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Pourquoi l’Amazonie compte

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L’exhortation apostolique du pape François à la suite du Synode sur l’Amazonie ne devrait pas laisser indifférent. Non en raison de nouveautés sensationnelles, ni parce qu’elle trancherait sur des questions sensibles comme le célibat des prêtres. Mais parce qu’elle invite à un examen de conscience et stimule la réflexion bien au-delà de problèmes locaux.

Le texte du Saint-Père reprend et cite abondamment le document de travail produit par le synode, qui expose et dénonce les désastres humains et écologiques causés par l’exploitation de plus en plus systématique et sauvage de la vaste zone forestière au centre du continent sud-américain. À lire ces critiques du sort impitoyablement imposé à des populations privées des ressources de leur milieu naturel, on ne peut d’abord que partager la compassion et même l’indignation que suscitent ces témoignages.

La loi de la jungle ?

On est cependant amené à se dire qu’il n’y a peut-être malheureusement là rien de nouveau. La mise en valeur d’un territoire par des envahisseurs dotés d’une puissance technologique supérieure, qui ravagent le pays et asservissent plus ou moins ceux ses habitants ou les refoulent dans les zones les plus inhospitalières, ce n’est pas seulement un prolongement de la colonisation aujourd’hui honnie. Car c’est un processus que l’on le retrouve depuis des temps immémoriaux dans l’édification de tous les empires qui se sont ensuite effondrés et jusque dans la préhistoire.

À cet égard, il vaut la peine de se rappeler Les Héritiers, le second roman (1955) de l’Anglais William Golding (1911-1993, Prix Nobel de littérature en 1983) : une tribu de doux « primitifs » végétariens est submergée par une bande de nouveaux venus plus entreprenants qui chassent, n’hésitent donc pas à tuer, deviennent des maîtres et finalement recourent à la guerre. Le défi est ainsi de savoir s’il n’y aurait pas là comme une loi naturelle — à savoir le principe de l’évolution et de la sélection darwiniennes, qui fait que ceux qui s’agrippent à leurs maigres acquis sont fatalement laminés par ceux que leur créativité porte à l’expansion.

La foi plus exigeante que la morale

Si l’on conteste que la « lutte pour la vie » soit l’ultime vérité du monde, on est amené à s’interroger sur la légitimité du « progrès » et sur la notion de civilisation qui transforme ceux qui ne s’y coulent pas en « sauvages » promis à la marginalisation et l’insignifiance avant la disparition. La protestation du pape François, comme déjà dans son encyclique Laudato Si’, n’est pas simplement un écho complaisant de celle qui se fait entendre depuis quelques décennies dans les pays développés contre la cupidité, le culte de la croissance et le saccage des ressources et de l’environnement au mépris de populations qui s’en trouvent encore appauvries. Car cette dénonciation s’inscrit à la suite de celles de ses prédécesseurs saint Jean Paul II et Benoît XVI, qu’il cite à plusieurs reprises.

«Ce cri d’alarme est dicté par la foi qui place bien au-dessus des intérêts économiques la dignité de toute personne humaine, aimée de Dieu qui l’a créée « à son image ». »

Ce cri d’alarme n’est ainsi pas inspiré par un banal souci moral d’équité et de respect. Il est dicté par la foi qui place bien au-dessus des intérêts économiques la dignité de toute personne humaine, aimée de Dieu qui l’a créée « à son image ». L’Évangile interdit de se résigner à ce que le fort écrase le faible. Et l’Église se distingue encore des indignations purement séculières en ce qu’elle n’est pas sélective dans ses réprobations, puisqu’elle met également en garde contre les manipulations cyniques de l’humain qui vont de l’avortement et des PMA et GPA à l’euthanasie en passant par le délitement et la subversion des liens familiaux.

À l’heure de la mondialisation

D’autres éléments d’actualité viennent renforcer l’urgence d’une prise de conscience des enjeux exemplaires en Amazonie — sans oublier le drame analogue des minorités opprimées ailleurs, en raison de vindictes ethniques ou religieuses, ou encore de la corruption des dirigeants, ni les conséquences à redouter du dérèglement climatique. Le premier facteur à prendre en compte est la fameuse mondialisation : il n’y a plus sur cette Terre de recoin suffisamment éloigné pour que l’on prenne son parti — puisqu’on n’y peut pas grand-chose — des crimes qui s’y commettent et des souffrances qui y sont infligées.

Cette interdépendance est d’autre part rendue manifeste dans le cas de l’Amazonie, puisque la forêt menacée qui en recouvre la majeure partie est indispensable aux équilibres écologiques de la planète entière. Enfin, il convient de signaler que la dictature technologico-économique est différente de celle des envahisseurs et conquérants d’autrefois. Les « barbares » ont par exemple assimilé une bonne part de ce qu’ils ont trouvé dans l’Empire romain, dont le christianisme. Ceux qui pillent et ravagent l’Amazonie risquent de ne rien laisser subsister de l’expérience des habitants.

La foi et les cultures

Le pape François attire d’ailleurs l’attention sur la valeur des cultures locales. Il rappelle que la foi chrétienne n’est définitivement liée à aucune civilisation ou tradition particulière. De fait, elle peut les imprégner toutes et toutes peuvent en enrichir l’expression — pourvu toutefois qu’elles l’accueillent sans se l’approprier et se laissent dynamiser par elle. Cette condition va de soi et n’est que sous-entendue dans la récente exhortation apostolique. Mais il est clair qu’une culture n’est évangélisée que si elle permet la communion avec toute la Tradition, y compris sa source dans la Révélation biblique sans laquelle le Christ reste méconnu et devient une falote projection des aspirations locales du moment.

«La Loi qui libère n’est pas celle de l’intérêt calculable à court terme et bien plutôt l’Amour dont l’absolu excède aussi bien nos désirs que nos capacités.»

Une autre œuvre de Golding : Sa Majesté des mouches (1954), peut être citée pour justifier cette précision, en invoquant un autre texte du pape François. Ce premier roman est en effet, comme le dit le dernier message pontifical pour la Journée mondiale des communications, un de ces récits qui « remettent en lumière la vérité de ce que nous sommes » : des garçonnets bien élevés se retrouvent seuls sur une île où leur avion s’est écrasé, tuant tous les adultes ; ce pourrait être un paradis puisqu’il y a de l’eau douce et des fruits ; or les gamins retournent progressivement à l’état sauvage et finissent par s’entretuer. Cette parabole montre que le mal ne vient pas uniquement des injustices du système social, mais a sa racine dans le cœur de l’homme. C’est pourquoi il faut maintenir qu’aucune culture ne suffit à préserver ni restaurer l’innocence d’avant la Chute, et que les collectivités aussi bien que les individus ont besoin de grâces, c’est-à-dire des dons de Dieu transmis au sein de son Église.

La grâce de la chasteté sacerdotale

C’est justement ce qu’implique pour finir la récente exhortation apostolique. Tout en soulignant le rôle qu’ont vocation à prendre dans les communautés les laïcs et les femmes, elle rappelle que la grâce de l’ordination sacerdotale est absolument requise pour non seulement dire : « Ceci est mon corps » dans la célébration eucharistique, mais encore remettre les péchés. Le Pape reconnaît dans la chasteté des prêtres non pas une contrainte mais une grâce. Il est permis d’y voir avec lui, au lieu d’une discipline arbitraire, superficielle et peut-être superflue, un signe de ce que la Loi qui libère — et pas uniquement en Amazonie — n’est pas celle de l’intérêt calculable à court terme et bien plutôt l’Amour dont l’absolu excède aussi bien nos désirs que nos capacités.

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