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Cet incroyable cadeau de l’impératrice Eugénie aux chrétiens d’Irak

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Aujourd’hui en cours de réhabilitation, l’église du couvent Notre-Dame de l’Heure, à Mossoul, est étroitement liée à celle de la France.

Située au centre de Mossoul, au nord de l’Irak, l’église Notre-Dame de l’Heure a été construite dans les années 1870 par les dominicains. Et son clocher n’est autre qu’un don de l’impératrice Eugénie, épouse de l’empereur Napoléon III. Il faut dire que toute une histoire lie la France et les chrétiens d’Orient. Du 9 au 18 juillet 1860, plus de 10.000 chrétiens sont massacrés à travers le Liban et en Syrie, dont au moins 4.000 dans la seule ville de Damas. Des milliers de chrétiens sont sauvés par l’émir Abd el-Kader, mais après ce massacre de Damas, l’empereur des Français envoie alors un corps expéditionnaire au Levant à leur secours dans un objectif humanitaire.

Et moins d’une dizaine d’années plus tard, les dominicains de la province de France construisent le couvent et l’église latine Notre-Dame de l’Heure à Mossoul, d’après les plans de l’architecte français Lucien Douillard. C’est l’impératrice qui finance et offre le campanile dans lequel, en 1881, est installée une horloge à quatre cadrans qui donne l’heure à toute la ville – la première sur le sol irakien -, d’où son nom. « L’impératrice Eugénie a offert le clocher, comme d’autres familles françaises ont, en leur temps, dédié une part significative de leur fortune à l’hospice ou au séminaire inter-rituel Saint-Jean », explique à Aleteia frère Olivier Poquillon, dominicain du couvent de Mossoul.

Un couvent fédérateur

Le couvent a aussi abrité la première imprimerie de Mésopotamie. Les frères, qui ne trouvaient pas les livres dont ils avaient besoin pour les nombreuses écoles de garçons et de filles fondées dans la région, se sont décidés à les imprimer eux-mêmes. C’est dans cette imprimerie, détruite par les troupes ottomanes au cours de la Grande Guerre, qu’a été éditée la première grammaire kurde. « L’attachement des Mossouliotes à Notre-Dame de l’Heure s’explique par de multiples facteurs », poursuit le religieux. « Son école a en effet accueilli des enfants de toutes les communautés, leur apportant une éducation de qualité et leur permettant d’accéder aux sciences occidentales. Lors de ma dernière visite sur le chantier de reconstruction de la Grande mosquée Al-Nouri, un notable sunnite est ainsi venu me saluer et vanter à l’équipe de l’Unesco l’importance de l’éducation qu’il avait reçue à Mossoul de la part des frères. C’est lui, musulman sunnite, qui leur a redit l’importance de cette présence pour le rayonnement de la ville de Mossoul et la connaissance mutuelle des membres des diverses communautés ».

« Pour les dominicains, le couvent de Notre-Dame de l’Heure a été voulu et vécu comme un lieu de rencontre entre l’Orient et l’Occident. »

De plus, souligne-t-il, il ne faut pas oublier que des ouvriers et artisans chrétiens et musulmans travaillaient ensemble à la construction du couvent, comme ils le firent lors des restaurations de la grande mosquée de la ville. Il faut également noter que la Vierge Marie est une figure importante pour les musulmans. Dans la cour de l’église se trouve une grotte de Lourdes avec une statue de Notre-Dame des miracles et des paroissiens, mais aussi des musulmans et des yézidis, venaient encore y prier récemment.

© Ordo Prædicatorum
Si le réfectoire et l’escalier des cellules ont été détruits par une frappe, le reste est encore là.

En 2016, les partisans de Daech s’attaquent à la célèbre église et font sauter une partie des bâtiments. L’ensemble du couvent est bien abîmé mais toujours debout. Le réfectoire et l’escalier des cellules ont été détruits par une frappe mais le reste est encore là. Daech a effectué une brèche dans le clocher, notamment pour voler l’horloge historique.

« Mossoul a toujours été un carrefour sur les rives du Tigre. Pour les dominicains, le couvent de Notre-Dame de l’Heure a été voulu et vécu comme un lieu de rencontre entre l’Orient et l’Occident, entre chrétiens, juifs (jusqu’en 1967) et musulmans, mais aussi entre communautés de toutes langues et cultures (langues arabes, kurdes, araméennes ; communautés chrétiennes catholiques, apostoliques ou orthodoxes ; musulmans, chrétiens, yézidis…) ».

Aujourd’hui, en lien avec l’Ordre des Prêcheurs et grâce à un financement des Émirats (suite notamment à la visite du Pape François à Abu Dabi), l’Unesco a lancé une procédure de réhabilitation de l’emblématique édifice. En incluant la formation professionnelle dans le projet de réhabilitation, l’Unesco cherche aussi à redonner ce sentiment de propriété aux jeunes artisans, ingénieurs et architectes qui auront travaillé sur cet édifice. « Nous espérons que ces travaux de réhabilitation, menés conjointement par chrétiens et musulmans, contribueront à faire renaître la confiance et à apporter une petite touche d’espérance aux habitants de la plaine de Ninive », conclut frère Olivier Poquillon. « Aujourd’hui, le défi sera d’essayer de faire de sa réhabilitation une expérience commune permettant de commencer à cicatriser certaines blessures en vue de reconstruire à terme, avec l’aide de Dieu, la confiance et la paix ».