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« The Crown », ou la primauté de la grâce

Série The Crown
Tobias Menzies et Olivia Colman dans la série "The Crown".
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La saison 3 de la célèbre série traite avec justesse les questions de foi qui peuvent tirailler les hommes. À l’instar de celle que se pose le prince Philip, l’époux de la reine Elisabeth II. Un épisode en particulier nous en dit beaucoup sur le pélagianisme mais aussi sur la puissance de la grâce.

Comme tant d’autres, j’ai pris goût, ces dernières années, à The Crown, cette série magnifiquement filmée et tout aussi bien écrite qui relate la vie de la reine d’Angleterre Elisabeth II, où il est question des problématiques psychologiques rencontrées par la famille royale mais aussi des évolutions culturelles et politiques vécues par la reine au cours de son règne. J’ai été par ailleurs très surpris de la manière à la fois inspirée et sensible dont sont traitées les questions relatives à la foi. Dans la première saison notamment, nous pouvons voir une Elisabeth II fréquemment tiraillée entre son dévouement à sa famille et sa position à la tête de l’Église d’Angleterre.

Dans la saison 2, un épisode marquant raconte la visite de Billy Graham au Royaume-Uni au milieu des années 1950. Malgré les réticences de l’establishment britannique envers ce pasteur évangélique américain, la reine apprécie ses prédications qu’elle trouve à la fois inspirantes et édifiantes. Mais c’est dans la saison 3 que le thème de la religion émerge véritablement, grâce notamment au personnage secondaire qui me semble le plus intéressant : la mère du prince Philip, la princesse Alice. Descendante de presque toutes les familles royales d’Europe, excentrique de premier ordre (probablement schizophrène), mystique et, vers la fin de sa vie, religieuse grecque-orthodoxe au service des pauvres, la princesse Alice pourrait clairement être l’héroïne de son propre film. À la suite de troubles politiques ayant éclaté en Grèce, la princesse-religieuse est mise à l’abri à Buckingham, où elle déconcerte tous ceux qui croisent son chemin.

Quand Philip vient lui rendre visite après ce qui semble être une longue période sans l’avoir vue, la princesse prend de ses nouvelles. À la fin de leur brève conversation, elle s’enquiert de son rapport à la religion. Alors que Philip donne une réponse hésitante, sa mère rétorque : « Tu dois trouver ta foi, cela va t’aider » avant de se reprendre et d’insister, le regard à la fois malicieux et pensif : « Non, ce n’est pas juste une aide. C’est la seule chose qui compte. » Y a-t-il plus belle manière d’exprimer la toute-puissance et l’importance déterminante d’une foi vécue de manière authentique ? Le monde moderne veut que la foi ne soit qu’un pan de la vie privée, mais les grands maîtres spirituels qui ont émaillé la tradition savent qu’une telle compartimentation de la religion dans sa vie n’a pas de sens. Ou bien la foi représente tout, ou bien elle est une perte de temps.

La seule réalisation personnelle ne suffit pas

Deux épisodes plus tard, la série fait un bond de quelques années et nous projette en 1969. La princesse Alice est sur le point de mourir et Philip traverse ce que l’on peut appeler une crise du milieu de vie : il est déprimé, convaincu de la vacuité de ses activités royales, et dédaigne la religion. Dans le même temps, il se passionne pour les exploits des astronautes américains de la mission Apollo — Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins — qui s’apprêtent cet été-là à s’envoler vers la lune. Philip, lui-même pilote accompli, voit en eux des modèles de courage, d’ingéniosité scientifique et d’une saine activité. Il a le sentiment qu’en s’identifiant à eux et à leur forme d’héroïsme, il va peut-être retrouver le chemin de la santé mentale et de la paix intérieure.

Alors que la mission Apollo 11 suit son cours, Philip est invité à rendre visite à un groupe de prêtres anglicans qui vivent un burn-out ou une dépression au cours de leur ministère. Il se joint à leur discussion où chacun confie ses malheurs, son désespoir, ses rêves inassouvis… Sans montrer une once de compassion, le prince Philip se lance alors dans une diatribe purement pélagienne, incitant ces hommes en proie à la tristesse à être comme « Armstrong, Aldrin et Collins », à trouver du sens par le biais de leurs accomplissements, à faire preuve de volonté, et à cesser de perdre leur temps dans des introspections mortifères. Sur ces paroles profondément condescendantes, le prince quitte alors ces hommes consternés sans faire preuve d’aucune pitié à leur égard.

À la suite de leur mission lunaire, les astronautes d’Apollo 11 se rendent en visite officielle à Buckingham. Fasciné, le prince demande à les rencontrer en privé. Une fois qu’il se retrouve face à ses héros, il ne les interroge pas sur les aspects techniques de l’expédition, mais souhaite s’entretenir de sens, de vision, de ce qu’ils ont appris — au sens profond du terme — lorsqu’ils étaient sur la lune. Philip se dit que ces modèles de bravoure et de volonté vont à coup sûr lui apporter les réponses qu’il cherche. Au lieu de cela, les astronautes lui expliquent qu’ils n’avaient tout simplement pas le temps de méditer sur ces questions, et ils se mettent à l’interroger, avec une curiosité enfantine, sur les avantages et les privilèges de la vie de château. C’est un déclic pour le prince. Il réalise que son plan de vie basé sur l’action personnelle et l’affirmation de soi qu’il a largement vanté auprès des prêtres en détresse ne constituera jamais une réponse satisfaisante aux questions qui ont surgi dans son âme et dans son cœur. Dans une scène très émouvante, le prince retourne voir les prêtres qu’il avait rabroués et tournés en dérision et leur demande pardon avant d’implorer humblement leur aide.

Il n’est pas ici uniquement question de psychologie ou de développement personnel, le sujet est autrement plus profond et nous pouvons rendre grâce pour les scénaristes qui ont décidé de le traiter dans une série comme The Crown. Au long de cet épisode, le prince Philip se tient sur l’une des grandes lignes de faille de la foi chrétienne, à savoir la différence entre « le salut par ses propres forces » et le salut par la grâce. En évoquant plus haut le caractère « pélagien » de son discours aux prêtres, je faisais référence à Pélage, théologien du Ve siècle qui considérait qu’il est possible de se sauver soi-même par l’exercice héroïque de son libre arbitre. Saint Augustin, quant à lui, passa les dernières années de sa vie à s’opposer au pélagianisme en insistant sur le fait que la paix de l’âme, le bonheur, le salut — appelez cela comme vous voulez — ne naît pas de la volonté de l’individu mais bien d’un abandon qui se situe au-delà de tout accomplissement personnel. Il naît, comme finit par le réaliser douloureusement le prince Philip, non d’efforts acharnés, mais, comme l’avait clairement compris sa mère, de la foi — un abandon à ce que l’on ne peut appeler autrement que la grâce. La primauté de la grâce constitue l’un des enseignements centraux de la Bible. N’est-il pas magnifique que ce soit aussi le sujet principal d’un épisode de l’une des séries les plus populaires du moment ?

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