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La mémoire vitale des peuples

Delpixel/Shutterstock
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Le choix du Brexit étonne chez les élites économiques et politiques fascinées par les promesses d’un monde sans frontières. Pourtant la nature sociale de l’homme s’inscrit toujours dans une histoire.

La victoire de Boris Johnson aux élections législatives britanniques vient confirmer le processus du Brexit. Dans son principe, le Brexit est un mécanisme politique et juridique normal puisqu’il consiste, pour une nation, à activer la clause de sortie de l’Union européenne prévue par l’article 50 du traité de Lisbonne : « Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union. » Il n’y a ici nul coup de force, ni sécession sauvage, mais l’expression d’un choix souverain. De la même manière, si l’Écosse décidait demain de quitter la Grande-Bretagne, ce serait la décision légitime d’une nation qui choisit de reprendre la souveraineté qu’elle avait abandonnée en scellant l’acte d’union avec l’Angleterre en 1707, lequel prévoit une clause de sortie.

Province et nation : le cas irlandais

Il faut distinguer l’exercice de la souveraineté d’une nation de la sécession d’une région ou d’une province d’une nation. Par exemple, les revendications indépendantistes en Catalogne ou en Corse sont de l’ordre de la sécession. Ce serait le cas également pour la Bretagne si elle réclamait son indépendance. Quant à l’Irlande du Nord, sa situation est particulière. Certes, l’Ulster est la province d’une nation, mais, historiquement, elle n’est pas une province de… l’Angleterre. C’est une province de l’Irlande, nation qui a gagné son indépendance en 1922 après une guerre héroïque contre l’Angleterre. Un compromis avait alors été scellé, par lequel six des neuf cantons d’Ulster restaient soumis à la couronne britannique.

Ce que revendiquent ainsi les républicains d’Irlande du Nord, ce n’est pas l’indépendance de l’Ulster mais le rattachement de la province à sa nation d’origine, la république d’Irlande. Cette situation n’est pas la conséquence historique d’un traité ou d’un acte d’union entre nations, mais de la colonisation d’une nation par un empire. La soumission de l’Irlande du Nord à la couronne britannique constitue en quelque sorte un curieux anachronisme : la subsistance d’une réalité coloniale en Europe.

La mémoire vitale des peuples

Dans les années 1950-1960, la décolonisation avait consacré « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Ce mouvement général d’émancipation était alors considéré comme le « sens de l’histoire », comme un symbole essentiel du progrès. Aujourd’hui, le sens de l’histoire et le progrès nous sont présentés, au contraire, comme un processus inéluctable d’unification, pourquoi pas jusqu’à l’unification mondiale. Cette vision futuriste, portée par certaines élites politiques et économiques, se heurte aujourd’hui à la mémoire vitale des peuples, laquelle manifeste l’historicité profonde de la nature sociale de l’homme. C’est ici que se nichent toujours les désirs de liberté et la capacité de résistance des peuples aux puissances et aux empires.

C’est ici aussi que se joue le retour historique du politique face à la dissolution des communautés civiques que porte le gigantisme de l’unification. Le philosophe Olivier Rey l’exprime ainsi : « La nation est la seule échelle où subsiste quelque chose du politique […]. » Le Brexit en fait la démonstration… 

Chronique publiée en partenariat avec Radio Espérance, 18 décembre 2019.