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Adieu Monsieur Piccoli, mais n’éteignez pas la lumière

AFP

L'acteur Michel Piccoli au Festival de Cannes en 2011.

Louise Alméras - Publié le 18/05/20

Homme résolument libre, d’une humilité propice à vêtir les rôles les plus variés, des plus nobles aux plus extravagants, le comédien n’était ni à vendre ni à exploiter et les honneurs ne l’intéressaient pas : il a toujours vécu la tête haute. Sa famille a annoncé le 18 mai sa mort survenue le 12 mai. Michel Piccoli avait 94 ans.

Difficile de résumer la carrière fabuleuse de Michel Piccoli, au cinéma comme au théâtre. Il a eu plusieurs vies, plusieurs visages, plusieurs allures, selon les accointances marquées avec certains réalisateurs comme Luis Bunuel, Marco Ferreri ou Claude Sautet. Des années 1960 au début des années 2000, il a joué pour les plus grands metteurs en scène et les cinéastes les plus doués. “Vous savez, passer son temps à bouleverser — ou à s’amuser à bouleverser — les autres, c’est une belle vie. Vous ne croyez pas ?” achevait-il un entretien accordé à La Croix en 2009, et que l’on retiendra avant tout de son passage sur les écrans ou sur les planches. 

Du premier au dernier rôle, il a douté et vécu

Né en 1925, le comédien a presque traversé un siècle. Sa jeunesse catholique, plutôt bourgeoise, a tôt fait de basculer face à un deuil familial difficile et à la confrontation au nazisme. Et sa foi personnelle s’est forgée ainsi, du côté du peuple, de la justice, de la fidélité à soi-même et du côté de la vie. Au cinéma comme au théâtre, il touche à tout et suit sa bonne étoile. La reconnaissance vient très tôt et il se fait une place au soleil dans la cour des grands acteurs français. L’oeil vainqueur, amusé, amusant, séducteur ou idiot, Michel Piccoli triomphe souvent par sa qualité d’interprète et sa présence, qui se suffit souvent à elle-même. Du premier au dernier rôle de sa vie, si l’on pioche parmi les films qui l’ont révélé, il a commencé prêtre et a terminé pape, le doute toujours, semble-t-il, comme boussole, pour ne pas perdre le Nord de son humanité.

On le voit ainsi déchirer les pages d’une Bible pour alimenter un feu dans le film de Luis Bunuel La Mort en ce jardin (1956), dans lequel il joue le père Lizardi. Puis, les derniers regards qu’on lui connaît révèlent cette haute stature intérieure construite au fil du temps, ceux qu’on a pu savourer dans son dernier rôle au cinéma, dirigé par Nanni Moretti, pour incarner le cardinal Melville. Habemus Papam (2001) raconte l’histoire d’un cardinal qui ne veut pas devenir pape, avec l’humour propre au réalisateur, grâce auquel on goûte à la simplicité d’un homme destiné à la grande responsabilité d’une charge pontificale. Ce film, d’ailleurs, allait faire écho à la future démission du pape Benoît XVI. Si la ressemblance du cardinal avec le comédien était frappante, c’est que Michel Piccoli avait en horreur l’orgueil. Et son humilité nous marquera longtemps encore.




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