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Gérard Fesch : « Mon père montre que tout homme peut se racheter, se transformer »

STF / AFP

Jacques Fesch sera condamné puis guillotiné le 1 octobre 1957.

Thomas Renaud - Publié le 27/02/20

Le 28 février, Gérard Fesch saura si la réhabilitation de son père, Jacques, guillotiné en 1957, est rendue possible par le Conseil constitutionnel. Une décision lourde de sens pour celui qui se bat depuis des années pour que son père devienne l’exemple que « tout homme peut se racheter ».

« Fils d’assassin et fils de saint », Gérard Fesch s’est confié à Aleteia, à quelques jours de la réponse des « Sages » à la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) déposée le 10 décembre dernier.

Aleteia : Cela fait de nombreuses années que vous vous battez sur le terrain judiciaire pour la mémoire de votre père, où puisez-vous l’énergie nécessaire pour persévérer ?
Gérard Fesch : Tout a commencé avec les démarches que j’ai entreprises pour retrouver le nom de mon père. Un combat difficile qui a duré plus de dix ans. C’était aussi faire respecter les volontés de mon père, car il le souhaitait {Jacques Fesch avait confié dans une lettre écrite à la veille de sa mort, à propos de son fils Gérard : « Qu’il sache que s’il n’a pu être mon fils par la loi, il l’est selon la chair et son nom est gravé dans mon coeur », NDLR}. Vient désormais la réhabilitation. Car je suis toujours touché par les nombreux témoignages que je ne cesse de recevoir, qui sont très sensibles à ses écrits. Je crois profondément qu’on doit montrer l’autre face de cet homme, sa face lumineuse, pas seulement le meurtrier. Voilà ce qui me porte. C’est une démarche très lourde car le droit français n’autorise pas de formuler une requête en réhabilitation pour un condamné à mort dont la peine a été exécutée. Nous attendons donc la décision des « Sages »… 

Où en est le procès de béatification ouvert en son temps par Mgr Lustiger ?
Les deux sujets sont bien entendu totalement distincts, mais ils concourent à faire de mon père un cas tout à fait exceptionnel. Il n’est quand même pas commun qu’un condamné à mort fasse l’objet d’un procès de béatification. Aujourd’hui les pièces nécessaires ont été rassemblées, mais le droit canon stipule bien la nécessité d’un miracle et cette condition n’est pas satisfaite à ce jour. 


Jacques Flesh

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Qu’attendez-vous de cette procédure ?
J’aime dire que je ne me situe pas sur ce terrain-là, qui est celui de l’Eglise. L’Eglise a assurément de bonnes raisons de s’intéresser à la vie de Jacques Fesch. Je préfère pour ma part défendre ce que l’on appelle le « pardon républicain » que je souhaite obtenir pour mon père. 

Son parcours montre que tout homme peut se racheter, qu’il peut se transformer, qu’il peut changer quel que soit ce qu’il a commis.

Une réhabilitation qui va donc bien au-delà du symbole…
Oui, c’est redonner sa pleine dignité à mon père, de façon posthume. Et reconnaître qu’il a été probablement jugé trop rapidement. Car son cas permet aussi d’illustrer le combat contre la peine de mort, qui doit se poursuivre aujourd’hui. Et puis le parcours de Jacques Fesch permet de montrer que tout homme peut se racheter, qu’il peut se transformer, qu’il peut changer quel que soit ce qu’il a commis. C’est aussi ce qui a touché Me Dupont-Moretti. 

Un message universel ?
Je le crois. Je reçois d’innombrables témoignages de croyants comme de non croyants qui me racontent à quel point les écrits de mon père les ont bouleversés. Moi-même je reste fasciné par son parcours : son acceptation de la mort, son sens de la rédemption, son absolu don de soi. Même si l’on ne se place pas sur le terrain religieux, on ne peut qu’être frappé par son attitude dans les derniers mois de sa vie. Nombreux sont les témoignages qui m’ont marqué. Son voisin de cellule par exemple, qui a été définitivement transformé par la rencontre de mon père. Ce fut également le cas de François Marcantoni, figure du banditisme des années 1950 et 1960, qui s’est souvenu toute sa vie de ses promenades avec mon père à la prison de la Santé. Ce n’est pas rien. Voilà pourquoi mon père, au-delà de son propre cas, touche à l’humain, à l’universel. Et bouleverse encore aujourd’hui des hommes et des femmes du monde entier. 




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Dans quel état d’esprit attendez-vous le 28 février ?
Nous espérons que les Sages rendront une décision d’humanité. Mon père a été jugé et condamné. Mais cela ne dit rien de l’homme qu’il était, de sa transformation. Cette décision pourrait témoigner du fait que tout homme peut changer, que quiconque peut réellement avoir une « seconde chance ». Je ne nie nullement qu’un gardien de la paix a été tué, mais je souhaite qu’on retienne la face lumineuse de mon père, et l’impact extrêmement fort qu’ont eu ses écrits, à commencer par la chance que j’ai eu ainsi de découvrir qui était mon véritable père. 

Vous arrive-t-il de vous adresser à votre père ?
Oui, bien sûr. Ma vie est depuis plusieurs années, directement liée à la sienne. J’ai parfois l’impression que les choses me sont un peu données, suivant un fil conducteur que je n’ai qu’à suivre. Il est présent chaque jour, à chaque moment de mon existence. 

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