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Amitié et célibat, la juste mesure

REFLEXIVE

Zoom team - Shutterstock

Marzena Devoud - Publié le 29/05/20

Après une rupture sentimentale ou dans l’attente d’une histoire d’amour qui tarde à se présenter, les célibataires se tournent volontiers vers leurs amis. Plus durable, l’amitié leur apporte un soutien inconditionnel et valorisant. Sauf qu’une relation amicale a des limites dans les moments délicats de la vie : trop fusionnelle ou trop affective, elle peut devenir obstacle…

À 37 ans, Clara vient de rompre ses fiançailles. L’épreuve du confinement a précipité sa décision. Au lieu d’imaginer le mariage et une future vie de famille épanouie, elle se sent ravagée par ce qui lui arrive. Difficile d’avancer chaque jour et de croire à une histoire d’amour encore possible, comme au sens même du mariage… Surtout qu’une chose la frappe, comme une prise de conscience apaisante : l’attitude pleine de bienveillance et un soutien inconditionnel de la part de ses amies.

« Sans que je demande de l’aide et sans promesse d’engagement de leur part, elles sont auprès de moi. Tout simplement et tout naturellement. À travers des petits gestes : des coups de fil, des textos qui remontent le moral, des intentions de prière…  Elles essuient mes pleurs, elles écoutent mes plaintes, elles allègent mes moments de pensées noires », confie-t-elle à Aleteia. La jeune femme reconnaît aussitôt que, par peur d’être à nouveau blessée, elle veut s’investir dorénavant dans ses relations amicales, plus sûres, plus faciles à cultiver, sans danger. Pas toujours sans danger, pourtant…

C’est dans les épreuves de la vie qu’on réalise la fidélité de certains amis. Cependant dans ces moments délicats, on peut inconsciemment tisser un lien amical de substitution ou même de dépendance affective qui peut rendre difficile une future rencontre amoureuse. « Si le penchant pour une certaine sécurité affective est naturel, il peut devenir « sclérosant » lorsqu’il nous fait éviter tout risque, explique Claire de Saint Lager dans son dernier ouvrage Comme des colonnes sculptées, le célibat, un chemin d’espérancequi apporte un nouveau regard sur l’énigme du célibat entre épreuve, mode ou fléau moderne. Selon l’auteur, la grande tentation de « vouloir être fixé dans un état de vie peut conduire au raidissement » alors que « Dieu au contraire nous veut façonnables et souples comme l’argile ».

Dans ces échecs sentimentaux, on peut voir l’occasion d’un ajustement de notre désir, de nos émotions et de notre affectivité. C’est l’occasion aussi d’un ajustement dans toutes nos relations…

Les déceptions amoureuses, aussi douloureuses soient-elles, deviennent des lieux de prise de conscience des blessures affectives qui nous coupent de notre élan de vie. « Bien sûr, on peut vivre chacun de ces échecs sentimentaux comme un coup du sort, mais on peut aussi y voir l’occasion d’un ajustement de notre désir, de nos émotions et de notre affectivité. L’occasion aussi d’un ajustement dans toutes nos relations… », précise-t-elle.

Pour de nombreux célibataires, la place qu’ils occupent dans leur entourage, « les rôles inconscients qu’ils peuvent jouer auprès d’un ou des parents, dans la fratrie mais aussi dans un groupe d’amis peut devenir un obstacle à l’épanouissement de leur vie affective. Lorsqu’un parent est omniprésent dans la vie d’un enfant devenu adulte, quelle place reste-t-il pour l’autre dans la relation amoureuse », se demande Claire de Saint Lager. Les liens fusionnels font répéter des relations bancales où le don de soi est impossible. Cette fuite vers une fusion affective familiale ou amicale empêche parfois de retrouver la liberté intérieure et de s’ouvrir à la future vocation du mariage.

Pour le cardinal Newman, un grand théologien du XIXème siècle qui avait le talent de nouer d’authentiques amitiés, l’art de cultiver celles-ci consiste à vouloir que l’autre devienne meilleur. Viser l’âme de l’autre, c’est la condition sine qua non d’une amitié profonde, celle qui dure. Non seulement pour éviter une fusion juste affective, mais aussi pour ne jamais perdre de vue le plus important : poser son regard sur l’ami à travers le regard du Christ. C’est en ce sens que l’amitié sert une grande cause. Elle sert à faire grandir l’autre tout en grandissant mutuellement. Ainsi, la véritable amitié donne la liberté et métamorphose.

Lister les moments de grâce

Mais comment grandir et viser l’âme alors que l’accumulation d’échecs et de désillusions amoureuses est écrasante, voire injuste, à rebours du bonheur simple dans lequel l’on voit les autres s’épanouir ? S’il n’y a pas de réponse à cette épreuve du célibat, il y a une piste dans ce verset de l’Évangile :

« Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent, dit Jésus à Pierre, par la suite tu comprendras » (Jn 13, 7)

Il nous invite à croire que Dieu est juste et qu’il faut lui faire confiance. Dans le genre de situation que vit Clara, il ne faut pas immédiatement chercher à tout analyser. La lecture d’un événement peut prendre du temps. En plus, les explications et commentaires des proches ajoutent parfois du sel à la plaie et peuvent freiner la cicatrisation… « Le seul rempart au broiement de l’épreuve est de se souvenir de tous ces moments où Dieu nous a fait grâce, de les thésauriser comme des signes de son amour », conseille Claire de Saint Lager.

Trouver dans l’amitié avec Dieu la paix

Celui qui se sait aimé, qui se sait sauvé, trouve dans l’intimité avec Dieu les sources qui le tirent de l’affliction, remontant pas à pas, avec patience et douceur, la pente qui mène à la joie. « Rien ne nous est donné pour nous écrase », redit souvent l’écrivaine Christiane Singer. Si nous demeurons dans l’amour, si nous tenons fermement la main du divin potier, gardant au cœur sa parole qui nous dit « je te comblerai de bien-faits » (Gn 22, 17), alors « amertume amère peut se changer en paix » (Is 38, 17), conclut l’auteur de ce magnifique ouvrage à lire absolument !

À lire aussi : Dix attitudes à cultiver pour vivre dans la joie

Comme des colonnes sculptées, le célibat, un chemin d’espérance, Claire de Saint Lager, Editions Emmanuel, mars 2020, 17 euros.

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