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Pourquoi suis-je sauvé par la mort d’un homme il y a 2.000 ans ?

© Jose Juan minime
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En pratique, personne n’arrive à vivre pleinement la Loi parfaite qui vous sauvera par ses propres mérites. L’incarnation rédemptrice du Fils de Dieu est la proposition d’une autre voie. C’est par une nouvelle Alliance, scellée au soir du Jeudi saint et ratifiée dans le sang de la Passion du Christ, que nous sommes indéfectiblement sauvés.

« Il n’y a pas d’autre nom sous le ciel par lequel il nous faille être sauvés » (Ac 4, 12). Telle est, après la Pentecôte, l’affirmation de Pierre sortant du Cénacle et depuis, l’Église et tous les chrétiens affirment, sans cesse, que la mort du Christ nous sauve tous. Mais pourquoi chacun de nous serait-il sauvé par la mort d’un homme il y a 2.000 ans ? Beaucoup d’autres hommes sont morts de manière presque aussi cruelle, de manière injuste : par exemple Socrate, dont la mort a tellement choqué Platon, Gandhi, Martin Luther King et tant d’autres. Beaucoup d’innocents sont morts dans des conditions effroyables, mais jamais personne n’a imaginé que leur mort à eux, et le sang qu’ils ont versé, serait le salut du reste de l’humanité. Pourquoi est-ce différent pour Jésus ? Quand on pose la question, souvent les gens répondent : « Parce qu’il était Dieu ! » Mais… Jésus était Dieu depuis sa naissance. Pourquoi fallait-il — comme l’Église l’affirme — sa Passion et sa Résurrection pour nous sauver ? Comment ça marche ? Et d’abord, que veut dire « être sauvé » ?

Le sens plénier du salut

Au sens plénier, « être sauvé » signifie être libéré du péché et de la mort et être jugé digne après la mort de partager pour l’éternité la vie de Dieu. Tel est le sens plénier du salut. La Bible emploie ce terme dans différents sens, plus ou moins forts, mais dans le sens ultime, plénier, être sauvé signifie aller au ciel et y vivre éternellement de la vie même de Dieu comme des fils bien-aimés, dans le Fils éternel, c’est-à-dire être jugé digne, après la mort, de partager la vie de Dieu, dans son royaume, la vie éternelle. Dès lors se pose une question : comment peut-on accéder à une telle dignité ? Comment peut-on mériter le ciel ?

L’Ancien Testament indique un chemin, qui est celui de la Loi : « Soyez saints, comme moi votre Dieu je suis saint » (Lv 19, 2). Pour les juifs, mais aussi pour les chrétiens et même pour les musulmans qui le reconnaissent d’une certaine manière, Dieu a donné à Moïse, sur le Mont Sinaï, une Loi « qui donne la vie ». « Fais cela et tu vivras » (Dt 30, 16), dit Dieu au peuple par Moïse. Dieu promet à ceux qui respecteront sa Loi, qu’ils seront dignes de son royaume et qu’ils vivront : « Tu ne laisseras pas ton saint voir la corruption » (Ps 15, 10).

Personne n’arrive à se sauver

Le problème est qu’en pratique, personne n’arrive à vivre pleinement cette Loi parfaite. Saint Paul le constate amèrement : « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rm 3, 23). Personne ne réussit finalement à se sauver en respectant parfaitement cette Loi de Dieu, qui veut que nous soyons saints comme lui-même est saint. « Tous sont soumis au péché, il n’y a pas de juste, pas même un seul, tous sont dévoyés, pervertis » (Rm 3, 9). Notre liberté marquée par le péché originel est malade et il ne suffit pas de vouloir le bien pour le faire (cf Rm 7, 14-24). Même le juste pèche, dit-on, sept fois par jour. Il n’est pas possible de se hisser tout seul à la hauteur de la sainteté parfaite de Dieu. Dès lors, « personne ne sera justifié devant Dieu par la pratique de la Loi » conclut saint Paul (Rm 3, 20). Or la Loi ne peut être changée. C’est la Loi de Dieu, aussi parfaite que Dieu est parfait. Comment peut-on alors être sauvé ?

Une nouvelle Alliance

L’incarnation rédemptrice du Fils de Dieu est la proposition d’une autre voie, d’une deuxième voie à travers une nouvelle Alliance. Une Alliance nouvelle et éternelle, scellée dans le sang du Christ, car « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde » (Rm 11, 32) par le Christ qui est devenu le serviteur parfait. L’Alliance nouvelle que Jésus scellera dans son sang avait été annoncée par les prophètes. Ainsi, le prophète Jérémie : « Voici venir des jours, où je conclurai avec la maison d’Israël et la maison de Juda, une alliance nouvelle » (Jr 31, 31). Le prophète Isaïe l’avait confirmé : il y aura « une alliance éternelle » (Is 55, 3) qui viendra avec la venue du Messie et reposera sur un parfait médiateur, lequel sera à la fois l’autel, le prêtre et la victime de ce sacrifice par lequel l’alliance nouvelle sera scellée.

Jésus unit définitivement son destin au nôtre

On peut dire avec les Pères de l’Église que par son Incarnation dans le sein de la Vierge Marie, Jésus s’est déjà uni à la nature humaine ; que par son baptême, il s’est rendu solidaire des pécheurs ; que par toute sa vie, il a vécu comme un homme au milieu des hommes. Mais c’est à la Cène et par toute sa Passion qu’il scelle cette Alliance nouvelle et éternelle en son sang. Le soir du Jeudi saint, c’est comme si Jésus disait à son Père : « Voici mon corps et mon sang. Je les partage avec tous. Je m’unis à tous les hommes. Désormais nous ne faisons plus qu’un : je prie pour que tu nous prennes tous ensemble auprès de toi. J’ai lié mon destin au leur et cette vie que tu m’as donnée, je te la remets pleinement en la liant à eux tous. Pour eux, je vais faire ce que tu attends de moi : donner tout ce que j’ai, tout ce que je suis, pour que ta gloire soit reconnue, ton nom sanctifié ».

L’unique Rédempteur

Jésus, envoyé par le Père, est le Rédempteur, l’unique médiateur (1Tm 2, 5) qui vient « accomplir « parfaitement la Loi de Dieu pour lui-même et pour nous. Jésus l’avait annoncé : « N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5,17). Il le fait en tant qu’homme puisque « le semblable doit être sauvé par le semblable » comme le disent les Pères de l’Église. Il le fait pour lui-même et « pour les multitudes » à qui il s’unit à la Cène, le soir du Jeudi saint : « Prenez et mangez : ceci est mon corps livré pour vous. Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, livré pour vous et pour la multitude » (Mt 26, 26 ; Mc 14, 22)C’est bien pour cette heure-là qu’il est venu (Jn 12, 47) : Jésus a voulu s’unir aux hommes pécheurs, et prendre sur lui leurs péchés. Et en cet instant particulier, qui inaugure l’heure des ténèbres, le Père laisse le Fils aller jusqu’au bout de l’abandon. Le Père aime le Fils et il ne se détourne pas de lui, mais le Christ submergé par le péché du monde ne le sent plus, il vit l’abandon et la détresse. « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27,46 reprenant le Ps 22 (21), 1). Mais, dans cet abîme, il ne cesse de se tourner vers Dieu et refuse d’utiliser ses pouvoirs de Fils pour éviter la mort.

Il restaure notre liberté

« Le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à tous » (Is 53,6), mais sur la Croix, le Christ est le serviteur parfait, vainqueur de toute haine par un amour sans limite. Jésus reste seul au jardin de Gethsémani, et là, c’est comme s’il mesurait le poids de son engagement. Veux-tu vraiment être uni à tous et à chacun ? Le Christ dit oui, oui, oui ! Pour chacun de nous, l’un après l’autre, le Christ dit « oui », personnellement. Malgré le dégoût que lui inspirent nos péchés, et l’ensemble de toutes les turpides du monde, son amour à lui innocent est sans condition, mais le poids de cette boue l’accable bien au-delà de ce qui est concevable et c’est pourquoi, avant même que quiconque ne l’ait touché, ses vêtements se couvrent de sang et il entre en agonie (Lc 22, 44).

Il est le Rédempteur (Is 41, 14) qui a décidé de donner sa vie pour nous. En cette heure de ténèbres, le mal et la haine se déchaînent contre lui. Mais Jésus aime davantage : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). Son amour est plus grand que la haine. « J’ai soif ! » (Jn 19, 28) et son amour dépasse infiniment la haine. Son acte décisif d’obéissance au Père, au sein de la pire condition qui puisse exister, restaure la liberté humaine abîmée par le péché. Le Christ est Fils de Dieu, « impeccable » mais la victoire du Christ sur la Croix, c’est la victoire de l’amour absolu sur toute haine. Comme le dit saint Paul : « En sa personne, il a tué la haine »(Éph 2, 16).

L’excellence de la charité

Après sa mort et son ensevelissement, Dieu doit juger en toute justice le Christ total : la tête, Jésus, uni indéfectiblement à son corps, l’Église. Et le jugement est qu’il est vraiment digne du Royaume. « Il est la tête et nous sommes les membres » (Éph 5, 30). Mais la sainteté et l’amour infini de Jésus surpassent infiniment le déchaînement de la haine et l’horreur de tous les péchés du monde. « Tu ne laisseras pas ton saint voir la corruption » (Ps 15 (16), 10). Le Christ total est vraiment digne du royaume, comme le dit l’Apocalypse : « Digne est l’Agneau égorgé de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la louange » (Ap 5, 12). Et c’est ainsi que Dieu ressuscite Jésus, et qu’il nous ouvre à tous les portes du Royaume. « Dieu l’a exalté, le faisant chef et sauveur » (Ap 5, 31). Saint Thomas d’Aquin dit que c’est l’« excellence de la charité du Christ » (Somme théologique, IIIa Pars, qu. 48, art. 2 resp.) qui nous sauve en dépassant infiniment l’attitude du pécheur.

Un seul Ressuscité

Il n’y a en fait qu’un seul Ressuscité : le Christ et c’est ainsi que Jésus nous entraîne dans sa victoire. « Il n’y a donc plus maintenant de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus » (Rm 8, 1). Nous n’entrons au ciel que « dans le Christ », sous son manteau. « Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là » (2Co 5, 17). Nous n’entrons au ciel qu’en « revêtant le Christ » (Ga 3, 27) par le baptême. « Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ (Ga 3, 27). Il est le seul « Chemin » (Jn 14, 6) ; il n’y en a pas d’autre. « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Nous devons vivre en lui, être « incorporés » à lui. « Vous appartenez au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse » (Ga 3, 29). Grâce à lui, nous avons maintenant une autre voie de salut.

La Loi ou le Christ

Il y a donc deux voies de salut : la Loi, pour les parfaits ; et le Christ, pour les pécheurs, qu’il conduit au pardon et au-delà, à l’adoption filiale ! Si nous choisissons la Loi, la circoncision, si nous cherchons la justice dans la Loi, saint Paul nous dit que « le Christ ne nous sert plus à rien », que l’on est « tenu à l’observance intégrale de la Loi » — ce qui est impossible ! —, que l’on a « rompu avec le Christ » et que l’on est « déchu de la grâce » ! « C’est moi, Paul, qui vous le dis : si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien. De nouveau, je l’atteste à tout homme qui se fait circoncire : il est tenu à l’observance intégrale de la Loi. Vous avez rompu avec le Christ, vous qui cherchez la justice dans la Loi ; vous êtes déchus de la grâce » (Ga 5,2).

Il faut donc, pour être sauvé, entrer dans l’Alliance nouvelle et éternelle qui nous lie au Christ Jésus, lequel nous donne par son sang le pardon de nos péchés et nous fait aussi, au-delà, participants de la vie même de Dieu puisque nous devenons « fils dans le Fils » par l’adoption filiale. Il nous donne d’être « enfants de Dieu » en étant unis au Christ qui est le Fils unique de Dieu, ainsi que le dit saint Paul : « Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi, afin de racheter les sujets de la Loi, et afin de nous conférer l’adoption filiale » (Ga 4, 5).

Par le baptême et à la messe

Le jour de la Pentecôte, les auditeurs de Pierre, convaincus par son discours ont demandé : « Et nous ? Que devons-nous faire ? ». Et Pierre leur répond de se faire baptiser en Jésus. « Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint-Esprit » (Ac 2, 38). C’est bien par le baptême que le Christ propose à chacun de ratifier cette alliance. « Baptisés dans le Christ, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés » (Rm 6, 3). Cette Alliance doit être ensuite vécue par toute notre vie, renouvelée par la confession et le pardon de nos péchés, vivifiée par l’Eucharistie, « source et sommet » de la vie chrétienne selon Vatican II.

La messe, qui renouvelle la Cène, nous permet de vivre réellement « par lui, avec lui et en lui ». Elle permet de faire mémoire sans cesse de cette Alliance nouvelle et éternelle scellée par le Christ au soir du Jeudi saint, de la ratifier personnellement et d’être ainsi uni à lui jusqu’à l’éternité. Car sa promesse est que celui mange sa chair et boit son sang a la vie éternelle, et lui, il nous ressuscitera au dernier jour. « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. Et moi je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6, 54). « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui » (Jn 6, 56).