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Pour faire de nos vœux un concentré d’humanité

WOMEN CHATTING OVER COFFEE
Shutterstock
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Derrière la pratique des vœux de bonne année, se révèle notre relation à la vie et aux autres. Sommes-nous fatalistes, égoïstes ? Ou sincères et volontaires ?

La formule des vœux est une habitude qui peut paraître purement formelle, mais qui permet de comprendre ce qui compte le plus pour nous. Que souhaitons-nous vraiment ?

L’appel à une instance supérieure

Notre vœu s’adresse à quelqu’un pour lui montrer notre désir qu’il lui arrive quelque chose de bon. Certains vœux s’échangent au cours de fêtes rituelles : nouvelle année, fêtes religieuses, anniversaire… d’autres vœux concernent des situations ponctuelles : on souhaite un prompt rétablissement à un malade, du bonheur à des mariés, la réussite à un porteur de projet. Est-ce que cela sert à quelque chose ? Pas vraiment, au sens où prononcer un vœu n’a aucune efficacité magique… même s’il nous arrive de « croiser les doigts » pour conjurer la conséquence néfaste d’un vœu trop intense.

Car, à la différence de la promesse ou de l’engagement, le vœu fait appel à une instance extérieure. Comme si les mots avaient un pouvoir, et que leur prononciation nous permettait d’influencer le monde selon notre désir. Dire « Bonne Année ! » c’est en appeler au destin, à une bonne fée, à la puissance des mots, bref, convoquer ou invoquer une instance supérieure, pouvoir de la formule, de la magie ou du surnaturel, comme on voudra. Un vœu de bonne année concerne l’année qui débute, qui par définition est incertaine.

Du stéréotype à la sincérité

Les vœux de bonne année sont également stéréotypés. Les paroles prononcées sont définies. Elles constituent alors un refuge acceptable conduisant à une réciprocité plutôt superficielle. Par cet échange sans investissement particulier, on alimente un minimum de relation sociale. Une convention pratique qui permet d’introduire ou de poursuivre une relation sans intrusion. Un prétexte sans danger pour construire ou reconstituer notre réseau.

Mais offrir ses vœux va généralement plus loin. La condition de sincérité veut dépasser les clichés et les formules mécaniques pour mettre en évidence l’authenticité. Derrière le discours poli, on souhaite instaurer une relation personnelle. On ajoute alors les mots « sincèrement », « du fond du cœur » qui attestent de notre bonne foi. Surtout, l’intonation, la sensibilité, l’émotion que l’on y met portent la marque de notre engagement. A contrario, des vœux prononcés sans intensité ni regard peuvent constituer une provocation.

De la gratuité à l’altérité

Les vœux s’adressent à un autre que soi-même. C’est un cadeau verbal. On veut faire plaisir. Prononcer des vœux suppose de sortir de soi-même, avoir le souci de l’autre, lui accorder la priorité et parfois même, préférer son bonheur au sien propre. Le malade qui souhaite bonne santé à son ami, le travailleur qui souhaite de bonnes vacances alors que lui-même ne part pas, est une façon très humaine de montrer aux autres qu’ils sont précieux dans notre vie.

Le vœu peut alors devenir un concentré d’humanité. Par son altérité, il s’adresse gratuitement aux autres, il est bienveillant et généreux. En même temps il n’est qu’un vœu, on a beau vouloir le meilleur, on reste impuissant devant certains destins cruels. Le vœu est la manifestation paradoxale de notre bienveillance et de notre limite, l’expression d’un désir vrai sans pouvoir absolu. Mais un vrai pouvoir tout de même, car offrir ses vœux c’est admettre que l’autre est précieux pour nous, qu’il nous importe de le lui dire : cela produit un bien-être, une joie, une gratitude chez ceux qui en mesurent la sincérité.

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