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Russie : le jour où un franciscain dérangea les morts

Chapelle funéraire Smolensk
Frère Ptolémée
La chapelle funéraire et la petite église construite dans la cour du presbytère de Smolensk.
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Quel étonnant retour aux sources pour le père Ptolémée. Ce jeune religieux polonais a rétabli le culte catholique et la présence franciscaine dans la ville de Smolensk (Russie) en installant ses quartiers… au cimetière.

Nous sommes le 26 décembre 1991. Deux ans après la chute du mur de Berlin, qui soulève une vague d’espérance sans précédent, le monde entier assiste à la dislocation de l’URSS. Le bloc de l’Est s’effondre. Après plus de 70 années de dictature communiste, la Russie a grand besoin de se reconstruire, et particulièrement sa communauté catholique. Car si le régime communiste souhaitait conserver une église orthodoxe sous contrôle, il a tout fait pour supprimer le catholicisme.

Les relations entre le Vatican et la Russie s’améliorent si rapidement que l’évêque de Moscou peut lancer, dès 1992, un appel pour envoyer un prêtre à Smolensk. Située à la frontière biélorusse, Smolensk abrite depuis plusieurs siècles une forte communauté d’origine polonaise au sein de laquelle doivent subsister des catholiques. Aussi, il semble judicieux d’envoyer un prêtre polonais auprès d’eux.

Dans une chapelle funéraire

En 1992, le père Ptolémée (Ptolomeusz en polonais) est un jeune prêtre franciscain de 27 ans, nouvellement ordonné. Après une rapide étude de terrain, il se porte volontaire pour quitter son monastère, son pays, et s’installer à Smolensk. Sans argent, muni simplement d’un visa, il arrive, seul, dans cette ville inconnue, sa nouvelle terre de mission. Il n’a aucun endroit où aller, la seule église catholique encore debout, l’ancienne paroisse de l’Immaculée Conception bâtie vers 1890, a été transformée en dépôt d’archives depuis plusieurs décennies. C’est là pourtant qu’il se rend, attiré par les prières et la foi des anciens fidèles qui demeurent palpables pour ce jeune prêtre.

Dans le cimetière attenant à l’église se trouve une chapelle funéraire qui avait servit de refuge à des prêtres pendant les persécutions anticatholiques du XIXe siècle. Les autorités donnent leur accord pour que cette chapelle funéraire soit rendue au culte catholique. Le père Ptolémée en prend donc possession, mais comme il n’a nulle part où aller, il décide d’y vivre également. 

Seul avec les rats

Dans le caveau, près des tombes, il organise le bureau paroissial et les cours de catéchisme. Il installe son lit dans la chapelle, au-dessus du caveau, là où il célèbre la messe. Un point d’eau et des toilettes publiques sont disponibles à 500 mètres du cimetière. L’hiver, dans la chapelle funéraire, il fait 5°C. Certes, Ptolémée est animé d’une foi profonde, de la fougue de la jeunesse et d’un désir puissant de ramener des âmes à Dieu. Cependant, les premières semaines sont bien difficiles, et les nuits remplies de crainte. Comme il le dit lui-même avec beaucoup d’humour, ce ne sont pas les fantômes qui l’ont dérangé, mais bien plutôt les rats, avec lesquels il a dû plus d’une fois se battre. Le jeune franciscain vécut sept ans dans cette chapelle.

Les conditions de vie plus que spartiates ne le découragent pas. Il célèbre sa messe quotidienne, prend du temps pour restaurer les tombes abandonnées et prie beaucoup pour les défunts qui l’entourent, particulièrement pour les trois personnes qui partagent généreusement leur sépulture avec lui… 

Curé de Katyń

Et finalement, le miracle se produit : il rencontre quelques femmes pieuses qui venaient encore régulièrement se recueillir sur les tombes familiales. On imagine aisément la surprise et la joie de ces femmes qui n’avaient peut-être jamais rencontré de prêtre catholique et qui vivaient leur foi dans un isolement profond. Grande dut être également la joie du père Ptolémée en découvrant ses premières ouailles, les survivantes d’une paroisse disparue et qu’ils allaient ensemble ranimer. Solidarité et esprit d’entraide se mettent immédiatement en place, et les familles catholiques apportent tous les jours un repas au jeune franciscain. 25 personnes sont présentes lors de la première vigile pascale célébrée dans le cimetière.

Frère Ptolémée
Église du cimetière de Smolensk.

Aujourd’hui le père Ptolémée n’est plus seul, deux autres franciscains l’accompagnent. Il a été nommé officiellement curé de Smolensk — une ville de 330.000 habitants — et se consacre entièrement à ses 600 paroissiens. Inlassablement, il sillonne les quelques 50.000 km2 qui forment le territoire de la paroisse, afin de distribuer les sacrements et de rencontrer les fidèles qui ne peuvent se déplacer. Il a régulièrement l’occasion de bénir des couples âgés qui n’avaient jamais rencontré de prêtre catholique pour les marier. Sur le territoire paroissial, se situe le village de Katyń, où 4.400 officiers polonais furent assassinés par la police politique de l’URSS au printemps 1940. Les pères franciscains accueillent régulièrement les familles de ces victimes et tentent de leur apporter tout le réconfort nécessaire.

Retour au presbytère

Après bien des tractations, la mairie de Smolensk accepta de louer au père Ptolémée l’ancien presbytère de la paroisse. Il a désormais l’espace nécessaire pour organiser les œuvres paroissiales : catéchisme pour enfants, aumônerie étudiante, croisade du rosaire, tiers-ordre franciscain, œuvre caritative. Cependant il a été obligé de construire une petite église dans la cour du presbytère, car la grande église de l’Immaculée Conception, bien que totalement désaffectée désormais, n’est toujours pas rendue au culte catholique. Les franciscains et tous les catholiques de Smolensk comptent sur nos prières pour lever les obstacles qui empêchent encore cette communauté de recouvrer son église paroissiale.

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