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Un printemps pour rien ?

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Jason Whitman | Shutterstock

Abbé Pierre Amar - Publié le 12/05/20

Il est bien sûr trop tôt pour tirer tous les enseignements de ce printemps 2020 tellement atypique. D’autant plus que nous ne sommes pas sortis de la crise, loin s’en faut. Mais à l’heure du déconfinement tant attendu, faut-il affirmer que nous avons vécu 55 jours… pour rien ?

Dans quelques années, en fouillant nos tiroirs, les plus jeunes tomberont peut-être sur nos fameuses « attestations de déplacement dérogatoire ». Ils les regarderont certainement avec perplexité et étonnement ; comment a-t-on pu en arriver à s’auto-signer chaque jour la permission de sortir de chez soi ? Peut-être ne parviendrons-nous pas complètement à leur exprimer les joies, les surprises mais aussi les souffrances provoquées par cette période si déroutante, occasion d’un bien curieux voyage au cœur de nous-mêmes.

Fragilité, fraternité, proximité

La première leçon est certainement que le monde s’est souvenu qu’il était fragile. C’est paradoxalement une bonne nouvelle. Car si la vie peut être courte, si nous sommes si vulnérables, alors nous devons passionnément vivre au présent et cueillir chaque journée, chaque instant, chaque rencontre, comme un don de Dieu. Il y a une façon chrétienne de vivre le carpe diem des épicuriens : comme des gérants de nos vies, des « intendants » dirait l’évangile, et pas comme des propriétaires. Nous répéter qu’aujourd’hui est le premier jour du reste de notre existence. C’est le message proposé par une carmélite, une sorte d’experte en confinement (!), morte en 1897 d’une maladie pulmonaire : sainte Thérèse de Lisieux. Le succès surprise de l’émission « Secrets d’Histoire«  (disponible ici en replay, jusqu’au 3 juin prochain) qui lui était consacrée par Stéphane Bern en plein pendant le confinement, est un beau clin d’œil de la Providence. Avec elle, n’avons-nous pas été invités à nous réapproprier sa recette du bonheur, simple et accessible à tous : rendre extraordinaire chaque chose ordinaire ?




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La deuxième leçon est bien sûr celle de la fraternité. Que de trésors de générosités déployés pendant ces semaines ! Ici et là, on a pu assister à une véritable et authentique offensive de la charité : garderies, distributions de colis alimentaires, bénévolats multiples et divers pour décharger nos soignants, aider les plus âgés, les plus fragiles, les plus isolés, etc. Cette générosité en temps de crise sanitaire va devoir se poursuivre, peut-être même s’intensifier, tant les semaines qui viennent nous annoncent une autre crise, économique cette fois, avec son cortège de nouvelles précarités.

Nous aurons enfin vécu une curieuse expérience de la proximité. Car cette crise nous a fait revenir avec profit aux structures les plus traditionnelles de notre société. Beaucoup nous vantaient les avantages d’un nouveau monde globalisé. Mais avez-vous vu comment nous avons brutalement redécouvert la richesse des liens familiaux, la valeur des solidarités locales et des circuits courts, la signification de la proximité et du voisinage ou même l’importance d’appartenir à une nation ? Puissions-nous garder longtemps en mémoire les leçons que cette crise nous a apporté, comme par exemple l’humilité, la simplicité et l’attention au prochain, étymologiquement « celui qui est proche ». Pour beaucoup, cette proximité a aussi été une promiscuité. Comme il est parfois rude de vivre ensemble et comme on comprend mieux ces conseils d’un moine, donnés dès le 17 mars !

Vivre ou survivre ?

Restent plusieurs interrogations sur lesquelles il faudra encore longtemps s’interroger tant elles nous révèlent le recul de certaines frontières, qui sont autant de digues d’humanité. Comment a-t-on pu penser un moment dissuader de célébrer des obsèques ou même interdire les visites de nos anciens en Ehpad, avant de faire marche arrière ? Comment en est-on arrivé à penser que l’exercice du culte viendrait bien après l’accès aux supermarchés, la fréquentation des « petits musées » ou le recours aux transports en commun ? Comment a-t-on pu penser que vivre c’était seulement manger et faire ses courses, et que le reste était somme toute assez secondaire ? Peut-on légitimement s’inquiéter du colossal coût spirituel, humain, psychologique de ce confinement sans être traité de prophète de malheur ? « Pour nous empêcher de mourir, on nous a empêchés de vivre«  a résumé avec justesse l’une de nos députés. On a du mal à lui donner complètement tort.




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L’avenir s’annonce bien obscur avec cette fameuse « distanciation sociale » qui peut en heurter plus d’un, tant elle semble contraire à tout ce qui constitue notre humanité : l’homme n’est-il pas un animal social ? Et si la technique a formidablement joué son rôle – comment aurions-nous « tenu » il y a 25 ans, sans Internet ? – on ne pourra jamais dire que télé-vision, télé-travail, télé-médecine, télé-conférence, télé-messe… remplaceront les poignées de mains, les embrassades, les rencontres et les prières en commun dont nous avons été tellement été frustrés. Et si cette crise nous réveillait un peu en nous faisant réaliser un enjeu essentiel : le prix du face-à-face ?

Voyage immobile

Avouons-le aussi : la plus difficile des introspections est celle qui a eu lieu en nous-mêmes. Cette période de confinement nous a ainsi fait faire un curieux voyage immobile. Or, on n’effectue pas cette plongée quasi abyssale en quelques semaines. Les moines, encore eux, savent qu’il faut une vie entière mais aussi l’héritage d’une tradition multiséculaire pour devenir un authentique contemplatif ! Beaucoup d’entre nous ont donc découvert leurs désirs mais aussi les limites de leur intériorité, leurs faiblesses, leurs misères, leurs pauvretés intérieures. Dans beaucoup de couples, de familles, de communautés humaines, le manque d’interactions et d’échappatoires ont exacerbé les émotions et créé des blessures.

« Nous entrons maintenant dans un nouveau temps, fait d’apaisement et de reconstruction lente. »

Bienheureux ceux qui sont su mettre à profit cette période ! Bienheureux ceux qui ont su redécouvrir l’importance vitale de ces deux lieux de renouvellement que sont la lecture et la prière ! Bienheureux aussi ceux qui ont compris que le silence est parfois une authentique distance de charité ! Bienheureux enfin, ceux qui auront parfois réussi à se rendre au plus profond d’eux-mêmes, pour y converser avec l’Hôte intérieur, « plus intime à nous que nous-même« . Mais ne culpabilisons pas si nous n’avons pas réussi à vivre tout cela. Dieu a permis cette épreuve. Comme toute épreuve, elle résonne en nous comme une révélation et une purification. Nous entrons maintenant dans un nouveau temps, fait d’apaisement et de reconstruction lente. Pour l’accompagner, nos paroisses proposent de nombreux moments d’adoration et de confessions, comme autant de cœur-à-cœur avec le Seigneur, avant de tous revivre (au plus vite !) la joie de l’Eucharistie. Et si nous en profitions tous largement afin de sortir plus réconciliés avec nous-mêmes, plus apaisés et surtout grandis ?




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