Recevez la newsletter d'Aleteia chaque jour!
Démarrez la journée avec la newsletter d'Aleteia
Je m'abonne gratuitement !
Aleteia

Trésor du grégorien : l’Exsultet de la Vigile pascale

© Domaine public
LA RESURRECTION PAR PIERRE-PAUL RUBENS, 1615-1616 : Rubens a représenté de nombreuses fois la Résurrection. Si le Christ est souvent représenté debout, d'autres versions le représentent également assis. Le visage détendu, presque rêveur, le Christ est en train d'enlever son linceul aidé d'un ange. Son visage est serein et toutes les traces de souffrance ont disparues. Deux putti, à gauche, tiennent sa couronne d'épines. Les épis de blé qu'on aperçoit sur le tombeau est une allusion au pain de vie et donc à l'Eucharistie.
Partager

Au cours de la vigile pascale, le diacre chante l’invitation à la joie de la Résurrection. Le style musical est dépouillé à l’extrême, dans une sorte de solennité enthousiaste.

La Semaine sainte s’achève normalement par la Vigile pascale célébrée dans la nuit même de la Résurrection. Inaugurée dans l’enthousiasme en 1951, la Vigile pascale sombre souvent, malheureusement, dans l’indifférence. Raison de plus pour vous l’exposer et la faire revivre ! Et tout particulièrement l’Exsultet, longue prière chantée au tout début de cette Vigile. 

Une entrée dans la prière

Après la triple exclamation : Lumen Christi ! Deo gratias, qui salue le cierge pascal, symbole du Christ ressuscité, le célébrant chante l’invitation à la joie de la Résurrection. En principe, c’est le diacre qui en est chargé, dans la pénombre, au pied du cierge pascal. Ce faisant, il commence par s’adresser à la foule afin qu’elle entre dans la prière, ce qui classe ce chant dans la catégorie des exordes, qui sont des discours d’entrée en matière destinés à capter l’attention.

La longueur de la pièce est exceptionnelle et son style syllabique (quasiment une syllabe par note) la rend comparable au chant de l’Évangile, ce qui se vérifie aussi au plan liturgique puisque le diacre demande la bénédiction du prêtre avant de chanter.

Le contraste entre la nuit et la lumière

De tous les récitatifs liturgiques, l’Exsultet est celui où le lyrisme atteint sa plus haute puissance d’expression. Le fond n’est rien d’autre que le chant solennel de la Préface. Mais, sans jamais nuire à la ligne mélodique ni à la sobriété du ton primitif, l’artiste qui a conçu ce chef-d’œuvre a su introduire des variantes, la plupart du temps minimes, mais suffisantes à traduire la nuance de solennité ou de joie voulue.

L’Exsultet proprement dit est suivi d’une longue Préface, introduite par le dialogue habituel, qui chante toute l’histoire de la chute et de la Rédemption que symbolise le contraste entre la nuit et la lumière. Oui, Jésus a acquitté à son Père la dette contractée par Adam ; il a délivré son peuple de la servitude d’Égypte ; il a brisé les liens de la mort et il sort victorieux de son tombeau ! Le style musical est donc dépouillé à l’extrême, loin de la richesse habituelle du chant grégorien. La récitation sur une note relativement haute confère au diacre un rôle d’animateur, puisqu’il incite l’assemblée à méditer et prier, et convient à sa situation, face à la flamme du Cierge pascal, donc face à la lumière du Christ pour l’instant encore ignorée par le monde.

« Heureuse faute ! »

L’Exsultet est structuré en plusieurs parties :

– invitation à louer Dieu,

– appel du diacre à prier pour lui,

– dialogue chanté (préface), après quoi commence la proclamation proprement dite :

– louange à Dieu,

– éloge de la nuit pascale,

– admiration de l’œuvre rédemptrice,

– acte d’offrande,

– méditation sur la flamme et le cierge pascal,

– supplication finale.

« Ô admirable condescendance de la bonté divine ! Pour racheter le serviteur coupable, Dieu a sacrifié son propre Fils ! Ô péché d’Adam, en quelque sorte nécessaire puisque racheté par la mort du Fils de Dieu. » Et la sublime liturgie, perdant la tête dans l’excès de son enthousiasme, va jusqu’à s’écrier : O felix culpa quæ talem ac tantum méruit habére Redemptórem ! « Ô heureuse faute, qui nous a mérité d’avoir un tel, un si grand Rédempteur ! » Ce qu’il nous faut traduire : « Ô ineffable amour, qui d’un si grand mal a su retirer un merveilleux remède ! »

Toute chose à sa juste place

Après cette évocation, la Préface insiste sur le thème de la nuit et de la lumière et se termine par une prière pour le pape, l’évêque, les gouvernants et tout le peuple chrétien. La Vigile pascale se poursuit ensuite avec la lecture de la création du monde en Genèse 1,1-31 et 2, 1-2, comme pour remettre toute chose à sa juste place. Car alors que nous étions chassés du Paradis originel, que le récit biblique nous rappelle, la victoire du Christ sur la mort nous ouvre les portes d’un Paradis incomparablement supérieur à l’ancien. Si nous pouvons encore entendre l’Exsultet chanté dans la nuit de Pâques, profitons-en ! Si nous ne l’avons plus, méditons-le…