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Notre-Dame : à toi le passant, le touriste, le passionné d’histoire, le croyant…

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« Tu nous as prouvé, Notre-Dame, que tu n’étais pas invulnérable. Immortelle sans doute, mais pas invincible ». Voici l’hommage rendu à la cathédrale à l’occasion du premier anniversaire de l’incendie de Notre-Dame.

« Objets inanimés avez-vous donc une âme, qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? ». Lamartine a dédié ces deux alexandrins à sa chère maison de Milly, qu’il a tant aimée. Aujourd’hui, c’est au chef-d’œuvre des bâtisseurs, à cette reine de la ville des lumières, à cette grande brûlée, cette rescapée, cette sauvée des flammes, cette grande dame de l’histoire, cette mère de la nation, que nous les dédions, à toi, Notre-Dame de Paris.

Si elle est toujours vivante, son incendie le 15 avril dernier n’a laissé nulle personne indifférente. Des quatre coins de l’horizon, tous ont voulu témoigner un signe de détresse, d’amour et de respect face à ce monument brûlé. Les plus enflammés iront même jusqu’à sauver notre bien-aimée au prix d’un travail acharné. Pourquoi le monde entier a-t-il pleuré Notre-Dame ? Quelle place tient-elle dans le cœur des gens ? Pourquoi cet incendie a-t-il consumé toute l’humanité ? Que représente donc cet édifice de pierres ? Pourquoi cette cathédrale et pas une autre ? Pourquoi ce 15 avril 2019 restera-t-il à jamais gravé dans nos mémoires ? Certainement à cause de sa beauté, que l’on voit au premier regard, mais aussi à cause de sa dimension historique et enfin pour la transcendance qui émane d’un tel monument.

Toi le passant

En premier lieu, c’est à toi le passant, toi le badaud que nous nous adressons, toi qui restes sans mot devant la beauté du monument. Avec tes yeux, tu perçois la magnificence de l’œuvre, comprenant enfin la définition du mot beauté. « Devant les cathédrales, les foules s’arrêtent en silence, incapables de comprendre la splendeur de ces immensités architecturales, admirant néanmoins instinctivement ». Par ces mots, Auguste Rodin nous montre que – de tout temps – l’homme a su saisir la beauté des cathédrales. Quels sentiments s’offrent à nous face à l’édifice ? Impossible de décrire tout cela, tant on est à la fois respectueux du travail des artistes, enthousiaste de ces longueurs folles, horrifié par les mille deux cent vingt-cinq gargouilles. Ainsi se présente cette belle dame. Mais de l’intérieur comme de l’extérieur, le sentiment d’admiration reste le même.

Pour décrire Notre-Dame, Théophile Gautier employait ces mots : « Tout chatoie et reluit : le peintre et le poète trouvent là des couleurs pour charger leur palette ». Quel modèle d’inspiration pour tous les artistes ! Rappelez-vous ces couleurs sur les rosaces, ces statues ! À regarder chaque détail, on y perdrait la vue tant elle regorge de merveilles ; ces deux tours, ces arcs-boutants, cette flèche, cette nef affirment que, malgré sa petitesse, l’homme est capable de grandes choses. Car les bâtisseurs ne se sont pas arrêtés à une cathédrale, non ! C’est bien quatre-vingts diamants de la sorte qui parsèment la France, chacun avec leur splendeur unique.

Mais on ne peut pas goûter à la beauté d’un simple regard. Entendez-vous aussi ces cloches ? Ces énormes cloches qui appellent, selon leur timbre, à la réjouissance ou à la tristesse. Seize cloches dont deux bourdons chantent leur mélodie à la ville de Paris. « Enfin la grande volée commençait ; toute la terre tremblait : charpentes, plombs, pierres de taille tout grondait à la fois… ». Bien sûr, dans cet extrait de Notre-Dame de Paris, Victor Hugo présente de manière quelque peu hyperbolique – mais si véritable – cette puissance des cloches. Savez-vous qu’au 12ème siècle, on réquisitionnait douze hommes forts pour faire sonner Jacqueline, le second bourdon ? Douze hommes pour faire trembler cette montagne de pierres sculptées, douze apôtres pour appeler à la prière ! Entrez, entrez dans la cathédrale et écoutez ! Écoutez cette acoustique parfaitement calculée qui fait monter les cantiques vers le Créateur. Mais, bien souvent, les chants religieux retentissants laissent place à un profond silence. « Le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas de bien » dit saint François de Sales : ce silence magistral conduit à la contemplation et fait de ce lieu un endroit de ressourcement. Ici le passant s’ouvre tout entier.

Tout le monde est marqué par la visite d’une cathédrale. Pourquoi donc ? C’est François Cheng, l’académicien français d’origine chinoise, qui y répond le mieux : « Ce monument est fait de pierres vivantes, c’est notre chair et notre sang ». Ces mêmes pierres noircies par le temps, sculptées et transportées par les ouvriers, sont notre chair et notre sang. Chacun se reconnaît dans Notre-Dame de Paris. Ne serait-ce que par sa présence, chacun apporte une pierre de plus à l’édifice. Ce statut dépasse très largement tous les autres monuments du patrimoine mondial. La cathédrale est bel et bien vivante : c’est ce qui crée sa beauté. Elle grandit avec les années, sans cesse dilatée par la curiosité des passants étonnés.

Si donc, toi le passant, cette cathédrale t’a ému par un regard, par une simple visite, par le toucher d’une pierre ou même par le son des cloches carillonnantes, c’est que Notre-Dame dépasse les frontières et qu’au-delà de sa beauté, tu as peut-être compris son histoire.

Toi le passionné d’histoire

Toi le Français, toi l’Américain, toi le Russe, toi l’Algérien, toi le Japonais, ne sens-tu pas cette histoire qui transparaît ? Saint Louis, Maurice de Sully, l’empereur Napoléon, le Général de Gaulle, Golda Meir, Helmut Kohl, Georges Pompidou, saint Jean Paul II, Benoît XVI… Tous ces noms imprimés sur les livres d’histoire, ces mêmes noms ont marqué Notre-Dame. Elle participe à l’histoire nationale, européenne et mondiale. Symbole de l’histoire, elle porte l’humanité toute entière à travers son histoire : « C’est ce monument-là, et pas un autre, qui incarne notre âme commune » répète François Cheng. L’adjectif possessif « notre » englobe toute l’humanité. L’histoire est universelle et Notre-Dame est une grande dame de l’histoire. Elle a traversé les siècles, les époques, les périls et la guerre. Elle a soutenu la nation dans les heures sombres. Certes, elle n’est pas la seule et bien d’autres cathédrales ont joué un rôle semblable. Comment ne pas aussi citer Reims, sanctuaire des rois de France, ou encore Chartres terre de pèlerinages ! Mais Notre-Dame possède l’ancienneté : avec ses 850 ans d’histoire, elle est parmi les premières cathédrales gothiques de son temps.

« On meurt pour une cathédrale, pas pour des pierres » écrivait Antoine de Saint-Exupéry.

« On meurt pour une cathédrale, pas pour des pierres » écrivait Antoine de Saint-Exupéry. Il a raison : on meurt pour tous ces symboles que porte et que représente la cathédrale. L’homme ne peut pas se souvenir de son passé sans monuments qui l’incarnent. Lorsque nous avons vu les flammes assaillir la charpente, nous avons tous cru que notre histoire entière allait céder. S’il y a eu un tel choc, c’est que nos racines ont été attaquées.

Mais elle a survécu, elle est restée ferme sur son île ! Vaisseau de notre histoire, terre de nos ancêtres, bien plus qu’un grand livre d’histoire. Notre-Dame, tu es notre mère ! Tu ne te réduis pas seulement à porter l’histoire : tu la vis et tu l’incarnes. Mais du cœur même de l’édifice émane quelque chose de plus grand. Quelque chose qui appelle à la transcendance.

Toi le croyant

Toi le croyant, toi le chrétien : n’es-tu pas en prière devant ce monument, ce simple monument à la gloire de Dieu ? « Et soudain la France se souvint qu’elle était chrétienne » : ce sont les paroles de l’évêque de Nanterre à la suite de l’incendie. Oui, soudain, la France se souvint qu’elle était chrétienne, cette même France – fille aînée de l’Église – a vu brûler sous ses yeux le plus grand emblème de sa foi ! Cette foi qui consumait les pèlerins affluant vers les cathédrales.

Car la cathédrale est avant tout le lieu où l’on célèbre la messe, culte des catholiques. 850 ans de prières, de demandes, de louanges, d’actions de grâce. 850 ans qu’elle garde caché ce que certains croient n’être qu’un petit bout de pain. 850 ans qu’elle touche les âmes, les protège, les éclaire.

À citer tous les auteurs et les artistes qu’elle a inspirés, un homme seul aurait largement le temps de reconstruire la charpente à lui tout seul ! C’est cette transcendance qui inspire. Elle est un lien direct avec le Créateur. « À ta vue, on se sent au cœur quelque chose, on est plein de foi » dit encore Théophile Gautier. Qu’importe la religion, qu’importe l’origine : Notre-Dame nous transmet ce sentiment d’absolu ; elle nous donne un avant-goût de l’éternité.

Certains pensent que le cœur de Marie n’a jamais cessé de battre. La mère de Dieu accompagne notre vie : baptême, mariage, enterrement, la mère du Sauveur est là tout au long de notre existence. Roc sur lequel on s’appuie, refuge des miséreux, étoile au grand large, Stabat mater… Les voilà les cathédrales ! Voilà leur rôle, voilà pourquoi tant d’hommes ont pleuré Notre-Dame. On se rend toujours compte de l’importance d’un être cher lorsqu’il n’est plus là. Son absence dérange et interroge, comme s’il nous disait : « Pour toi, qui suis-je ? ».

« L’espace d’un instant, tu as uni les hommes dans une communion universelle. »

Pendant des années, Notre-Dame était là, devant nous, et nous avons seulement pris le temps de la contempler au moment où la flèche est tombée ! Pourquoi faut-il toujours des circonstances tragiques pour réveiller le monde ? Pourquoi faut-il attendre qu’un monument ou qu’une personne disparaisse pour s’y intéresser ? Non et non ! Profitons de la beauté de nos cathédrales !

Tu nous as prouvé, Notre-Dame, que tu n’étais pas invulnérable. Immortelle sans doute, mais pas invincible. Tu nous as surtout rappelé que tu es toujours bien vivante ! Nous avons tellement eu peur en pensant que la couronne d’épines du Christ, dont tu es le reliquaire, puisse disparaître en cette nuit fatale. L’espace d’un instant, tu as fait oublier la guerre au monde entier, unissant les hommes dans une communion universelle. Merci chère cathédrale d’exister, merci chère cathédrale d’avoir résisté : notre drame, notre mère, notre modèle, notre salut ! En un mot : Notre-Dame de Paris !

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