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Mgr Boulanger : « Charles de Foucauld ne nous parle pas de l’Église mais de Jésus »

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Alors que le pape François vient d’annoncer la prochaine canonisation du bienheureux Charles de Foucauld, Mgr Jean-Claude Boulanger, évêque de Bayeux-Lisieux, revient pour Aleteia sur la figure de ce militaire devenu explorateur, prêtre, passionné du désert et pèlerin de l’absolu.

En autorisant la publication d’un décret reconnaissant un second miracle ce 27 mai attribué au bienheureux Charles de Foucauld, le pape François vient d’ouvrir la porte à une canonisation très prochaine de celui qu’on surnomme l’ermite du Sahara. Assassiné en 1916 à Tamanrasset, en Algérie, il aura fallu presque 100 ans pour que le procès en béatification entamé en 1926 aboutisse à la reconnaissance du prêtre français comme saint (il avait été béatifié en 2005 par Benoît XVI). « Charles de Foucauld est à l’origine de mon appel au sacerdoce », confie avec émotion Mgr Jean-Claude Boulanger, évêque de Bayeux-Lisieux et auteur de plusieurs ouvrages consacré à Charles de Foucauld dont La prière d’abandon : un chemin de confiance avec Charles de Foucauld. « Cela fait cinquante ans que j’essaye de vivre à sa suite. Frère Charles a donné sa vie à Jésus : c’est bien à cause de Jésus et de l’Évangile qu’il a voulu en être le témoin dans ce monde et plus particulièrement dans le monde musulman. C’est d’ailleurs au Maroc, en voyant des musulmans prier, qu’il est revenu à la foi catholique ». Entretien.

Aleteia : Quelle est la spécificité de Charles de Foucauld ?
Mgr Jean-Claude Boulanger : Ce qui a frappé Charles de Foucauld, c’est de contempler le Jésus de Nazareth, c’est le mystère de l’incarnation, que Jésus se soit fait si petit, si humble, si proche. Pour lui qui était d’origine aristocratique, que Jésus ait raboté des planches avec Joseph, pendant trente ans était profondément bouleversant. Il rejoint en cela l’intuition de saint Paul : « Lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté ». Pour lui, on ne peut séparer la colline de Nazareth de celle du Golgotha : la pauvreté, l’humilité et l’abjection de la crucifixion. Sa contemplation de Jésus à Nazareth qui s’est fait si petit, qui a accepté d’être fils du Père mais aussi un petit frère pour les autres est très proche de celle de saint François d’Assise. Il y a une très grande proximité spirituelle entre les deux. Charles de Foucauld a d’ailleurs voulu s’appeler le petit frère universel tandis que saint François d’Assise se faisait appelé frère mineur. Pour lui, on ne peut pas être frère si on n’est pas petit. Et en même temps, il faut un long chemin pour être fils du Père à la suite de Jésus !

« Charles de Foucauld a passé dix années de sa vie à écrire un dictionnaire pour qu’un jour les Touaregs puissent découvrir l’Évangile dans leur langue. »

Que retenir de son testament spirituel ?
Dans une période de l’histoire marquée par la colonisation, la domination d’une culture, Charles de Foucauld a accepté de se mettre à la portée des plus pauvres et des plus petits. Il est parti dans le désert pour vivre avec les Touaregs : il a appris leur langue et a passé dix années de sa vie à écrire un dictionnaire pour qu’un jour les Touaregs puissent découvrir l’Évangile dans leur langue et ne pas leur imposer le français. C’est l’évangélisation pour l’inculturation. Le deuxième point est l’apostolat de la bonté. Il a voulu révéler le vrai visage de Jésus qu’est la bonté même, notamment auprès des Touaregs. À travers la bonté dont il témoignait, il espérait que faire comprendre que s’il n’était que le serviteur de Jésus, le maitre qu’est le Christ était être encore ‘plus bon’, plus aimable. On lit d’ailleurs cette bonté sur le visage lumineux de Charles de Foucauld. Le troisième point est l’adoration. Le sacrement était exposé chez lui et Jésus rayonnait de manière mystérieuse au sein d’un peuple qui ne le connaissait pas. C’est l’apostolat de la présence, de la proximité. Avec Charles de Foucauld et l’eucharistie, Jésus s’est rendu présent au milieu de ce peuple qui ne le connaissait pas. Après l’assassinat de Charles de Foucauld le 1er décembre 1916, sa sœur a reçu une lettre de l’amenokal, qui est chez les Touaregs l’équivalent du responsable religieux local, lui disant qu’il espérait que Dieu l’accueil dans son paradis avec les musulmans. Les voies du Seigneur sont décidément bien mystérieuses !

« Le Père ne peut pas faire de nous ses fils et ses filles si nous n’acceptons pas de nous abandonner entre ses bras. »

Que nous enseigne la prière d’abandon de Charles de Foucauld ?
La prière d’abandon de Charles de Foucauld, ce n’est pas nous qui la disons. C’est laisser Jésus la dire en nous à son père. Mais le Père ne peut pas faire de nous ses fils et ses filles si nous n’acceptons pas de nous abandonner entre ses bras. De la même manière le petit enfant ne grandira jamais dans la vie s’il n’acceptait pas en toute confiance de s’abandonner entre les mains de sa maman, Dieu ne peut que vouloir nous voir grandir et nous donner sa vie mais il ne peut pas le faire si nous n’acceptons pas de nous abandonner entre ses bras.

En quoi est-il un modèle pour aujourd’hui ?
Il est un modèle par son amour pour Jésus et celui de ses frères. Frère Charles nous apprend qu’il faut toujours passer du chœur de l’Eglise au cœur du monde. Pour lui, l’évangélisation est un rayonnement d’amour permis par l’accueil en soi de l’amour de Jésus. C’est Jésus qui aime à travers nous. Son témoignage est d’une grande actualité car il ne nous parle pas de l’Eglise mais de Jésus.

https://www.youtube.com/watch?v=f2MTPVavM5s