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C'est arrivé un 10 mai : le Reich attaque à l’Ouest

Bundesarchiv, Bild 101I-382-0248-33A / Böcker / CC-BY-SA 3.0

Deux chars allemands traversant les Ardennes, mai 1940

Gabriel Privat - Publié le 09/05/20

Ce vendredi 10 mai 1940, il est 5 h 35 : les premiers coups de canon allemands tirent sur les frontières belges, néerlandaises, luxembourgeoises et françaises. Les armées du Reich passent à l'attaque. C’était il y a tout juste quatre-vingts ans.

La presse, ce premier jour, ne rendra pas compte de l’invasion. Les journaux sont imprimés, et on y rend compte de la bonne tenue des armées franco-britanniques, quand ce n’est pas de la faiblesse allemande dans certains titres où l’on prédit le prochain effondrement économique du national-socialisme. Le général Huntziger, commandant les troupes françaises dans le secteur de Sedan, est assez assuré pour avoir maintenu les permissions. Peu de jours auparavant, il a assisté à une représentation du théâtre aux armées, alors même que les fortifications sont inachevées sur ce point des Ardennes et que des photographies aériennes ont fait état d’importantes concentrations de troupes, mais aussi d’accumulations de matériel de traversée de la Meuse à quelques dizaines de kilomètres.

Avertissements du Vatican

L’état-major, aveugle, ne veut pas croire ce que signifie ces images. Le massif forestier est réputé impraticable pour une armée en campagne. L’historien anglais sir Basil Liddel Hart, alors officier d’état-major, avait pourtant constaté par lui-même les larges routes forestières traversant cette région boisée : il en a conclu que l’état-major allié avait sans doute établi son avis sans s’être rendu sur les lieux. Ce même état-major qui n’a pas tenu compte, comme son gouvernement, des avertissements parvenus du Vatican de diplomates italiens et même d’officiers de renseignement allemands hostiles au nazisme, prévoyant une attaque à l’Ouest pour le 9 ou le 10 mai.


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Le lendemain, samedi 11 mai, toute la presse titre sur l’invasion, mais avec une belle assurance. La veille, à 6 h 30, l’ordre est parti du grand quartier général au château de Vincennes, de franchir les frontières belges et de se porter au contact des Allemands. Les colonnes franco-britanniques avancent en bon ordre, acclamées par les foules. On voit de braves dames offrir un bouquet de fleurs à un groupe de cavaliers. Des messieurs bien mis glisser des cigarettes à des fantassins. C’est la guerre fraîche et joyeuse…

Le coup de faucille

Sur la ligne de front, pourtant, les choses se gâtent. Aux Pays-Bas, l’armée de la reine Wilhelmine est écrasée en quelques heures. La résistance est désorganisée. Sur le front belge, la ligne de défense du canal Albert est enfoncée. Le 13 mai, les Allemands passent à l’attaque à Sedan. C’est le coup de faucille qui doit couper de leurs bases les groupes d’armées franco-britanniques engagés en Belgique. Les défenses françaises sont enfoncées, la Meuse est franchie malgré une défense ardente de l’artillerie française. Malgré quelques points de résistance héroïques retardant l’ennemi souvent de précieuses heures, on déplore dans le secteur de Sedan des défaillances de régiments entiers qui se débandent alors même que les chars allemands sont encore à plusieurs kilomètres. Les tentatives de contre-attaques des 14 et 15 mai échouent. Les blindés du général Guderian sont passés et amorcent leur course à la mer au rythme d’une cavalcade effrénée.

« Oui, c’est la destruction »

La campagne de France, dès lors, sera jusqu’au 22 juin une succession de coups de main héroïques et de combats acharnés, destinés à contenir la progression ennemie, à reprendre l’initiative, sans succès, ou à sauver l’honneur, au milieu d’un effondrement général de la stratégie, de la déroute de l’une des premières nations du monde. Dans la population, le moral reste haut. Nul n’a encore conscience du drame qui s’est joué et la presse s’intoxique elle-même de pieux euphémismes voire de mensonges évidents. Les réfugiés venus du Nord sèment le doute, mais ce n’est pas encore la dizaine de millions de pauvres hères de l’exode.

Au gouvernement et à l’état-major, l’humeur est plus durement réaliste. Daladier, encore ministre de la Guerre, a un échange éloquent avec le généralissime Gamelin. Le 15 mai, à 20h30, le général donne les premiers ordres de repli des armées du Nord. Il prévient Daladier au téléphone. Celui-ci lui répond : « Vous vous trompez, ce n’est pas possible, il faut attaquer aussitôt !

— Attaquer, avec quoi ? Je ne dispose plus d’assez de réserves. Entre Laon et Paris, je ne dispose pas d’un seul corps de troupe.

— Alors c’est la destruction de l’armée française ?

— Oui, c’est la destruction de l’armée française. »

Le temps du sacrifice

Au même moment, appliquant un plan de sauvetage prévu de longue date, le gouverneur de la Banque de France ordonne le repli des stocks d’or vers les ports pour une éventuelle évacuation à l’étranger afin de conserver, hors de France, les moyens de continuer la guerre. Le ton était donné…

Ce sera, au fil des jour, la fin des illusions françaises et le temps du sacrifice, assumés par des officiers énergiques, Weygand au premier chef. Ils arrivaient bien tard, cependant. Trop tard.


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Tags:
Adolf Hitlerdeuxième guerre mondialehistoire
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