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Du bon usage de la pandémie : l’épreuve et la grâce du confinement

Quentin de Groeve. / Hans Lucas via AFP

Jean Duchesne - Publié le 24/03/20

Pascal a médité sur le « bon usage des maladies ». À nous d’en faire autant quand nous est imposé par le covid-19 de « garder la chambre », même si nous ne sommes pas (encore) atteints.

On pourrait croire que la claustration condamne à l’inaction et donc à l’ennui, à force de ne plus pouvoir bouger pour s’occuper. Il y a bien sûr les proches dans les mêmes murs, encore plus immédiats que d’habitude, ainsi que la nécessité de répondre aux besoins de l’alimentation et de l’hygiène. Mais cela n’emplit pas complètement les journées et il y a donc du temps pour relever les défis en prenant du recul. C’est le stimulant inattendu qu’offre une situation de relative paralysie, alors que l’attention est bien moins sollicitée par d’incessantes interactions sociales pendant les heures de veille. Il n’y a même plus de sports-spectacles médiatisés pour nous distraire avec un peu d’évasion et d’excitation.

Déstabilisation

Le vide dans lequel on a l’impression désagréable de flotter est creusé par des incertitudes. Finalement, on ne connaît pas encore très bien ce virus nouveau, qui se répand si facilement mais ne tue pas infailliblement ceux qu’il infecte. Il ne semble pas qu’on ait les moyens de protéger les soignants. Jusqu’où faut-il aller dans le confinement ? Combien de temps cela va-t-il durer ? Pourra-t-on ensuite tourner la page ? Autrement dit, à la restriction de liberté qu’entraîne la limitation de mobilité s’ajoute une fragilisation aussi bien cognitive que physique et du coup psychologique.   




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Voilà donc ruinée l’illusion qu’était répertorié et maîtrisé tout ce qu’il pouvait être utile de savoir en ce monde et que tout était contrôlable ou du moins gérable avec des procédés éprouvés. Autrement dit, la science et les technologies sont à la peine. C’est un coup sérieux pour le mythe du Progrès irrésistible et irréversible qu’ont nourri chez nous des décennies sans guerre ni révolution et où l’offre de conforts et d’agréments en est arrivée à précéder et façonner la demande, allant jusqu’à inciter à faire de la légitimation des minorités sexuelles une des plus urgentes priorités.

Ce qui restera ou reviendra

Il est cependant clair que toutes ces avancées ne se sont pas évanouies et que bien des acquis restent précieux. Notre niveau de vie n’est pas radicalement remis en question, même si s’impose une « démondialisation » des circuits d’approvisionnement. Les difficultés économiques dues à la crise sanitaire ne ramèneront vraisemblablement pas au temps de la lampe à huile et de la marine à voile. Et surtout, les moyens de communication tels que la radio, la télévision, le téléphone, l’Internet, les vidéo-conférences et les réseaux sociaux font déjà que le confinement ne signifie pas l’isolement carcéral. Les avantages du télétravail sont en train d’être testés à une échelle sans précédent, y compris pour les écoliers, les étudiants et leurs enseignants.


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Mais il est non moins sûr que tous les débats provisoirement refoulés par la fixation sur le virus ressurgiront tôt ou tard : inégalités dénoncées par les Gilets jaunes ; immigration depuis l’Afrique et le Moyen Orient ; guerres régionales qui font des masses de victimes civiles innocentes ; montée des égoïsmes nationalistes ; expansionnismes islamique, russe et chinois : divergences sur l’interprétation des droits de l’homme et de la démocratie ; et (suprêmement) la « transition écologique » requise par le réchauffement climatique. Les échanges d’accusations et de rodomontades qui font l’ordinaire de la vie politique et auxquelles il est laissé un peu moins d’espace ces temps-ci repartiront sans doute un jour de plus belle.

Une épreuve de vérité

En attendant, il n’est pas à exclure que les frustrations et les peurs finissent par écorner la saine solidarité qui peut se constater et qui est paradoxale puisqu’elle se manifeste en évitant les contacts. Et il y a plus contradictoire et déconcertant encore : c’est que les contraintes restaurent une certaine liberté et que, par-dessus le marché, celle-ci ne s’avère pas douillette et constitue plutôt une épreuve. 




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Il ne s’agit plus simplement en effet de choisir entre des options qui se présentent et séduisent plus ou moins, mais de déterminer ce à quoi on aspire le plus profondément. La réduction de ce que Blaise Pascal appelait les divertissements — c’est-à-dire tout ce qui, dans la vie « mondaine », détourne de l’essentiel — conduit à s’interroger avec plus d’acuité sur ce que l’on désire vraiment. En d’autres termes, cette liberté est celle que donne la confrontation à la vérité — non pas directement l’insaisissable Vérité avec un grand V qui commande et explique tout, mais déjà la vérité sur soi-même dans un contexte de remise en cause.

L’épreuve et la grâce

Il ne s’ensuit absolument pas que la pandémie actuelle serait providentielle. Un peu de réflexion et de foi aide à le comprendre. Une crise n’est pas un mauvais moment à passer, mais une épreuve qui révèle la vérité de ceux qu’elle touche en les mettant en quelque sorte à nu. C’est ce qu’indique la racine grecque du mot, que l’on retrouve dans « critère » et « critique », et c’est donc dur à subir. 




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D’autre part, Dieu n’a pas davantage pu vouloir, fût-ce à des fins pédagogiques, cette oppression et ces servitudes qu’il n’a organisé la Passion de son Messie. Car il ne combat pas le chaos introduit dans sa création par le Mal en personne en exerçant une violence symétrique. Son Fils fait homme vient plutôt enrayer la contagion du virus le plus assassin — celui de la haine — en ne le transmettant pas parce que, sous la torture et jusque dans l’agonie, l’idée de vengeance ou de punition ne l’effleure même pas. Et sa victoire sur la mort, puisqu’il est resté lui-même en ne cessant pas d’offrir la vie reçue de son Père, ouvre aux humains la possibilité de découvrir la vérité de leur vocation filiale et d’y entrer.

De la claustration à la communion

La crise affrontée ces temps-ci apparaît ainsi comme une pro-vocation — une secousse, un scandale qui peut éveiller à un appel, voire s’y substituer, et ou bien laisser désemparé ou bien affranchir de passivités imposées par d’absorbantes habitudes. La liberté imprévue ainsi découverte ne débouche pas sur l’arbitraire, mais requiert de nouvelles règles de vie, ordonnées à une fin qui ne soit pas un enfermement en soi-même et au contraire solidarité sans limite, au-delà de ses forces propres. 

C’est au fond le principe de la vie monastique, qui n’est pas réservée à une élite, mais simplement, comme l’a autrefois très bien dit le père Louis Bouyer, « celle du baptisé, portée à son maximum d’urgence ». Précisément, l’urgence sanitaire nous y invite à régler nos journées à la façon des moines et moniales, avec un peu de travail et de lectures, ainsi que des liturgies à emprunter, adapter ou inventer, pour convertir la claustration à laquelle nous sommes contraints en une clôture librement consentie qui convertit l’isolement en communion par et dans le Christ avec tous. 




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