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Pourquoi faut-il aimer Dieu pour Lui-même ?

STATUE OF JESUS
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La première étape de la vie spirituelle consiste à remercier Dieu pour ses dons en notre faveur. À l’étape suivante, nous L’aimons pour Lui-même, pour ce qu’Il est dans son intériorité trinitaire.

En théologie, on distingue Dieu « en soi » et Dieu « pour nous ». En langage plus scientifique, on parle de « Trinité immanente » et de « Trinité fonctionnelle ». La première appellation désigne ce que Dieu est en Lui-même, sa constitution intérieure et éternelle si on peut dire ; la seconde appellation indique ce que Dieu a opéré en notre faveur à partir de ce qu’Il est. Or l’originalité de la Révélation chrétienne tient à ce que les actions de Dieu pour nous prennent appui sur ce qu’Il est en Lui-même, sur Son Être éternel.

Aussi l’étude et l’intériorisation de la Rédemption tireront-elles grand profit de se pencher sur l’Être intérieur de Dieu. Dissocier Trinité fonctionnelle et Trinité immanente s’avèrerait en effet non seulement contreproductif mais surtout constituerait une source d’erreur qui porterait atteinte à la pleine réception du salut apporté par Jésus-Christ.

Dieu se veut pour nous… en personne !

Mais pourquoi la Rédemption serait-elle incomplète si la Trinité fonctionnelle, c’est-à-dire ce que Dieu est pour nous, ne s’appuyait pas sur ce qu’Il est en Lui-même, sur la Trinité immanente ? Parce que ce que la Trinité veut pour nous, c’est la Trinité elle-même ! C’est la raison pour laquelle le croyant ne peut pas se désintéresser de la consistance intrinsèque de la Trinité. Dieu nous ayant prédestinés à être fils du Père par le Fils dans l’Esprit, les trois Personnes de la Sainte Trinité ne sont pas des réalités inconsistantes ou trois masques d’une divinité indistincte, nébuleuse et indéterminée, mais trois Personnes divines réelles et distinctes. En Dieu, il y a identité de l’être et de la volonté. Ce qu’il veut correspond à ce qu’il est. La « Trinité-pour-nous » prend son origine et trouve son accomplissement dans la « Trinité-en-soi ».

Si Dieu n’était pas Trinité, jamais nous ne pourrions accéder à la filiation divine, car alors il n’y aurait ni Père, ni Fils, ni Esprit. Tout cela serait des jeux de mots, des « métaphores » et finalement un abus de langage. En revanche, si Dieu est Père, Fils et Esprit, alors ma divinisation s’appuie sur Sa constitution trinitaire et non sur une vague façon d’être fils ou fille qui resterait pour moi une modalité assez floue de rapport avec la divinité. Faire l’impasse sur la Trinité immanente, cela équivaudrait à se résigner à l’inexistence de ce que Dieu désire pour nous et qui est attesté par les Écritures ! Funeste auto-illusion ! Et piètre idée de ce qu’est Dieu et de Sa probité !

La Trinité éternelle préexiste à Son action pour nous

Les données du problème sont similaires pour la théologie de la Révélation. Celle-ci ne concerne pas uniquement « Dieu pour nous ». La Trinité existe avant d’agir en notre faveur ! En son temps, Henri de Lubac avait déjà dénoncé la thèse, soutenue par certains théologiens, selon laquelle la Révélation ne nous dirait rien sur la constitution trinitaire de Dieu : « Certains auteurs d’aujourd’hui nous parlent d’une connaissance fonctionnelle de la Trinité et du Christ, et puis d’une connaissance ontologique, en nous disant : “Dans l’Écriture Sainte, il n’y a qu’une connaissance, qu’une révélation fonctionnelle. On voit ce que Dieu est pour l’homme, ce que le Christ est pour l’homme. Mais ce que Dieu est en Lui-même, ce que le Christ est en Lui-même, on n’en sait absolument rien ; on ne peut même pas formuler à leur sujet un jugement ontologique d’existence proprement dite” » (« La foi chrétienne », Choisir, n° 103, 1968, p. 16).

La théologie chrétienne, en s’appuyant sur la Révélation, prétend au contraire témoigner des fondements métaphysiques de l’Être divin en parlant de la Trinité. C’est ainsi que dans ses propositions, la théologie ne dissocie pas les actions de Dieu en notre faveur de son Être intérieur. Car si nous ne comprenons plus Dieu qu’à l’aune de ce qu’Il fait pour nous, nous ne tarderons pas à réduire le christianisme à ce que « l’homme religieux » attend de la divinité. L’homme deviendrait alors la mesure de Dieu ! A rebours d’une telle tentation égocentrique, nous avons à nous laisser instruire par la Parole divine et écouter ce qu’elle nous dit d’inouï et de déconcertant. Sinon nous ne parviendrons jamais à nous dépasser en nous laissant diviniser par Celui qui est au-delà de nos attentes et qui nourrit pour nous des ambitions autrement plus gratifiantes que ce à quoi aspirent nos esprits faibles et limités !

Prendre la mesure de l’Amour divin

Si je reste centré sur « Dieu pour moi », en oubliant de m’ouvrir à la Trinité en soi, à la vie intime du Père, du Fils et de l’Esprit, qui m’assure que je ne fais pas autre chose que me chercher moi-même en tentant de rejoindre cette divinité ? Je cours alors le risque de rapetisser Dieu en Le mettant au service de mon existence étriquée, au lieu de m’ouvrir au grand large. Quand l’homme ne confesse plus l’existence objective d’une Trinité éternelle qu’il doit adorer et aimer pour elle-même, tôt ou tard il se renferme sur sa subjectivité particulière et finit par ne rien voir au-delà de l’horizon étriqué de son moi.

C’est la raison pour laquelle notre subjectivité ne doit pas occulter l’objectivité des énoncés dogmatiques. Car en ignorant ce que Dieu est en Lui-même, je m’interdis du même coup de prendre la mesure de l’amour fou que la Trinité me porte. Idem pour ma façon de comprendre Jésus-Christ. En répétant les paroles de Luther : « Connaître que le Christ est une personne qui est homme et Dieu, cela ne sert de rien à personne », ou bien « Christ a deux natures. En quoi est-ce que cela me regarde ? […] Qu’il soit par nature homme et Dieu, cela, c’est pour lui-même  », je me ferme les portes de la compréhension de la divinisation qu’il me gagne en tant que Fils de Dieu qu’il est par nature. En effet, étant le Fils éternel du Père, son sacrifice en ma faveur sur la Croix n’en est que plus vertigineux ! La densité de gloire que me destine le « Dieu pour nous » s’accroit considérablement si on l’appréhende à l’aune du « Dieu en soi », à la lumière de l’intériorité trinitaire. Ma qualité de fils de Dieu sera autrement plus dense et assurée si elle s’appuie sur la filiation divine de Celui qui est Fils de toute éternité, que si j’en reste à une indétermination théologique qui, en me laissant dans le flou, ne me garantit ni contre l’erreur ni contre le délire !

Le Donateur est plus grand que Ses dons

Au sujet de la Révélation divine, deux écueils sont donc à éviter. Le premier : affirmer qu’il est impossible et vain de connaître la Trinité immanente, la Trinité éternelle. Second écueil : prétendre atteindre le Dieu trine indépendamment de l’histoire du salut, sans passer par le « Dieu pour nous », la Trinité économique. En effet, nous n’accédons à la Trinité éternelle qu’à partir de la Rédemption qu’elle a déployée en notre faveur. En évitant ces deux impasses, nous dépasserons l’opposition stérile de l’objectivité dogmatique et du subjectivisme existentialiste qui reste indifférent à Dieu pris en Lui-même.

Enfin, notre divinisation s’accomplit et parvient à la perfection quand le Donateur est plus aimé que Ses dons, quand nous aimons Dieu pour Lui-même, pour ce qu’Il est en Son intériorité trinitaire. C’est le motif ultime et essentiel d’approfondir spirituellement pour notre compte la Révélation de la Trinité éternelle.