.

Ne pas se sentir « observée » : être enceinte n’est pas une pathologie

Pour Ruth Ehrhardt, une femme qui accouche ne doit pas se sentir observée. Condition nécessaire pour qu’elle arrive à suivre son instinct et à se connecter à son corps, à sa partie primitive « qui sait ». Pourtant, le défilé des sages-femmes, médecins et anesthésistes ainsi que la mise sous monitoring ne facilitent pas la tâche. Une médicalisation de l’accouchement, qui, lorsqu’elle est excessive, lui ôte son caractère naturel et sacré. Un paradoxe des temps modernes, que ne manque pas de souligner Marianne Durano : « La femme est soumise à deux injonctions contradictoires. D’un côté, on lui répète que « la grossesse n’est pas une maladie » en la poussant à travailler jusqu’à la veille de son accouchement. De l’autre, on la considère précisément comme une patiente, une malade irresponsable », déplore-t-elle. « Habitués à gérer le corps des femmes, à le voir comme une machine, les experts médicaux considèrent également l’accouchement comme un problème technique et non comme une épreuve initiatique », regrette la philosophe. « Certes, les avancées techniques sont indispensables, mais on en arrive presque à traiter la naissance comme une pathologie, constate pour sa part Cécile de Williencourt. Le modèle d’enfantement proposé aux femmes d’aujourd’hui se fonde sur le présupposé que le corps des femmes est insuffisant et que les parturientes ont besoin d’être assistées. »

Quelle solution alors, entre une prise en charge rassurante pour la future maman et une surmédicalisation ? Pour Cécile de Williencourt, la réponse réside dans une présence attentive du corps médical, et non dans sa toute-puissance. « L’idéal, aimerait-elle, serait que le corps médical, plus nombreux, accompagne davantage les femmes dans leurs ressentis, qu’il exerce moins son rôle comme un pouvoir que comme une présence. Il est là pour « célébrer le miracle » que les femmes sont en train de vivre. »

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