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Pourquoi Pâques est un événement fondateur pour les chrétiens

La Pentcôte, détail des fresques de Giotto de la chapelle des Scrovegni de Padoue.
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On qualifie les récits de la résurrection de Jésus d’« historiques ». Mais ne devrait-on pas les interpréter plutôt comme des récits fondateurs puisqu’ils sont à l’origine de la religion chrétienne ? 

En règle générale, beaucoup d’obscurité entoure les récits fondateurs relativement à leur exactitude historique. Heureusement, ce n’est pas le cas avec le témoignage des Apôtres. Celui-ci est fondateur sans être mythique — précisément parce qu’il concerne à la fois un événement qui a eu lieu dans l’histoire et une personne dont l’historicité n’a jamais été mise en doute : Jésus de Nazareth. En effet, même si elle transcende le temps parce qu’elle fait accéder Jésus au monde divin, la Résurrection s’est déroulée toutefois dans le temps des hommes, à un moment précis de l’histoire, non dans un passé mythique. Pourquoi parler alors, à son propos, de récit fondateur ?

La Résurrection est un événement fondateur, capable de fonder de nouveaux rapports des hommes avec Dieu, parce que cet événement rompt le déterminisme naissance-mort de l’histoire humaine. En Jésus, la nature humaine n’est plus soumise au pouvoir de la mort, et à tous les conditionnements qui lui sont connexes. La Résurrection est fondatrice parce qu’avec elle une réalité d’un ordre nouveau surgit au sein de l’histoire. La fatalité du règne de la mort et du Mal, cette fatalité dont la destruction semblait être renvoyée à la fin de l’histoire, est brisée en plein milieu de l’histoire des hommes !   

L’autorité des Apôtres fondée sur l’Esprit-Saint

Le témoignage des Apôtres sur lequel s’appuie la foi pascale dépasse les limites du langage historique parce que l’événement dont ils témoignent n’a pas d’équivalent dans l’histoire des hommes. Le témoignage apostolique sur la Résurrection du Crucifié est fondateur en ce sens qu’il fait du binôme Croix-Résurrection un récit d’origine. La Pâque du Christ est à la fois historique ET originelle, c’est-à-dire lieu, occurrence, kairos, « heure », de notre nouvelle naissance à la vie divine.

Les apôtres ne sont pourtant que des hommes. De plus le Christ n’a écrit aucun texte sur lequel serait susceptible de s’appuyer la tradition de leur témoignage. Dès lors, qui leur permet de prétendre à une telle autorité pour fonder sur leur parole un commencement qui ne le cède en rien en importance à la Création ? L’Esprit-Saint ! En effet, leur témoignage porte à la fois sur des faits ET sur l’interprétation de ces faits. Or, cette interprétation est l’œuvre de l’Esprit. Aussi leur annonce de l’événement fondateur dépasse-t-il le plan purement humain. En tant qu’envoyés (« apôtres »), les témoins du Christ ressuscité sont investis d’une autorité qui est celle même de Dieu, et qui court tout au long des siècles. Voyons comment ce témoignage dans l’Esprit s’est concrétisé dès l’origine de l’Église. 

Les Apôtres, des témoins et… des théologiens !

Après l’effusion de l’Esprit, à la Pentecôte, Pierre adresse la parole au peuple de Jérusalem, alors qu’il a déjà été témoin de la Résurrection cinquante jours avant. Pourquoi un tel décalage dans le temps entre annonce et témoignage ? Parce que le discours de Pierre est de Dieu et sur Dieu, même s’il relate un événement situé dans l’histoire, mais qui la transcende. C’est la raison pour laquelle il cite le prophète Joël : « Il se fera dans les derniers jours dit le Seigneur que je répandrai de mon Esprit sur toute chair » (Ac 2, 17 citant Jl 3, 1). Le discours de Pierre est fondateur parce que son récit de la Résurrection ne fait pas série avec la narration habituelle des événements historiques habituels. La preuve en est que Pierre n’en relate pas le déroulement tout de suite après en avoir été le témoin, mais cinquante jours plus tard, sous la motion de l’Esprit-Saint. L’événement n’est pas à la mesure humaine.

« Dieu l’a ressuscité, ce Jésus, nous en sommes tous témoins. Et maintenant, exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint, objet de la promesse, et l’a répandu. […] Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié. […] Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit » (Ac 2, 32-33 ; 36;38). 

D’ailleurs les réalités annoncées lors de ce discours de Pentecôte ne relèvent pas de l’histoire, mais de la théologie : effusion de l’Esprit, rémission des péchés et glorification de Jésus. La Résurrection est davantage qu’un simple événement survenu dans ce monde. Il a une portée éternelle, divine. Aussi, pour en parler, les apôtres doivent-ils disposer d’une autorité autre que celle de l’historien crédible et « bien renseigné ». 

L’Esprit-Saint, premier témoin de Pâques

Le témoignage de l’Esprit se situe à ce point d’intersection entre témoignage subjectif et vérité objective. L’Esprit est à la fois la réalité intérieure, subjective, par laquelle les apôtres s’approprient à la fois la réalité de la Résurrection de Jésus, et de plus le nouveau milieu spirituel, la nouvelle ère historique inaugurée par la Résurrection. Par contrecoup, l’autorité des apôtres est double. Ils expérimentent la présence en eux de cet Esprit qui les rend contemporains de la force résurrectionnelle de la Pâque de leur maître, et dans le même temps ils en annoncent l’universalisation objective, son extension à tous les peuples de la terre, dans l’élan missionnaire de l’Église. Leur témoignage est-il de la sorte doublement fondateur. Pâques change l’homme et l’histoire.