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Et si la sexualité était un chemin vers la sainteté ?

PARA NA BRZEGU JEZIORA
Shutterstock
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Quand on pense à la sexualité, la sainteté n’est probablement pas la première association qui nous vient à l’esprit. On pense plutôt au plaisir ou à la honte, au mariage ou à l’infidélité, à la confiance ou à la violence, à la liberté ou, au contraire à l’esclavage… Mais Jean Paul II nous fait découvrir une dimension incroyablement profonde de la sexualité. Un vrai trésor sous le nom de la « théologie du corps ». Et si la sexualité était un chemin vers la sainteté ?

Quand on pense à la sexualité, la sainteté n’est probablement pas la première association d’idée qui nous vient à l’esprit. La pensée contemporaine nous en suggère plein d’autres qui s’opposent souvent farouchement. Le plaisir ou la honte, le mariage ou l’infidélité, la confiance ou la violence, la liberté ou l’esclavage… On le sent bien, la liste de ces contraires peut s’étirer indéfiniment. Déjà, à l’école, la sexualité n’est-elle pas enseignée comme étant le chemin de la procréation mais aussi une zone de danger ? Celle des maladies sexuellement transmissibles, mais aussi celle du risque de tomber enceinte (et je ne peux m’empêcher de relever ici l’un des paradoxes les plus forts qui tourne autour de la sexualité : celui qui transforme le don de la vie en un de ses pires dangers). Encore, pour certains jeunes, la sexualité est presque synonyme de pornographie.

Pour l’Église, la sexualité – la complémentarité dans la diversité entre l’homme et la femme – est le chemin de plénitude, même de sainteté.

Certaines religions ont une vision négative du corps. Il est la source du péché ou, au moins, d’un poids dont il faut se débarrasser pour libérer son âme et rejoindre ainsi le divin. Si, dans un passé encore récent, l’Église n’a pas toujours su communiquer une vision positive, son regard sur cette réalité si fondamentale de la vie humaine a fortement changé depuis au moins 40 ans. Aujourd’hui, nous pouvons dire que pour l’Église, le corps n’est pas mauvais et qu’il n’est pas le lieu du péché.

Tout au contraire, elle voit la sexualité humaine – la complémentarité dans la diversité entre l’homme et la femme – comme un chemin de plénitude, même de sainteté. Pour les chrétiens, le corps humain est capable de rendre visible dans le monde la tendresse de son Créateur invisible. L’homme et la femme peuvent apprendre à maîtriser leur corps pour vivre leur sexualité dans un véritable don-de-soi mutuel. Dans ce cas, ils se sanctifient l’un l’autre. Ils rendent le monde plus beau et plus pur.

Jean Paul II nous fait découvrir une dimension profonde de la sexualité : Il fait de l’amour humain un chemin de salut pour tous.

La figure clé derrière ce changement si positif dans le christianisme, c’est celle du pape Jean Paul II. À ce titre, dans ma mission de préparation des jeunes couples au mariage, je constate souvent leur étonnement quand ils découvrent la beauté de l’enseignement du pape polonais. Surtout, ils prennent conscience qu’il y un plan divin pour leur propre amour, qui dépasse largement ce qu’ils avaient envisagé. Saint Jean Paul II élargit leur regard, il les introduit dans une fécondité plus grande que celle d’avoir des enfants.

Ce grand prophète de l’amour humain nous fait découvrir une dimension profonde de la sexualité : Il fait de l’amour humain un chemin de salut pour tous. Selon lui, les couples qui aiment en vérité sont de vrais bienfaiteurs de l’humanité, d’authentiques héros. Il présente ainsi le mariage comme une vocation, et même comme la continuation de la mission de Jésus venu réinstaller l’amour véritable dans le monde.

Vous comprenez que je suis moi-même un grand fan de Jean Paul II et de sa pensée. Je considère que l’enseignement qu’il nous a transmis sous le nom de la théologie du corps est l’un des plus grands trésors que j’ai jamais trouvé. C’est pour cela que j’aimerais partager avec vous quelques réflexions sur ce grand thème qui nous concerne tous, en cherchant à garder le langage le plus simple possible afin qu’il parle à tous : du plus jeune au plus avancé en âge, du marié au divorcé, et du célibataire involontaire à la personne consacrée.

Jeune prêtre, Karol Wojtyla cherche à comprendre pourquoi l’amour – capable d’offrir des joies immenses – peut aussi devenir le lieu de souffrances insupportables.

Qui est donc ce prophète qui a apporté une telle lumière, dans le monde parfois si blessé ou si superficiel de notre affectivité ? Karol Wojtyla est né il y a cent ans, le 18 mai 1920. Il a perdu sa mère très jeune, suivi de son frère aîné et finalement son père alors qu’il n’avait que 20 ans. Cette souffrance orpheline a surement contribué à nourrir son questionnement sur le sens de l’existence et par conséquent, sur le sens de l’amour qu’il s’est posé très tôt dans sa vie.

Jeune prêtre, il accompagne d’innombrables couples sur le chemin de leur préparation au mariage, et pendant les premières années de leur vie conjugale. Il dira plus tard que c’est ainsi qu’il est « tombé amoureux de l’amour humain ». En même temps, son cœur de bon berger l’incite à chercher à comprendre pourquoi l’amour – capable d’offrir des joies immenses – peut aussi devenir le lieu de souffrances insupportables.

Devenu archevêque de Cracovie, il est notamment confronté à l’immense injustice de la prostitution. Son regard de philosophe y voit la défiguration de l’amour humain. Pour lui, il est évident que le Créateur n’a pas confié ce don de la sexualité à l’homme pour qu’il soit exploité ainsi. Parce qu’il est théologien, il cherche un éclairage dans la Bible, avec la conviction que la Parole de Dieu va lui offrir un regard privilégié sur le plan originel du Créateur pour l’amour humain. Celui qu’il va trouver est un trésor d’une valeur inestimable.

Tout cela va constituer un enseignement complet sur le sens de l’amour humain et de la sexualité, qu’il appelle la théologie du corps. Il se prépare à l’enseigner en Pologne, mais dès qu’il est élu Pape au cours du conclave du mois d’octobre 1978, Karol Wojtyla comprend la mission prophétique qu’il va porter : Introduire l’Église et même l’humanité entière dans ce plan séduisant de Dieu sur l’amour, sur le sens du corps humain et sur la sexualité.

Une vision intégrale de l’homme

Le contexte d’alors est pourtant loin d’être évident. La société occidentale des années 1970 sort à peine de la fameuse révolution sexuelle de mai 68, celle qui a créé plus de ravages que de libertés. Parmi les croyants, beaucoup d’entre eux ont rejeté collectivement la morale chrétienne. Souvent mal comprise, l’encyclique Humanae Vitae du pape Paul VI n’a pas modifié la perception d’une doctrine catholique trop prohibitive, comportant une vision négative, trop axée sur les interdits.

C’est alors que Jean Paul II propose une vision intégrale de l’homme, parce qu’il essaie de répondre aux questions fondamentales de tout homme. Que signifie être une personne humaine ? Comment puis-je réussir ma vie pour qu’elle me permette d’accéder au vrai bonheur ? Son enseignement nous apprend ainsi des notions très importantes sur le mariage, mais il va bien au-delà. Il est essentiel et valable pour la compréhension de l’homme en général. Cette signification de la personne, elle englobe le corps humain, donc de la sexualité.

À peine élu pape, Jean Paul II décide de ne pas rendre publique sa Théologie du Corps de façon trop ouverte. Il choisit plutôt une méthode humble et discrète, précisément pour que ce trésor ne soit pas rejeté catégoriquement. Il choisit les audiences du mercredi comme plateforme discrète d’enseignement. Dès le 5 septembre 1979, il entame tout simplement une longue liste de discours sur le couple « cette communauté de vie humaine et chrétienne qui, dès l’origine, est fondamentale ». Cette série va durer presque cinq ans. Lui qui est pourtant acteur de théâtre, il lit ses textes avec une voix plutôt monotone, choisissant un langage peu accessible au commun des mortels. Quand ses amis lui demandent la raison de son comportement, il leur répond que ses catéchèses ne sont pas destinées pour tout de suite, mais pour quelques décennies plus tard… Pour nous, pour maintenant semble-t-il !

Un enseignement en trois parties

Et pour que vous touchiez du doigt l’importance de ce que je vais vous proposer regardez une chose : Jean Paul II divise son enseignement en trois parties. D’abord il présente le plan de Dieu sur l’homme et sur l’amour humain dans l’origine de la Création. Il montre que l’homme, et notamment dans sa réalité d’amour conjugal de l’homme et de la femme, est un signe de l’amour de Dieu que sanctifie l’autre.

Ensuite, il dédie 40 catéchèses pour expliquer le drame de l’homme blessé dans son affectivité (après la chute originelle) partant de la phrase de Jésus dans le sermon de la montagne (Mt 5,27-28) :

Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.

Loin de vouloir accuser l’homme, il lui montre plutôt un chemin pour se réconcilier avec soi-même, avec sa sexualité. Enfin, la dernière de ces 40 catéchèses a eu lieu le 6 mai 1981. Le 13 mai 1981 il allait commencer à dévoiler la troisième partie de son enseignement en montrant qu’il y a une voie d’issue. Il voulait expliquer que cette blessure affective, la concupiscence de l’homme moderne peut être guérie… que l’amour sexuel en couple peut devenir une vraie voie de sainteté. Exactement ce même 13 mai, pendant l’audience générale, un tueur communiste, Ali Ağca, essaiera d’assassiner le Pape.

Il m’est difficile de ne pas voir un lien étroit entre l’une et l’autre réalité. Seulement l’assassin n’avait pas pris en considération que le 13 mai était aussi le jour des apparitions de Notre Dame de Fatima ! À vous d’en tirer les conclusions… Je ne résiste donc pas à me faire votre petit frère de route, en essayant de partager avec vous ce trésor incalculable sous forme d’une série d’articles sur cet enseignement que George Weigel, le biographe de Jean Paul II, considère comme un tournant, non seulement dans la théologie catholique, mais aussi dans l’histoire de la pensée moderne (George Weigel, Jean Paul II : témoin de l’espérance, Lattès 1999, p. 427

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