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Quand le chanteur Christophe prêtait sa voix à Charles Péguy

Christophe, en 2003.
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Christophe, le chanteur des “Mots bleus” est mort. L’oiseau de nuit est décédé le soir du jeudi 16 avril, à 74 ans, des suites d’un emphysème, une maladie pulmonaire. Il était hospitalisé à Brest depuis trois semaines, loin de son appartement-studio du boulevard Montparnasse à Paris.

Toujours caché derrière d’éternelles lunettes rondes et bleues, cheveux longs comme une jeunesse qui ne veut pas partir, Christophe était un symbole de force et de tendresse. En travailleur acharné, il a créé des mélodies inoubliables et a toujours gardé sa place dans l’univers musical français actuel. Parce qu’il était libre, un peu sauvage, sensible et authentique surtout, parce qu’il a mis des mots très simples en musique en leur donnant toute leur puissance, les Français lui demeurent attachés, tout comme à son ouvrage.

Daniel Bevilacqua, dans le civil, a débuté sa carrière dans les années 1960 et restera le chanteur français à la voix singulière, irremplaçable. L’interprète des Mots bleus et d’Aline avait l’art de nous conquérir par sa voix emblématique, à la tessiture teintée d’une grande fragilité mêlée à son immense sensibilité. Le premier titre a été composé pour le film du même nom d’Alain Corneau, après avoir signé une première bande originale pour La Route de Salina. 

Sa voix pour la bande-son de Jeanne

Demeuré proche du cinéma jusqu’au bout, sa dernière composition fut sans nul doute la plus spirituelle de toutes — si ce n’est la seule, puisqu’il était connu pour fuir la religion. Christophe prêtait donc dernièrement sa voix pour la bande-son de Jeanne de Bruno Dumont, film remarquable consacré à la grande sainte de Domrémy jouée par l’époustouflante Lise Leplat Prudhomme, qui a obtenu le prix Louis-Delluc 2019. 

 

Compositeur et interprète des chansons, c’est ainsi sa voix qu’on entend lors des moments de contemplation de Jeanne. Il y tient même un rôle pendant la mise en scène du procès, vêtu à la manière d’un moine, et semblant faire monter sa voix vers le ciel. Bruno Dumont s’est inspiré du texte de la pièce de Charles Péguy Jeanne d’Arc, dont a dû également se nourrir le chanteur pour écrire et pousser sa voix vers des notes encore plus cristallines qu’à l’accoutumée. “Et le hurlement fou d’éternelles prières, seront comme un silence”, l’entend-on chanter, “comme ta mort éternelle est une mort vivante, une vie intuable, indéfaisable et folle, et l’éternité sera comme un silence” ; “pardonnez-moi, pardonnez-nous, à tous, le mal que j’ai fait”. Le résultat est splendide et donne à entendre la profondeur de l’homme qu’était Christophe.

Quand son regard et sa voix s’élèvent dans la cathédrale d’Amiens, alors que Jeanne se débat avec ses détracteurs, Bruno Dumont synthétise en cette seule scène toute la teneur spirituelle du procès, ainsi que son drame. Il avait rêvé être acteur et son rôle unique au cinéma nous laisse un beau moment de grâce.