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Handicap : des discours aux actes

DISABILITY
Di Nana_studio - Shutterstock
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Emmanuel Macron a dévoilé une série de mesures ambitieuses à l’issue de la de la Conférence nationale du handicap, le 11 février. Si Philippe de Lachapelle, directeur de l’OCH (Office Chrétien des personnes Handicapées) se réjouit de ces annonces, il les remet en perspective à la lumière des précédentes et regrette un zèle sociétal.

« On attendait un discours mobilisateur, et c’est ce qu’il a fait… Après, ça ne reste qu’un discours ». Ces mots sont de Arnaud de Broca dans le Huffpost. Il est président d’un collectif de 47 associations dans le champ du handicap, et il réagit en ces termes au discours du président de la République, le 11 février dernier, en clôture de la conférence nationale handicap.

« Mobilisateur » est le bon mot à double titre. D’abord parce que le plan d’action du gouvernement est ambitieux, mais aussi parce qu’il engage beaucoup d’acteurs : tous les échelons politiques, tous les ministères, les administrations nationales et territoriales, agents économiques, associatifs, et j’en passe. Les annonces n’ont pas manqué : scolarisation – formation professionnelle – emploi – accessibilité – familles – santé – retraite – dignité – autonomie – ressources – simplification administrative, et tant d’autres encore, tous les champs sont concernés, et dans chaque domaine, les objectifs sont précis, tant dans le contenu que dans les délais. Il y a de quoi se réjouir !

Si les objectifs sont clairs et précis, les financements ne le sont pas.

Mais on peut comprendre aussi la crainte qu’il y ait un écart entre le discours et la réalité, surtout si on regarde un peu en arrière. Déjà en début de mandat, les ambitions affichées étaient grandes. Or le bilan à mi-course est mitigé. Des progrès ont été réalisés, qu’il faut saluer : par exemple le droit de vote des personnes sous tutelle, ou encore la suppression de l’obligation de repasser devant la commission tous les 5 ans pour faire valider que vous êtes toujours handicapé. Mais on est loin de l’ambition de départ, et parfois même on a eu le sentiment de régresser : par exemple dans le champ des normes d’accessibilité dans les constructions neuves, ou encore, en matière de ressources. Il a fallu batailler ferme pour que l’Allocation aux adultes handicapés (AAH) ne soit pas confondue avec le Revenu universel d’activité (RUA), ce qu’a fini par concéder Emmanuel Macron. La perplexité est grande aussi, parce que si les objectifs sont clairs et précis, les financements ne le sont pas, et le budget 2021 n’a rien prévu en la matière.

Par ailleurs, cette conférence s’est tenue symboliquement au jour anniversaire de la grande loi du 11 février 2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». Beau symbole, car cette loi, voulue par le Président Chirac, était, elle aussi, très ambitieuse. Mais là encore, hélas, quinze ans après, on est très loin d’avoir réalisé les objectifs et tenu les échéances. Il y a donc là encore de quoi être perplexe sur la mise en œuvre de cette nouvelle volonté présidentielle, dans notre pays où les résistances sont multiples et les inerties si grandes.

Un « zèle sociétal » sur certaines questions

Néanmoins, sans illusion sur le succès complet de toutes les mesures, on peut trouver dans ce discours et ces objectifs des raisons suffisantes d’y croire, et s’engager de façon volontariste ! Une condition est indispensable : unir toutes les forces de la nation pour mettre en œuvre ce plan d’action qui fait consensus. Or, il est dommage que cette unité soit déjà affectée par l’initiative de la secrétaire d’État Sophie Cluzel. Elle a choisi, juste en amont de cette conférence nationale, de se déclarer favorable à l’instauration du métier d’assistant sexuel pour des personnes handicapées. Déjà les débats s’enflamment sur les plateaux de télévision et dans les médias, qui divisent, clivent, et font diversion. Par exemple, le Haut Conseil à l’Egalité vient de s’opposer fermement à cette proposition. « Tous les journalistes se jettent sur l’assistance sexuelle – a tweeté une personne handicapée – tout le reste, ce qui nous empêche vraiment de vivre, passe à la trappe. Bien joué ! ».

Alors on peut s’interroger s’il était vraiment opportun de saisir le CCNE sur ce sujet à ce moment. Celui-ci avait déjà rendu un avis, négatif, il y a 7 ans. Ce n’est pas si vieux. Ce zèle sociétal pourrait manquer de sagesse, pour le moins !

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