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Du confinement à la liberté

Andrea Mancini / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Des fidèles à une messe à l'église San Bernardino, à L'Aquila, en Italie, le 20 mai 2020.
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La crise sanitaire a mis en évidence les complications persistantes de la relation entre l’Église et l’État. Traditionnellement loyale à l’autorité, souvent aux avant-postes de la charité, l’Église a plus de mal à défendre les droits de la conscience et de la liberté. L’évêque de Nanterre pour les Hauts-de-Seine appelle à les servir « sereinement, courageusement et précisément », pour le bien de la société tout entière.

La crise sanitaire dont nous sortons laborieusement aura été révélatrice de bien des atouts et des faiblesses de notre temps. Nos concitoyens ont fait preuve d’un esprit de solidarité et de responsabilité dont peu les imaginaient capables : « Le nihilisme n’a pas encore vaincu, nous demeurons une civilisation », s’est réjoui Alain Finkielkraut pourtant habituellement avare d’émerveillements. Les communautés chrétiennes, jugées trop vite à bout de souffle, ont fait preuve d’une énergie spirituelle et d’une créativité caritative remarquables. « L’archipel français », décrit récemment par Jérôme Fourquet, est apparu comme un véritable creuset de fraternité.

En même temps, dans un contexte évidemment très difficile, la parole publique s’est révélée à la fois péremptoire, brouillonne et fluctuante. Certaines décisions ont été prises comme si la fin justifiait tous les moyens : je pense en particulier au sur-confinement des personnes très âgées. Certaines morts, vécues dans le désespoir d’un isolement délibéré et implacable, resteront comme une blessure de l’âme pour notre société.

Quoi qu’en aient dit quelques observateurs sévères, parfois issus de ses propres rangs, l’Église ne s’est vraiment pas comportée en syndicat liturgique identitaire.

Ces semaines éprouvantes auront aussi été révélatrices des complications persistantes de la relation entre l’Église et l’État dans notre pays. Quoi qu’en aient dit quelques observateurs sévères, parfois issus de ses propres rangs, l’Église ne s’est vraiment pas comportée en syndicat liturgique identitaire. Servante de « l’Évangile de la vie », elle s’est impliquée de tout son cœur dans la lutte commune contre la pandémie.

De toutes sortes de manières, grâce au meilleur des techniques contemporaines, elle a cherché à rendre raison de l’espérance qui lui est confiée pour le monde d’aujourd’hui dans toute sa diversité (cf. 1P 3, 15). Avec d’autres, en particulier les autorités municipales, les chrétiens ont été aux avant-postes de la charité, distribuant de la nourriture, procurant des douches, offrant la grâce d’un regard, d’une parole, d’une relation. Et pourtant, à l’heure du déconfinement, les plus hautes autorités de l’État ont voulu ou permis que les cultes soient marginalisés.

Il faudra se demander si l’Église n’aurait pas dû dès le premier jour, au-delà des obsèques heureusement préservées, refuser l’interdiction stricte de tout culte ouvert à un public même très restreint.

Les deux axes justes du chrétien dans la cité

Il faudra se demander un jour si la voie du confinement généralisé pour lutter contre la pandémie était la bonne : la France fait quasiment exception dans le monde par la rigueur de confinement qu’elle s’est infligée à elle-même. Il faudra aussi se demander si l’Église n’aurait pas dû dès le premier jour, au-delà des obsèques heureusement préservées, refuser l’interdiction stricte de tout culte ouvert à un public même très restreint. Il ne s’agit pas ici d’incriminer qui que ce soit, c’est une question que je me pose d’abord à moi-même, le discernement dans l’urgence entre prudence sanitaire et préservation des libertés était à l’évidence extrêmement difficile.

Mais si la décision du Conseil d’État du 18 mai 2020 porte de façon immédiate sur le décret du 11 mai, elle interroge aussi les précédentes directives de l’État en parlant d’« atteinte grave et manifestement illégale à [la liberté de culte] ». Pourquoi avons-nous obéi si vite, avec « la rapidité, la complétude, l’allégresse même » dénoncées par Pierre Manent à propos de la surveillance policière du confinement général ? En raison sans doute de la doctrine classique — et globalement légitime — de l’obéissance aux « autorités », qui s’appuie sur l’enseignement de saint Paul : « Que chacun soit soumis aux autorités supérieures » (Rm 13, 1). Encore faut-il, en cette matière comme en toutes, ne pas s’en tenir à une seule référence et à une seule attitude.

Car si les chrétiens doivent se laisser éclairer par l’enseignement de saint Paul aux Romains, ils ont aussi à accueillir la proclamation de saint Pierre devant le Conseil suprême : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29). La situation juste du chrétien dans la cité est définie par deux axes : l’obéissance à la loi et la primauté de la conscience. L’idolâtrie de la subjectivité individuelle conduit à l’anarchie et détourne du bien commun. Mais l’oubli de la conscience mène à la « servitude volontaire ». À plusieurs reprises dans notre histoire, la valorisation unilatérale de l’obéissance à l’autorité dite légitime a pu conduire l’épiscopat et les catholiques français à une loyauté myope sinon aveugle à l’égard de l’État, avec souvent le soutien des esprits éclairés et de la Bonne Presse. La situation contemporaine est à bien des égards uniques mais les droits de la conscience doivent y être également défendus. Cette défense est un service à rendre à la société tout entière. Comme l’affirme Gaudium et spes, la constitution du concile Vatican II sur l’Église dans le monde de ce temps : « [L’Église] est à la fois le signe et la sauvegarde du caractère transcendant de la personne humaine » (GS 76, 2).

La liberté religieuse n’est pas, aujourd’hui comme hier, la cinquième roue du carrosse, inutile et encombrante, mais la garantie par excellence de toutes les autres libertés. 

La liberté religieuse, pierre angulaire de tous les droits

Quand l’Église défend la liberté religieuse, elle ne prêche pas pour sa paroisse mais s’implique au service des libertés dans leur ensemble. Ce thème était particulièrement cher à saint Jean-Paul II dont nous venons de fêter le centenaire de la naissance et dont nous rappellerons dans quelques jours les quarante ans du premier voyage apostolique dans notre pays. Dans son message du 1er janvier 1988, intitulé « La liberté religieuse, condition pour vivre ensemble la paix », le pape polonais écrit avec force : « La liberté religieuse, qui est une exigence inaliénable de la dignité de tout homme, est une pierre angulaire dans l’édifice des droits humains ; elle est par conséquent un facteur indispensable pour le bien des personnes et de toute la société, comme aussi pour l’épanouissement personnel de chacun. » La liberté religieuse n’est pas, aujourd’hui comme hier, la cinquième roue du carrosse, inutile et encombrante, mais la garantie par excellence de toutes les autres libertés. 

La liberté religieuse n’est pas seulement la liberté intime de croire ou de ne pas croire. Comme vient de la rappeler le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative de notre République laïque, « la liberté de culte, qui est une liberté fondamentale, comporte également parmi ses composantes essentielles le droit de participer collectivement à des cérémonies, en particulier dans les lieux de culte ». Il est à la fois doux et amer d’entendre le Conseil d’État rendre raison plus volontiers que des chrétiens eux-mêmes de toute l’ampleur de la liberté religieuse. Pourquoi avons-nous tant de mal à défendre, sereinement, courageusement, précisément, les droits de la liberté ? Peut-être parce que nous n’aimons pas assez la liberté, qui est pourtant la trace divine en l’homme, le fruit de l’Esprit recréateur, le contenu de notre vocation éternelle : « la glorieuse liberté des enfants de Dieu » (Rm 8, 21). Ce confinement n’aura pas été vain s’il finit par faire de nous de meilleurs serviteurs de la liberté.

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