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Jean-Pierre Frémont, un jeune prêtre parti évangéliser les cannibales au XIXe

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Danita Delmont / Shutterstock
Une vue des îles Salomon (Image d'illustration)
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Le père Jean-Pierre Frémont est un missionnaire de l’extrême. Avec ses confrères, il a évangélisé les indigènes d’Océanie au XIXe siècle. Rituels barbares, maladies : une mission très rude que ce père mariste a toujours vécue dans l’espérance.

Né en Anjou en 1810, Jean-Pierre Frémont est ordonné prêtre trente ans plus tard. Avec treize autres prêtres dont un évêque, Mgr Epalle, il embarque depuis Londres pour les îles Salomon un matin de février 1845. Après une longue traversée, ils accostent sur l’île Isabel, dans l’archipel aux eaux transparentes des Salomon. L’accueil des habitants est glacial. Mgr Epalle est assassiné par les autochtones. On prépare les représailles que le père Frémont, blessé dans l’attaque, réprime aussitôt : « Cela est contraire à notre mission, toute de sacrifice et de paix ».

La mission s’annonce plus qu’ardue. Alors, le groupe s’installe sur une autre île de l’archipel, à San-Christoval, connue aujourd’hui sous le nom Makira. Le père Frémont, devenu chef de la mission, instaure une vie de prière et de fraternité, indispensable dans ce climat hostile. La nuit on se barricade : pour les indigènes, tout-sourire au premier abord, l’étranger présage un « festin délicieux. »

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« Dieu est bon pour qui se confie en lui »

Petit à petit, les indigènes s’apaisent : « Les prêtres pardonnent. Au contact des pères, les cœurs s’ouvrent », relate dans un ouvrage le père Verguet, un autre membre de la mission. De leur côté, les prélats se familiarisent avec la manière de vivre de leurs hôtes. Quel chemin parcouru, mais il reste tant à faire pour leur proposer une vie chrétienne.

Parfois le malheur s’abat. Ainsi, les missionnaires contractent un à un la malaria. « La fièvre nous exerce mais Dieu donne la patience. Comme Dieu est bon pour qui se confie en lui », écrit le père Frémont qui place sa force dans la prière. Le matin : lever à 5h, une heure d’oraison puis la messe. Ensuite, comme les disciples de l’Évangile, les pères « se mettent en route deux par deux » (Mc 6, 7). Un nouvel évêque, Mgr Collomb, rejoint l’île en 1847 pour diriger la mission. Une présence bienvenue car les conditions ne s’améliorent pas : un prêtre meurt de phtisie et plus tard, trois missionnaires sont tués et mangés. Fidèle à son « esprit de douceur évangélique », le père Frémont défend toute riposte.

Les pères se résolvent à quitter San-Christoval : « Lorsqu’on n’écoutera pas vos paroles, sortez de cette maison et secouez la poussière de vos pieds » (Mt 10, 14). Ils se rendent sur l’île de Woodlark, à 1.000 kilomètres au nord-est, dans l’actuelle Papouasie-Nouvelle-Guinée. La mission revit, les graines semées commencent à germer. Un jour, le père Frémont entend un enfant chantonner : « Il n’y a qu’un Dieu, il est beau, il est bon, et il n’aime pas les méchants ».

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Mais là encore les épreuves continuent : rites cannibales, prédications moquées. À la messe, la petite clochette au moment de l’élévation provoque l’hilarité des autochtones. Une situation humiliante. Le père Frémont prie, espère. Une petite délégation rejoint l’île de Rook (Umbo Island), une site volcanique située entre le continent de Papouasie-Nouvelle-Guinée et l’île de Nouvelle-Bretagne. L’évêque y meurt d’épuisement, suivi d’un autre missionnaire. Il n’empêche, la foi toujours chevillée au corps, le père Frémont retourne à Woodlark en 1849 où il est nommé préfet apostolique.

Les fruits de la mission

En 1852, une lettre de Rome lui donne le choix : demeurer ou partir. Désirant rester, il devra toutefois quitter l’archipel après avoir pris soin de former ses successeurs italiens. Il laissera une mission debout et plusieurs catéchumènes heureux de connaître le Christ. « Il n’y a pas d’étranger pour le missionnaire apostolique, son cœur est partout avec ceux qu’il aime », écrira le père Frémont. Il gagne la Nouvelle-Calédonie pour y devenir curé de la cathédrale de Nouméa. Il s’éteint le 2 mars 1864.

Face à l’adversité, le père Frémont et ses confrères ont mille fois baissé les bras comme nous le ferions aujourd’hui. Cependant, convaincus du soutien de Dieu, leur foi a porté ses fruits : les îles Salomon comptent aujourd’hui beaucoup de chrétiens (76% protestants, 19% catholiques). Comme le père Frémont, de nombreux missionnaires ont donné leur vie, parfois dans des conditions très dures, pour semer la foi chrétienne sur tous continents.

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