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De Pâques à la Pentecôte, tout commence avec les derniers temps

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Pascal Deloche I Godong
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Avec la Résurrection et l’effusion de l’Esprit à la Pentecôte, s’ouvrent les derniers temps, mais aussi la libération de la créativité humaine pour les affronter.

Avec la Résurrection, les derniers temps sont arrivés. Le discours de Pierre à la Pentecôte décrit l’effusion de l’Esprit comme l’accomplissement des signes des derniers jours prédits par le prophète Joël : « Alors, après cela, je répandrai mon esprit sur tout être de chair, vos fils et vos filles prophétiseront » (Jl 3, 1).  Est-ce à dire que l’histoire s’est arrêtée il y deux mille ans à Jérusalem ? Nous constatons plutôt qu’elle a continué à suivre son cours, avec son cortège de nouveautés et de tragédies. Dans ces conditions, pourquoi parler des derniers temps ? Parce qu’avec la Résurrection, un germe d’éternité a été semé dans ce monde.

Cependant, le monde n’a pas changé d’un coup de baguette magique. La raison d’une telle inertie réside dans la liberté que Dieu a laissée aux hommes. Le temps humain n’est pas interrompu parce que le Ressuscité met le monde en mouvement vers la plénitude qui est la sienne depuis qu’il a vaincu la mort. L’effusion de l’Esprit, qui achève la Rédemption objective (ce que Dieu a fait en faveur de tous les hommes une fois pour toutes) n’a pas arrêté l’histoire pour la bonne raison que les fruits du salut doivent être appliqués à chacun de nous (ce que l’on appelle la Rédemption subjective), et cela avec notre coopération. De ce côté-là, rien n’est gagné !

Le christianisme n’arrête pas l’histoire

L’histoire est marquée en son cœur par le conflit entre la puissance du Royaume de Dieu déjà à l’œuvre et les forces qui lui sont hostiles. Les temps derniers, qui sont advenus avec la Résurrection et l’effusion de l’Esprit, font éclater la suffisance orgueilleuse du monde en remettant en question son repliement sur soi. En décentrant la Création d’elle-même, la Résurrection ouvre la pensée des hommes au Dieu « qui vient ». Cette venue ne s’opère pas selon une modalité mythologique, ou simplement spéculative, ou bien encore par illumination de la seule conscience, mais également dans l’histoire. Celle-ci, en accueillant la nouveauté absolue du Christ, ne s’arrête pas, ne se fige dans l’état où l’a surprise la première venue du Christ dans la chair. Voilà qui explique que les derniers temps inaugurés par la mort-résurrection de Jésus ne signifient pas la fin de l’histoire des hommes.

Paradoxalement, les derniers temps auxquels se réfère la prédication de Pierre le jour de la Pentecôte, loin de clore le devenir historique, vont se révéler au contraire l’aiguillon qui stimule les hommes à aller de l’avant. Que Jésus ait abordé la rive définitive de l’éternité ne doit pas nous paralyser, nous inhiber, ou bien nous laisser croire que « c’est arrivé », qu’il n’y a plus qu’à attendre que les fruits tombent d’eux-mêmes de l’arbre ! La victoire acquise par Jésus n’est pas un motif pour déserter le champ de l’histoire avec les implications concrètes en faveur de notre prochain ou de la cité.

Arguer du contraste entre le peu de poids de nos actions, lestées de surcroît de péché, et l’envergure des actes posés par Jésus qui ont décidé du salut du monde, pour ne rien faire serait un contresens au sujet des exigences de l’Évangile. Ce serait du monophysisme spirituel : le Christ divin aurait absorbé l’humanité de nos existences qui dès lors ne compteraient pour rien dans le plan de salut du monde. Ce dernier s’accomplirait sans nous ! Il n’y aurait plus de coopération entre Dieu et les hommes. Lui seul accomplirait la besogne : nous nous bornerions à regarder à distance. Heureusement, il n’en va pas ainsi.

La Résurrection stimule notre créativité

La Nouveauté apportée par le Christ en sa Résurrection ne frappe pas de nullité nos efforts. Loin de mettre en relief nos déficiences, le Ressuscité, en nous donnant son Esprit, nous réveille de notre engourdissement afin que nous fassions fructifier nos talents. L’eschaton, les derniers temps que Jésus a atteint le jour de Pâques, en s’immisçant au milieu du transitoire, de l’histoire en train de s’écrire, agit comme une fonction de crise dans un monde qui voudrait continuer à fonctionner comme il l’a toujours fait. Le Royaume est à la fois déjà présent, mais aussi à venir. Voilà pourquoi l’Esprit ne cesse de nous pousser en avant. Nous évitons de la sorte l’autosatisfaction et la complaisance dans nos réalisations déjà accomplies. Dieu, en Jésus-Christ, ne nous demande pas d’attendre le salut comme un dû, une prestation pour assistés spirituels. La Résurrection est plutôt au service de la créativité humaine et de la promotion de nos facultés.