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Déconfinement : nous ne baissons pas les bras

ALBERTO PIZZOLI / AFP

La main du pape François.

Mgr Nicolas Brouwet - Publié le 30/04/20

La liberté de culte est mise à mal mais la vie de l’Église ne s’est pas arrêtée. Le bien spirituel des fidèles appelle à une obéissance intelligente et inventive : l’évêque de Lourdes demande aux pasteurs d’évaluer ce qui est possible dans le respect des consignes et de la santé de tous.

Le Premier ministre a annoncé mardi 28 avril la manière dont le gouvernement entend mettre fin au confinement et continuer néanmoins la lutte contre l’épidémie du coronavirus. Parmi les mesures maintenues, les célébrations liturgiques rassemblant les fidèles sont proscrites jusqu’au 2 juin prochain. Le comité permanent de l’épiscopat français a fait paraître le lendemain un communiqué exprimant sa désapprobation : « Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, au nom de tous les évêques, prend acte avec regret de cette date qui est imposée aux catholiques et à toutes les religions de notre pays… La dimension spirituelle et religieuse de l’être humain contribue, nous en sommes persuadés, à la paix des cœurs, à la force dans l’épreuve, à la fraternité entre les personnes, et à toute la vie sociale. La liberté de culte est un élément constitutif de la vie démocratique ».

Les messes… comme les plages

Nous avions compris dès le mois de mars que si les églises pouvaient rester ouvertes, la célébration du culte ne faisait pas partie des activités « essentielles ». Aujourd’hui nous réalisons que si les écoles et les magasins pourront ouvrir le 11 mai, les messes publiques ne seront autorisées que le 2 juin, le même jour que la réouverture des plages… Est-ce vraiment une surprise ? 




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Désirant une fin de confinement progressive, l’État cherche surtout à éviter les rassemblements qui pourraient générer une expansion de l’épidémie. Il encourage pourtant la reprise de l’activité professionnelle, il ouvre les écoles pour que les parents puissent travailler, il permet l’ouverture des commerces pour que les affaires reprennent. Tout ce qui ne sert pas immédiatement la relance économique doit attendre. C’est une vision réductrice des forces qui animent notre société. Nos concitoyens ne sont pas que des salariés ou des consommateurs. Nous l’avons constaté dans le déploiement de générosité de la part des soignants et de tous ceux qui ne comptent ni leur temps, ni leur énergie pendant cette épidémie. Mais où trouvent-ils cette force intérieure, le sens d’une telle disponibilité, la motivation dans le don d’eux-mêmes ? 

Le soin des âmes

Nos concitoyens ont une âme, une conscience, un cœur. Il faut aussi en prendre soin. L’Église catholique y contribue à sa manière, non seulement à travers ses œuvres caritatives et éducatives, mais aussi par l’exercice du culte, par la prédication, par les espaces de réflexion qu’elle ouvre pour donner du sens et du poids à la vie quotidienne. Mais il faut le reconnaître, cette fécondité n’est pas chiffrable ; pour certains elle n’est donc pas rentable. Elle est pourtant réelle et nous aurions aimé qu’elle soit reconnue.




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Cela dit, nous ne baissons pas les bras. La liberté de conscience ou la liberté religieuse ne sont pas atteintes. La liberté de culte est mise à mal provisoirement pour des raisons sanitaires mais elle ne l’est qu’en partie : personne ne nous a empêchés de célébrer la messe. Beaucoup de fidèles ont redécouvert combien sa célébration dépassait leur seule présence physique. Nous avons eu la chance de pouvoir la diffuser et la suivre par les réseaux sociaux. Mais, plus que cela, nous avons mieux réalisé comment à chaque messe, ce sont les grâces du salut qui sont répandues sur tout le Corps de l’Église ; c’est aussi toute l’humanité qui est présentée au Père par Jésus Christ dans le feu de l’Esprit saint. Les évêques et les prêtres ont été édifiés par la manière dont tant de chrétiens ont suivi ces messes de loin, connectés ou non, méditant les Écritures, communiant spirituellement au Christ réellement présent sur l’autel dans le sacrement de l’Eucharistie. 

La vie de l’Église ne s’est pas arrêtée

Nous avons pu apprécier la créativité des pasteurs qui n’ont cessé de rester en lien avec leurs fidèles par tous les supports possibles, soit de façon individuelle, soit en proposant des vidéos, des homélies, des réflexions écrites, des conférences aux adultes, aux jeunes, aux enfants du catéchisme, aux catéchumènes, aux visiteurs de malades. La vie de l’Église ne s’est pas arrêtée. Elle a continué en utilisant tous les moyens dont elle pouvait disposer. Cela a été d’ailleurs, pour beaucoup, l’occasion de découvrir le dynamisme de tel service diocésain, de telle paroisse, de telle communauté religieuse. Nous pouvons être fiers de tout ce qui a été déployé pendant ces sept semaines de confinement et qui a révélé la vitalité de nos communautés. 


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Rappelons aussi qu’il est autorisé de donner le sacrement des malades quand une famille nous appelle et de porter le viatique à des mourants. Certains hôpitaux laissent entrer le prêtre si toutes les précautions sont prises. Les confessions sont possibles si les distances sont respectées. L’État nous donne un cadre pour éviter la contagion. Il faut nous conformer à ces règles mais profiter aussi de toute la latitude qui nous est laissée à l’intérieur de ces limites.

Obéissance et intelligence

Nous obéissons évidemment à l’autorité publique. C’est la tradition chrétienne. Mais c’est à nous, pasteurs de l’Église, d’organiser le culte comme nous l’entendons. C’est là un des principes de la laïcité qui définit les domaines de compétence de l’État d’une part, de l’Église d’autre part. 

Nous sommes obéissants ; cela ne nous empêche pas d’être intelligents et inventifs. Des baptêmes ont été célébrés dans des maisons parce qu’il y avait urgence ; des religieuses ont pu se confesser ; des familles ou des consacrés ont reçu le réconfort de la présence eucharistique chez eux. Tout cela de façon exceptionnelle, il est vrai, et en respectant scrupuleusement les distances et les règles d’hygiène. Mais nous ne pouvons pas, en conscience, négliger le bien spirituel des fidèles ; c’est aux pasteurs de l’évaluer dans le respect des consignes et de la santé de tous.

Inventivité et patience

Nous aurions préféré pouvoir célébrer la messe en public dès le 17 mai. D’autant plus que le temps pascal est le temps des premières communions, des professions de foi, des confirmations. Mai et juin sont des mois souvent choisis pour les mariages. Beaucoup d’évêques n’ont pas célébré la messe chrismale. Les baptêmes et les confirmations d’adultes sont en attente. Les fidèles ne pourront pas se réunir à la Pentecôte…Nous vivons tout cela dans la foi comme un vrai dépouillement. Mais nous nous organisons déjà pour célébrer ces liturgies dès que ce sera possible. Sans oublier les messes avec les familles des défunts que nous devons continuer à accompagner. 

Les évêques font actuellement des propositions au gouvernement, aux préfets, pour que, dès le 2 juin – et si possible avant, il est encore permis d’espérer – nous puissions rassembler à nouveau les chrétiens en continuant d’observer les règles d’hygiène et en gardant des distances ; quitte à multiplier les célébrations liturgiques pour que tous aient la joie de fêter ensemble le Christ Seigneur. Il nous faut de la patience ; c’est un fruit de l’Esprit saint (Ga 5, 22). Mais personne ne nous retirera la joie et la fierté d’être chrétiens et la force de confesser que le Christ est ressuscité et que nous avons fondé notre vie sur lui. 

Tags:
déconfinementÉgliseFranceMesse
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