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En Égypte, le Covid-19 favorise « une plus grande fraternité entre chrétiens et musulmans »

Philippe Lissac I Godong
Le Caire, Égypte.
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Curé grec-catholique à Héliopolis, en Égypte, le père Rafiq Greich partage avec Aleteia la manière dont la communauté chrétienne de son pays traverse la pandémie de covid-19. « Depuis le début de la crise sanitaire il y a une solidarité profondément humaine entre musulmans et chrétiens », assure-t-il.

Pays le plus peuplé du Moyen-Orient avec 100 millions d’habitants, l’Égypte a franchi la barre des 10.000 contaminations au Covid-19 dont près de 600 morts, d’après les statistiques officielles. Ce qui laisse penser que la pandémie est plutôt maîtrisée par rapport à d’autres pays du Moyen et Proche-Orient, comme le Liban, où la situation est inquiétante.

Depuis mi-mars, le pays se trouve en « semi-confinement » : fermeture des mosquées et des églises, des écoles et universités, des cinémas et théâtre. Les cafés, restaurants et centre commerciaux peuvent quant à eux rester ouverts en journée. « Ça a été une grande souffrance de ne pouvoir célébrer la Semaine sainte et Pâques », explique à Aleteia le père Rafiq Greich, curé grec-catholique à Héliopolis (Égypte). « Mais cette période a aussi été marquée par de belles preuves de solidarité entre les communautés chrétienne et musulmane ».

Aleteia : Que retenez-vous de la crise du covid-19 ?
Père Rafiq Greich : Ça a été très dur en tant que prêtre de ne pas pouvoir célébrer la messe avec une assemblée tout au long de la Semaine sainte et à Pâques mais ça a aussi été une souffrance pour tous les chrétiens. Les chrétiens d’Orient tiennent beaucoup à leur église, aux célébrations liturgiques qui sont très intenses, surtout pendant la Semaine sainte et les semaines qui suivent la résurrection du Christ. Pour permettre à chacun de continuer à pratiquer leur foi, plusieurs prêtres ont diffusé leur messe en direct sur Facebook ou sur Youtube et les gens venaient ensuite, un par un, dans le respect d’une certaine distance, prendre la communion à l’église. Mais ce n’était pas l’ambiance de gaieté à laquelle nous sommes habitués. Ceci étant dit, beaucoup de gens ont célébré la parole de Dieu chez eux, en disposant une icône, un cierge des fleurs… Ils ont transformé leur famille en une petite église domestique et de ce point de vue-là ça a été une expérience positive.

« Il y a une solidarité très humaine entre musulmans et chrétiens depuis le début de la pandémie. »

Y a-t-il une discrimination envers les minorités dont les chrétiens d’Orient ?
Pas en Égypte. Et je ne pense pas non plus au Liban et en Syrie. Ça a aussi été très dur pour les musulmans dans la mesure où la fermeture des mosquées est tombée pendant le mois du ramadan. Il y a d’ailleurs eu quelques tensions entre le gouvernement et le mouvement salafiste qui tenait absolument à ce que les gens puissent se réunir. Mais il s’agit là de conflits internes. Concernant les chrétiens, les musulmans nous ont envoyé beaucoup de messages de soutien et d’encouragement. Il y a une solidarité très humaine entre musulmans et chrétiens. De la même manière, pendant le ramadan nous essayons d’être plus fraternels avec la communauté musulmane. À titre d’exemple, la journée de prière interreligieuse à laquelle le pape François nous a invité ce 14 mai a été très suivie par toutes la communauté chrétienne comme la communauté musulmane.

Comment l’Église s’est-elle mis au service des populations ?
Dans ma paroisse nous avons distribué pendant plusieurs semaines des kits sanitaires avec du savon, des masques… Nous les avons surtout distribué aux plus pauvres, aux plus démunis et à ceux qui travaillent dans la rue comme les éboueurs. Nos distributions se font sans distinction de religion bien sûr ! Je sais que d’autres paroisses ont distribué des colis alimentaires, ont mis en place l’équivalent de soupes populaires…

Avez-vous une crainte pour l’avenir ?
Il y a un danger que la fermeture des lieux de culte devienne un précédent. Je crains que, peu importe l’événement qui se produit, le gouvernement prenne l’habitude de fermer les églises et les mosquées.

Et au niveau de l’unité du pays ?
Aussi paradoxalement que cela puisse sembler, je pense que la pandémie de covid-19 a sensibilisé chacun et a rapproché la population, peu importe leur religion. Il y a une grande fraternité ici depuis le début du confinement.