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Sainte Bathilde, fille d’esclave devenue reine de France

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Gabriel Privat - publié le 29/01/20

Quel destin que celui de cette jeune esclave franque, tournée vers Dieu, remarquée par les rois ! Devenue régente du royaume au VIIe siècle, Bathilde finit ses jours au milieu des religieuses de l’abbaye de Chelles.

C’est une chose bien étrange que celle qui se passe, en ce début de février 680, dans l’église abbatiale de Chelles (Seine-et-Marne). Au fond du chœur, une fosse est creusée. Un sarcophage de plâtre, aux côtés décorés de végétation moulurée, y descend, mû par deux cordes que font coulisser quatre robustes villageois. Dans son linceul, à l’intérieur du cercueil, repose très haute, très pieuse et très sainte Bathilde, reine des Francs, retournée vers le Père peu auparavant, le 30 janvier.

Cœur battant de la race de Clovis

Les religieuses réunies autour de la dépouille royale prient pour le repos de l’âme de leur sœur, qui fut leur maîtresse. L’abbesse de Chelles, Bertille, est-elle au milieu d’elles ? On ne sait plus. Mère Bertille, d’illustre famille franque, s’était retirée loin du monde, en l’abbaye de Jouarre, des décennies plus tôt, suivant la rude règle de saint Colomban. Sa réputation de sainteté l’a désignée, avec une poignée de sœurs, pour refonder l’abbaye de Chelles, sur l’ordre de Bathilde, régente du royaume des Francs pour ses fils Clotaire III en Neustrie et Childéric II en Austrasie.




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Chelles c’est, non loin de Paris, dans une boucle de la Marne, un des cœurs battant de l’antique race de Clovis. Une villa royale, sans doute d’origine gallo-romaine, y a connu Clovis et Clotilde. Cette même reine Clotilde a fondé là, dans son veuvage, entre 511 et 545, un prieuré de religieuses afin de se consacrer à la prière pour le salut des âmes. Le roi Chilpéric et son épouse Frédégonde avaient assombri les mêmes lieux de leurs crimes, et le roi y avait trouvé la mort en 584, peut-être assassiné sur l’ordre de son épouse adultère. À l’ombre de la villa royale et du prieuré, des terres nombreuses et des bois sont travaillés par des paysans attachés au sol de leurs maîtres, vivant, priant et mourant, dans le silence des chroniques, trop occupées par le fracas des batailles et la rumeur des complots. Chelles n’avait pas cessé de vivre au rythme de la dynastie, sous Dagobert Ier et la reine Nanthilde, puis sous leur fils Clovis II et son épouse, la belle Bathilde.

Généreuse, d’une main ferme

La reine était de petite naissance. Esclave saxonne au service du maire du palais, Erchinoald, sa vive intelligence en avait fait l’échanson du ministre royal. Veuf, il l’aurait bien épousée. Elle se voulait pure, tournée vers Dieu et se retira de la vue de son maître. Celui-ci, homme de cœur, respecta sa retraite. Ce fut, cependant, pour mieux l’orienter vers de plus hautes destinées et lui faire épouser le jeune roi Clovis II en 649. Mais la mort du roi, en 657, laisse la jeune reine de 27 ans seule au pouvoir. Veillant à l’avenir de ses fils, elle gouverne d’une main ferme, favorisant ces abbayes dont les moines défrichent la terre et dont la prière est si utile au royaume. Elle leur donne à pleines mains les immunités, ces droits spéciaux qui exonèrent d’impôts les hommes ou les terres qui en sont titulaires. Elle s’appuie également sur des évêques fidèles, comme Éloi et Ouen. Combattant l’esclavage, réformant l’impôt pour en épargner les plus pauvres, elle multiplie les correspondances avec l’épiscopat pour combattre la simonie et inciter au respect scrupuleux de la règle dans les abbayes et prieurés du royaume.

Sœur parmi les sœurs

Il faut se figurer l’inlassable reine, magnifique dans sa jeunesse finissante, entourée de ses conseillers, siégeant à la droite des jeunes rois, commandant et écrivant, veillant à tout, imposant la force royale à une aristocratie bouillonnante. Celle-ci, justement, aura raison de la régente. En 665, Sigebrand, évêque de Paris et proche de la reine, est assassiné. Pourquoi ? La chronique est muette. Mais cette mort sonne la fin de la vie politique de la reine. Erchinoald est mort depuis quelques années déjà. Éloi est vieux et ne gouverne plus. Bathilde courbe la tête devant le nouveau maire du palais, Ébroin, qui met fin à sa régence et la fait conduire à l’abbaye de Chelles. Reine elle reste, et Chelles n’est pas choisie au hasard. Bathilde a couvé l’abbaye de ses soins, Mère Bertille doit sa charge à la reine. La villa royale est voisine des hauts murs des moniales. C’est là que la reine vit ses dernières années, dans la prière et le service, sœur parmi les sœurs.


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Ce retrait hors du monde est-il aisé ? Sans doute pas, et la chronique fait état d’oppositions entre Bertille et Bathilde. Sans doute est-il pénible à celle qui a gouverné de devenir l’humble fille de la Mère qu’elle a désignée. Pourtant, en 680, les deux femmes étaient bien réconciliées, et si la chronique ne dit pas où était Bertille à l’instant des funérailles, c’est parce que la Mère supérieure, malade et alitée n’a pas été tenue au courant de la mort de la reine Bathilde, les moniales craignant que l’annonce de ce trépas n’aggrave le mal de Bertille, qui avait pour sa Reine et fille, un si grand amour de sujette et Mère.

Ces temps sont loin de nous dans les siècles. Mais la pâte humaine est la même. En se plongeant dans les récits mérovingiens, à la suite de sainte Bathilde de Chelles, on y voit naître la France !

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