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"Souvenir de Tolbiac", quand la poésie éclaire notre déconfinement

Idriss Bigou-Gilles / Hans Lucas via AFP

Dans "Souvenir de Tolbiac", les poèmes de Pascal Clerget font écho à l'actualité.

Timothée Dhellemmes - Publié le 13/05/20

Cette période de déconfinement n’est-elle pas l’occasion ou jamais de s’interroger sur ce qu’est la vraie liberté ? C’est ce que pense Pascal R. Wilhelm, qui propose dans "Souvenir de Tolbiac" un recueil de poésies dont Aleteia vous propose de lire les bonnes feuilles.

« Explorer les territoires inconnus de l’être, sonder les doutes et cartographier les espoirs, c’est le rôle historique de la poésie », estime Pascal R. Wilhelm. Avec Souvenir de Tolbiac, il publie un recueil de poésies qui résonnent étrangement avec l’actualité. Au fur et à mesure que le confinement, et maintenant le déconfinement, avancent, le sentiment de manque de liberté, la tentation du découragement, le manque… ont pu s’installer dans certains esprits. « La liberté, dont nous a privé le confinement, nous semble plus désirable que jamais. Mais la plus grande des libertés n’est-elle pas intérieure ? N’est-il pas temps de trouver – en nous-mêmes – les immensités qui nous manquent ? » interroge Pascal Wilhelm. 

Pour lui, « à la peur de la mort se couple une expérience nouvelle des murs. Mais en dedans de nous, il y un monde fait de forêts profondes où grondent des kyrielles de cascades fraîches et pures ». C’est ce qu’il nous dit à travers ce poème intitulé Pétrichor :

Pétrichor

Suivre un sentier pédestre,
qui s’enfonce au cœur des bois.
La mousse verte est spongieuse,
je sens qu’on calcine mon alacrité.
Dans les rares rayons
d’une averse éteinte,
scintille un fragile arc-en-ciel.
Les énigmes sont multiples,
mais plus belles qu’une goutte de ciel
à la pointe d’une aiguille de sapin.
Il y a
– au moins –
un mort au fond du ravin.
Le Maître-cerf est
au troisième hémisphère,
les buses brament à la frontière.
Le chasseur foule d’azurs lactaires
à servir aux morveux.
Il y a quelques mystères dans l’air,
dont je ne ferai pas l’aveu.
La Nature, humide,
a une odeur particulière,
de charbon mouillé, de châtaigne
et de fraise des bois.
On dit qu’un Roi en litière,
doit passer par là.

Va-t’en guetter toute une année entière,
Dieu sait que la cécité de nos frères,
enterre les intuitions que l’on a.

Dans un autre poème, Hydre, Pascal Wilhelm évoque le sentiment de colère, voire de désespoir qui peut traverser les esprits pendant la pandémie. « Souvent, nous pensons : que la vie est dure ! A-t-elle seulement un sens ? Le découragement nous guette », commente-t-il. « Cette pandémie, avec les épreuves qu’elle réserve à chacun, était-elle inévitable ? Le dépit s’installe : aura-t-on jamais fini de trancher les têtes du malheur ? »

Hydre

Attendre que le terreau
d’une âme pourrisse,
et dans l’humus sourdement décanté,
éclose le désopilant perce-neige,
que Bucéphale aura bientôt piétiné.
La claustration accouche
d’un monstre vermeil,
que la tempête
– ultra-marine –
a baigné
d’une molle âcreté,
et roulant sa couronne abolie
dans un noir limon plein de sel.
Archanges et dragons
se disputent notre empire,
Rabboni! Ta loi est si dure!
Cent et cent têtes sont tombées,
mais mille encore agitent
leurs immondes blettissures.
Quel ennui! Quelle acédie!
Quel automnal avènement.

Écrit en écho à l’incendie de Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019, « Ruine » questionne le lecteur : « Notre civilisation, deux fois millénaire, va-t-elle perdurer ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Et surtout : que pensent, en nous observant, les rois du passé ? »

Ruine

La rose de l’ancienne cathédrale,
ne tient plus ses cristallins pétales,
que le vent aigre-doux,
emporte dans les décharges de l’Histoire,
où errent des rois saints et fous.
En terra X725,
où perdure l’ancien Moyen – ge,
un grand roi reste le vassal,
de sujets à la fidélité féodale.
Il y a des guérisseurs de cathédrale,
et la soldatesque n’échappe pas à la génuflexion.

Ici, la rose éventrée chavire,
à la croisée du transept,
et l’amiral vaisseau de pierre,
va s’effondrer lui-même,
sur d’intégristes délires.
Je ressens une ardente nostalgie,
du règne de Louis le Neuvième.

Malgré le doute et le désespoir, « n’est-il pas temps de réparer la société ? » Dans Une Barque, poème plein d’espérance, Pascal Wilhelm l’affirme : « Nous sommes la France, et ça n’est pas rien. Ça ne doit pas être rien, car notre destin est d’aimer et d’être aimé. »

Une Barque

Amour ! Amour ! Amour !

J’ai tellement de visions
de tes triomphes éternels,
j’ai besoin de toi pour panser
les lacunes civilisationnelles.
Amour! Amour! Amour!
Ma liqueur, mon hydromel,
j’ai subi dans des cieux supérieurs,
un sevrage violent.
Un camé qui se jette,
sur quelques gouttes de miel.
Et l’amour, qui m’inspire de telles extases,
a fait de moi un mendiant.
Qu’on m’en livre une barque entière,
passez le mot aux peuples lointains,
j’ai besoin de tout l’amour de la Terre
et d’encore plus loin.

Enfin, le poème Découverte invite le lecteur à descendre et explorer les profondeurs. « Il y a dans le silence de l’intimité, outre nos angoisses et nos peurs, un terreau inouï aux dizaines de couleurs », affirme Pascal Wilhelm.

Découverte

Un escalier descend jusque dans les profondeurs de la planète. Chaque marche a une forme oblongue et bombée. Un espace les sépare, et il faut sauter de l’une à l’autre. Les premières sont sèches mais à mesure que l’homme descend, l’humidité de l’air les rend glissantes. Sous terre, l’attend un spectacle à couper le souffle. De la voûte cascadent de grandes herbes, et même des arbres aux branches étroites. Une lumière verte et bleue enveloppe la végétation, qui s’étire sous le souffle chaleureux d’un courant d’air sous- terrain. Des lianes rouges se tordent le long des troncs, pour en pomper une sève noirâtre. Le sol est translucide, et glissant. On dirait une formidable couche de glace pure. Le climat équatorial de la voûte, et polaire du sol donne à hauteur d’homme une température agréable. Sur son visage, la caresse d’un vent salin le surprend parfois. Il contient une légère odeur de marée. Il se peut qu’un peu plus loin, se cache une mer intérieure.

Cliquez-ici pour acheter le recueil de poésies « Souvenir de Tolbiac », de Pascal Wilhelm

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Confinementliberté
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