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Comment le premier Jubilé de l’histoire est devenu jubilatoire

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Premier Jubilé de l'histoire proclamé par le pape Boniface VIII en 1300.
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Le pape François vient d’annoncer la tenue prochaine d’un Jubilé en 2025. Une fête spirituelle de très grande importance organisée tous les 25 ans et concernant les catholiques du monde entier. Si le mot est synonyme de célébration et de joie, il fut d’abord un signe d’austère pénitence… avant que la grâce fasse son œuvre.

En l’an de grâce 1300, à un âge où l’Italie était avant tout une « expression géographique » la « Botte » fut frappée par une série de tremblements de terre qui dévasta nombre de grandes cités. Les morts enfouis dans les décombres étaient très nombreux, et les survivants, craignant que leur toit ne vienne à leur tomber sur la tête, décidèrent en nombre de partir se réfugier dans les campagnes environnantes. Les villes et places fortifiées se trouvèrent abandonnées ce qui déstabilisa très fortement le doux commerce qui unissaient principautés et royaumes dans la région.

La Chrétienté elle-même se trouvait dans une fâcheuse posture. L’ère des croisades était terminée, aussi sous la pression de l’Empire Ottoman, celui-ci régnant en maître dans les Balkans, au Levant, en Afrique et en Espagne. En Italie, les partisans du pape, les guelfes, se sont opposés à ceux de l’empereur, les Gibelins, dans un conflit terrible qui durera toute la seconde moitié du XIIIe siècle. De plus, les guelfes se divisent une nouvelle fois, les guelfes noirs réprouvant l’ingérence du pontife dans leurs affaires, les guelfes blancs continuant à supporter le Saint-Siège, et le sang coule à nouveau. La multiplication de telles calamités à l’aube d’un nouveau siècle faisait planer le risque d’un retour d’une forme de millénarisme et de son chapelet d’hérésies… En bref, les choses vont très mal en Italie.

D’abord une expiation…

La morosité ambiante qui régnait inspira au pape Boniface VIII une drôle d’idée. C’est ainsi qu’il inventa le Jubilé. Le mot, qu’on a tendance à associer à la liesse, signifiait à l’origine expiation, dans son sens sacrificiel. Tiré du Lévitique, il désigne la corne de chèvre dans laquelle on souffle tous les 50 ans pour marquer la sainteté de l’année. L’idée est de proposer à tous les chrétiens un moyen de faire amende honorable et de se racheter en leur offrant une occasion unique et spectaculaire de changer de vie.

Dans sa bulle Antiquorum habet fida relatio publiée le 22 février 1300, le 193e pape de notre histoire invita donc tous les chrétiens à faire l’effort exceptionnel de se rendre à Rome pour recevoir une indulgence plénière. Pour écarter de leurs cœurs les craintes qui les habitaient, les pèlerins devaient se rendre pas moins de 30 fois sur les tombeaux de saint Pierre de Rome et saint Paul dans leurs basiliques respectives ! On est loin de l’unique passage dans les quatre basiliques majeures tel qu’on le pratique aujourd’hui (car ont été rajouté depuis le passage à Sainte-Marie-Majeure et à Saint-Jean-de-Latran). À l’origine, l’année sainte du Jubilé devait d’ailleurs être célébrée tous les 100 ans, contre 25 aujourd’hui. L’effort est considérable, surtout quand on connaît les conditions de voyage éprouvantes de l’époque.

Un succès immense pour une première

Pourtant, le premier Jubilé de l’histoire aura un succès immense. Près de 200.000 pèlerins  affluent dans Rome chaque jour. Une foule conséquente quand on sait que la population de la Ville éternelle d’alors n’était alors que de 35.000 âmes ! Dante, présent à l’époque dans la ville, décrit comme une « chose vue » la scène dans sa Divine Comédie :

Come i Roman per l’essercito molto,
l’anno del giubileo, su per lo ponte
hanno a passar la gente modo colto,
che da l’un lato tutti hanno la fronte
verso ‘l castello e vanno a Santo Pietro,
da l’altra sponda vanno verso ‘l monte

Quand le peuple de Rome en foule rassemblé
Passe le pont Saint-Ange au temps du jubilé,
Les uns vont visiter l’église de Saint-Pierre ,
Les autres revenant, ayant fait leur prière,
S’avancent vers la ville et Monte-Giordano

La foule est si dense que l’on ne peut se croiser sur le pont Saint-Ange. Le succès de l’événement est donc marquant à tous égards : politique, parce qu’il affirme la puissance de la parole papale en plein conflit entre guelfes et gibelins ; économique, ce pèlerinage étant une source de grands revenus pour la papauté et pour les habitants de la ville de Rome et relançant les échanges dans toute l’Italie ; et bien entendu, spirituel. Depuis lors, le nombre des Jubilés, anniversaire de l’incarnation du Christ, a sensiblement augmenté. Ramené à 50 puis 25 ans, l’année sainte est devenue une vraie grande célébration qui rythme le temps long de la vie du chrétien.

L’annonce du Jubilé de l’année de 2025 faite par le pape François en ce début de mois de février n’est donc pas une surprise. Elle nous rappelle que les temps avancent et qu’il faut, comme l’affirme souvent le pontife, cultiver cette idée d’une Église « en mouvement », capable de se tourner vers l’avenir. Pour le pape François, ce sera d’ailleurs son deuxième Jubilé, neuf ans après celui de 2016 consacré à la Miséricorde. Comme pour les pèlerins du XIVe siècle, ce 29e Jubilé de notre ère sera l’occasion de quitter la morosité qui tend à contaminer tous les cœurs, pris dans le flot continu du cours des ans, afin de retrouver l’authentique jubilation d’un pardon véritable.

 

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