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Du confinement au relèvement

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Aquarius Studio | Shutterstock
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Si le confinement collectif que nous vivons évoque à un long Samedi saint, jour du vide et de l’absence, d’attente et de silence, Pâques, irruption de la vie dans la mort, invite chacun à renaître dans la lumière.

La pandémie du covid-19 révèle notre fragilité et démasque l’illusion de notre toute-puissance. Malgré la distanciation que nous impose le virus, nous sommes engagés dans une aventure commune qui nous rend solidaires, plus sensibles aux inégalités sociales et aux gestes de bonté. Le temps s’est comme libéré, imposant un autre rythme, plus lent, plus intérieur, nous sortant de la routine habituelle.

Quelle belle occasion de revenir à l’essentiel, revoir nos priorités, devenir plus humain. Pour les chrétiens, c’est le moment favorable d’approfondir la foi au Christ, de découvrir le trésor de la présence de Dieu en nous, de faire de nos familles des petites églises domestiques où Dieu se donne et se révèle dans l’amour et la prière, dans le désir de la communion spirituelle.

« Par lui, avec lui et en lui, l’épreuve de la mort est éclairée d’une lueur de vie qui débouche sur la résurrection. »

Dans sa Passion, Jésus s’est fait solidaire de notre souffrance en la prenant sur lui, en nous aimant « jusqu’au bout » (Jn 13, 1). Cette solidarité témoigne de l’amour du Père et désarme le mal. Elle s’incarne dans notre humanité lorsque nous nous aimons comme Jésus a aimé, avec nos limites, car « par ses blessures, nous sommes guéris » (Is 53, 5).

« Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il souffrit sa passion, et fut mis au tombeau », dit-on dans le Symbole de Nicée-Constantinople. Jésus ne plaide pas seulement en notre faveur, il prend notre place, il se substitue à nous, lui, « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Par lui, avec lui et en lui, l’épreuve de la mort est éclairée d’une lueur de vie qui débouche sur la résurrection.

Un long Samedi saint

Le confinement collectif que nous vivons me fait penser à un long Samedi saint, jour du vide et de l’absence, d’attente et de silence, où il n’y a pas d’Eucharistie et de liturgie dans les églises. C’est le temps du dépouillement et de la sobriété où le grain de blé est jeté en terre dans l’attente d’une vie nouvelle. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jn 12, 24)

Après la crucifixion de Jésus, les apôtres eux-mêmes, infectés par le virus de la peur, sont confinés dans un espace restreint et verrouillé. À la Pentecôte, ils contamineront le monde par l’annonce de l’Évangile ; leur joie sera contagieuse, au-delà du martyre et des guerres et des pandémies.

Pour plusieurs d’entre nous, le confinement ressemble à une descente aux enfers : anxiété, maladie, deuil, pauvreté, solitude, violence conjugale, décès de personnes qui nous sont chères… Jésus lui-même est allé aux enfers, relevant ceux et celles qui sont prisonniers de leur passé. Il est descendu dans la mort pour l’habiter, pour nous préparer une place près de lui. Nous ne sommes pas seuls dans l’espérance ; en Jésus, la vie n’est pas détruite, mais transformée. « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? » (Jn 14, 2)

Dans le grand silence du Samedi saint, l’espérance couve sous les cendres. L’étincelle de la résurrection du Christ allume un immense incendie qui change le cours du temps et de l’histoire. De grand matin, des femmes se rendent au tombeau. Elles sont les premières à voir l’ange, vêtu de blanc, dans le tombeau : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé. » (Mc 16, 6)

En ce temps de pandémie, où les lieux de culte ne sont plus accessibles, nous cherchons Jésus dans le plus souffrant et dans le sanctuaire de notre cœur. Nous méditions la parole de Dieu, nous le touchons en l’autre, et nous buvons l’eau de notre puits intérieur. Nous découvrons l’endroit profond où Jésus est déposé, le jardin de notre cœur.

Le mystère de l’invisible amour nous suit partout et colore notre confinement, malgré la distanciation sociale. La Présence nous relève. Nous entrons dans le mystère de la résurrection, l’irruption de la vie dans la mort, l’étonnante annonce des apôtres depuis deux mille ans. Alléluia ! Le Christ est ressuscité, il est vivant. Il nous invite à renaître dans la lumière, à sortir de nos tombeaux, à entrer dans la danse, à chanter l’hymne du Premier-né d’entre les morts. Joyeuses Pâques.

Pour aller plus loin, le blog de Jacques Gauthier