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« On a passé plus d’une heure en visio avec le Pape et voilà ce qu’on a appris »

Dicastère pour la communication
le pape François en visioconférence le 29 mai 2020 avec l’ensemble des maisons Lazare pour les 10 ans de l'association.
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Les coulisses de l’incroyable rencontre en vidéoconférence du pape François avec les jeunes de l’association Lazare. Un dialogue exceptionnel qui est aussi une leçon de vie.

Imaginez-vous en visioconférence. Le Pape arrive en personne et répond à vos questions. C’est l’incroyable surprise dont ont profité les habitants de Lazare, association qui anime des colocations entre des personnes de la rue et des jeunes professionnels. Certains d’entre eux étaient sur place, dans la maison du Pape au Vatican. Ils ont organisé cette vidéoconférence avec tous leurs « colocs » de France, de Belgique, d’Espagne. Une audience très privée, devenue publique, puisque le Saint Siège a accepté la diffusion de la vidéo. Récit de l’intérieur d’une séquence improbable.

Le Pape a le temps

Aussi bizarre que cela puisse paraître, alors que nous nous inventons tous des agendas de ministre, le Pape nous a donné une heure trente d’entretien ! Une audience de cette durée, ça n’existe pas ! Quatre-vingt-dix minutes durant lesquelles chacun a pu réaliser la qualité de sa présence aux autres. François n’a été à aucun moment dérangé ni par ses secrétaires, ni par le téléphone mais son regard et sa parole nous ont laissé penser que nous étions uniques au monde. Lui dont la charge est planétaire, il était là comme l’aurait été un grand-père disponible à ses petits-enfants après trois mois de confinement. C’est la première leçon de cette rencontre : « Tu n’as pas le temps. Le pape a le temps. »

WEB2-POPE FRANCIS-VISIOCONFERENCE-LAZARE
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La Curie prend soin de nous

On a souvent entendu parler des services du Vatican de façon négative dans les médias et il est vrai que le pape François lui-même ne les a pas toujours ménagés, mais, du petit bout de lorgnette qui fut le nôtre, il faut reconnaître la très grande délicatesse des personnes qui nous ont accueillis à Santa Marta. Nous avions besoin de disposer du WiFi, d’une rallonge, d’un verre d’eau, d’arriver un peu avance : tout semblait facile, comme si nous étions attendus, comme si nous étions des personnes importantes, nous les derniers des pauvres ! Un des secrétaires du pape nous a invités à la simplicité : « C’est votre pape, il aime les choses spontanées ! soyez vous-mêmes ! » Deuxième leçon : On mesure la sagesse d’une personne à la qualité de son entourage.

Saint Père et simple homme

Il a été beaucoup question ces dernières années de cléricalisme dans l’Église. Il est vrai que la sacralité de certaines fonctions rendait certaines personnes inaccessibles ; leurs défauts, impensables ; leurs péchés, leurs crimes, impossibles. François, lui, reconnaît dans le cadre de notre échange qu’il y a certaines choses qu’il ne peut toujours pas pardonner, que certaines décisions sont difficiles à prendre et qu’il manque de courage, et que le soir, lorsqu’il fait son examen de conscience il est parfois rongé par la honte. Nous avions face à nous le digne successeur de Pierre, cette pierre sur laquelle est bâtie l’Église, mais qui n’est pas un bloc de béton armé… Il nous quitte : « Priez pour moi ! mon travail : pas facile. » Troisième leçon : Pierre est aussi d’argile.

WEB2-POPE FRANCIS-VISIOCONFERENCE-LAZARE
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Le pape gentilhomme

Le pape François demande un verre d’eau pour sa traductrice, il accueille longuement l’intention de prière confiée par Charlotte, l’une des « colocs » ; il ne peut pas accepter — pour des raisons sanitaires — le déjeuner que Christian, un autre « coloc » lui propose mais fait un don pour nous permettre d’aller nous restaurer dans Rome. Quatrième leçon : Quand tu ne peux pas honorer l’invitation d’un pauvre, au moins ne le laisse pas partir le ventre vide.

Le Pape au-delà du périphérique

Le Pape a commencé par cette conviction : « Les périphéries existentielles sont le centre du cœur de Dieu », prolongeant ainsi un des thèmes majeurs de son enseignement. « Dieu lui-même s’est fait périphérie existentielle », insiste-t-il. Timothée, responsable d’une maison, l’interroge pour savoir ce que lui inspire la parabole de Lazare, à l’origine du nom de l’association. Le Pape explique que dans cette parabole, Lazare est seul à avoir reçu un nom, parce qu’il est « à la limite » et que chacun trouve son nom, c’est-à-dire son identité, dans ses propres limites. Cinquième leçon : C’est au-delà de ton « périf » intérieur, que tu peux faire le plein de sens.

Lazare

Tu es vraiment digne

À la question de savoir ce qu’est une vie digne, le Pape répond sans surprise que la dignité ne dépend pas du faire, du paraître ou de la réussite mais de trois choses : le sens de la réalité, l’humilité et le besoin des autres. La dignité, précise le pape, est « une façon de vivre devant Dieu et devant les autres ». C’est de réaliser que « nous sommes des enfants de Dieu ». Sixième leçon : On peut être riche ou pauvre, volontaire ou « coloc » en galère à Lazare, mais n’est pas forcément digne celui qui le croit. 

Aimer, c’est stylé !

« Comment être témoin aujourd’hui ? » demande une jeune Lyonnaise. « Vivre avec l’Évangile dans la main et dans le cœur… vivre selon le style de l’Évangile » répond le Pape. Pour cela, précise-t-il, ne pas d’abord parler, mais avoir une vie inspirante. Quand on lui demande si lui-même a une question à poser, il nous interroge : « Où en est ta générosité ? » Pas de doute, celui qui parle ainsi est le lointain successeur de celui à qui Jésus a dit, par trois fois, « m’aimes-tu ? » Dernière leçon : Parler moins, pour aimer plus.