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« Le Cas Richard Jewell », quand Clint Eastwood surpasse la justice

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Clint Eastwood, Sam Rockwell, Paul Walter Hauser.

Louise Alméras - Publié le 20/02/20

Passionné par les héros de l’ombre, hermétique à l’injustice et attaché au travail bien fait, Clint Eastwood s’est saisi de faits réels pour déployer à l’écran ce en quoi il croit. Il revient sur l’histoire du poseur de bombes aux Jeux Olympiques d’Atlanta, en 1996. Surtout sur celui qui a lancé l’alerte, Richard Jewell, bientôt suspect numéro un aux yeux du FBI.

« Il y a une bombe au Parc du Centenaire. Il vous reste trente minutes. » Cette phrase contient tout le drame que va traverser le vigile d’un concert organisé dans le cadre des Jeux Olympiques d’été d’Atlanta (États-Unis), en 1996. Richard Jewell fait partie de l’équipe de sécurité et prend son rôle très à cœur. C’est le seul à donner l’alerte pour un sac à dos suspect. Juste à temps pour sauver de nombreuses vies. Mais en quelques jours, il passe du héros national au suspect numéro un. Si Clint Eastwood a choisi de raconter son histoire — chose dont il est devenu maître —, c’est parce qu’encore aujourd’hui, aux yeux de l’Amérique, cet homme toujours suspect. En fait, le cas Richard Jewell symbolise et illustre la chasse aux sorcières irraisonnée qui peut détruire une vie, à l’image de l’affaire Dreyfus. Après avoir évoqué dans de nombreux films les thèmes de la violence ou de la transmission, place à la justice et au héros de l’ombre. Après son film sur les héros du ThalysLe 15H17 pour Paris, sorti en 2018, voilà donc Le Cas Richard Jewell.

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Clint Eastwood a choisi de se concentrer sur la relation de Richard Jewell avec son avocat, Watson Bryant. Deux hommes aux caractères opposés, l’un naïf, maladroit et coopérant avec les forces de l’ordre, dont il respecte éminemment le rôle étant donné son rêve de devenir policier, et l’autre déterminé, aimant se faire respecter et soucieux de la vérité plutôt que de se plier aux décisions du FBI. Jewell risque sa peau et son avocat est le seul à vouloir essayer de la sauver.

Watson Bryant — « Richard, vous êtes désormais un héros national. »
Richard Jewell — « Merci Monsieur, mais je ne faisais que mon boulot. »

Le réalisateur se contente de raconter les faits, son film se base d’ailleurs sur les enquêtes d’une journaliste, puis sur un roman dédié à l’affaire. Mais cela ne l’a pas empêché d’y mettre un peu d’humour et de peindre des personnages à la psychologie très nette. Pour Clint Eastwood, le réalisme passe par la précision. Et cela fonctionne. Le héros, très vite dépossédé de son honneur, va subir les pires reproches et de nombreuses humiliations. Son physique ingrat et son passé chaotique sont les cibles toutes désignées pour le transformer en pauvre type prêt à tout pour être dans la lumière. Mais l’époque est au profilage pour mener les enquêtes et le FBI se saisit de ce personnage pour extrapoler quelques failles, plutôt que de se soucier de qui est le véritable terroriste. La méthode de la police judiciaire est ici vicieuse et injuste. La presse en prend également pour son grade dans ce film, puisque les journalistes cherchent le sensationnel pour vendre. Le portrait d’une journaliste et de ses méthodes douteuses est particulièrement marquant.

Clint Eastwood, vrai “patriote”

Richard Jewell a sauvé des vies en étant extrêmement réactif. Il sera, à la mesure du bien qu’il a fait, jeté en pâture et sali, jusqu’à sa mort en 2007. Si l’engouement des foules à détruire un bouc-émissaire n’est plus à démontrer, le réalisateur a choisi le camp de la raison pour expliquer cette injustice à l’encontre du vigile des J.O. d’Atlanta. Il va même plus loin. Son héros, que l’on voit dès le début très pointilleux dans son travail, voit cette attitude vertueuse se retourner contre lui. Hors, le réalisateur est justement de ceux pour qui le devoir n’a pas d’égal. En visionnant le film, revient d’ailleurs en mémoire ce moment où Clint Eastwood s’exprimait au sujet de Barack Obama : « Quand on fait mal son travail, on démissionne. »

Au-delà de toute opinion politique — bien qu’on le juge conservateur — le souci du réalisateur, assez inclassable, est effectivement le devoir moral. C’est pour rendre hommage à celui de Richard Jewell qu’il a voulu faire son film jusqu’au bout. Tout comme il s’est attaché à des figures marginales dans certains de ses précédents films, la véritable patrie de Clint Eastwood ne semble pas seulement être les États-Unis mais celle des hommes justes et des héros. C’est-à-dire que le pouvoir ne l’intéresse pas, ni d’être soumis au pouvoir, mais plutôt de savoir qui fait la société et qui la porte, jusqu’à la rendre meilleure.

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« Les gens ne cherchent pas à comprendre », a déclaré le réalisateur au sujet de son film. « Ils ne font pas le lien avec l’arrestation du vrai terroriste six ans plus tard, avec ses aveux et sa condamnation. J’espère que le public en prendra conscience en voyant le film et qu’il comprendra qu’en tant que société nous pouvons agir autrement. Si Richard Jewell peut nous enseigner cette leçon, tout n’est pas perdu et cela fait déjà de lui un héros. » Cette nouvelle leçon du grand réalisateur est en tout cas très efficace, au niveau cinématographique d’abord — bien qu’assez classique — grâce au jeu exemplaire des acteurs et enfin en raison du regard juste qu’il nous permet d’avoir sur un tel événement.

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Le Cas Richard Jewell, de Clint Eastwood, scénario de Billy Ray, avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, Jon Hamm. 2h10, en salles depuis le 19 février.

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