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Frère Fortunat, le bon ange qui veille sur les malades

FRÈRE FORTUNAT

© Antonin Weber

Frère Fortunat (au centre) a pour mission d'accueillir les patients qui vont être hospitalisés à leur arrivée à la clinique Oudinot (Paris), créée par les frères de Saint Jean de Dieu.

Domitille Farret d'Astiès - Publié le 30/11/19

À Paris, la clinique Oudinot (VIIe) s’inscrit dans la tradition d’accueil des frères de Saint-Jean-de-Dieu. Dans cette clinique spécialisée en chirurgie et cancérologie, l’accent est mis sur l’accueil de chacun des patients.

Pour un peu, on lui donnerait le Bon Dieu sans confession. À 79 ans, ses sandales noires aux pieds et sa blouse médicale enfilée, prêt à dégainer son sourire au prochain malade qu’il croisera, frère Fortunat arpente quotidiennement les couloirs de la clinique Oudinot. Cet établissement parisien fondé en 1843 appartient à la fondation Saint-Jean-de-Dieu. Spécialisé dans la chirurgie et la cancérologie, il compte 150 salariés. En 2018, il a accueilli 2.700 personnes en hospitalisation complète.

Bien connu des uns et des autres, frère Fortunat attire irrémédiablement la sympathie, salué au détour d’un escalier d’un « bonjour mon frère » amical. Cet Alsacien d’origine au faux air bougon et à l’œil taquin a ici une mission bien particulière : accueillir les patients qui vont être hospitalisés et les accompagner dans leur chambre, puis leur rendre visite. Bref, prendre soin d’eux. Une manière très concrète de perpétuer le charisme d’accueil de l’ordre fondé par saint Jean de Dieu il y a près de 500 ans.

« L’écoute, c’est très important ! »

Infirmier de formation, le religieux a fait ses premiers vœux dans l’Ordre à 19 ans. Directeur d’établissement pendant 27 ans, il a travaillé auprès de personnes âgées, avec des handicaps physiques ou mentaux, ou encore touchées par des troubles psychiques. Le monde du soin, il le connaît ! « Nous transmettons l’esprit de saint Jean de Dieu à travers notre façon d’être, de travailler, d’être en relation, par notre présence, notre manière d’accueillir et de suivre le malade, d’être disponible et discret, d’écouter. L’écoute c’est très très important ! Les malades ne veulent pas qu’on leur pose trop de questions, mais si on les écoute, ils se sentent considérés ».

© Domitille Farret d'Astiès / Aleteia
Un couloir de la clinique Oudinot, à Paris.

Frère Fortunat a justement du temps pour cela. « Avec moi, ils se sentent plus libres de parler car ils savent que je suis disponible. Quand je m’assois dans leur chambre avec eux, ils savent que je ne suis pas pressé », poursuit-il avec enthousiasme. « Ils parlent de leur famille, de leur maladie, de leurs enfants. Ils se sentent libres ». Il sort un papier de sa poche et consulte les noms des prochains arrivants. « Ils sont impressionnés qu’on les attende », explique-t-il. 


Ehpad Saint-Barthélemy

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Si saint Jean de Dieu s’est beaucoup occupé des plus démunis, ici, chacun arrive tel qu’il est. « Les laissés-pour-compte, on les trouve partout, même chez les plus aisés. Ils sont démunis face à la maladie », note le frère. Il a également pour mission d’animer la messe célébrée quotidiennement dans la chapelle de l’établissement. Véritable sas où les gens viennent déposer leurs fardeaux, elle accueille des visiteurs tout au long de la journée.

© Domitille Farret d'Astiès / Aleteia
Le livre d'or au fond de la chapelle, où chacun peut venir déposer ses joies et ses peines (clinique Oudinot, Paris).

Myriam Lecuyer, 50 ans, est cadre infirmière. Elle travaille ici depuis 28 ans et a vu défiler de nombreux malades. « Nous sommes au service des patients et nous essayons de faire vivre les valeurs hospitalières héritées de saint Jean de Dieu qui devraient être celles de tout soignant », explique-t-elle. « Pour moi, ce qui se passe ici est indéfinissable. Les patients nous disent souvent qu’il y a un “supplément d’âme”. Chaque personne est une nouvelle histoire ». Elle évoque cette femme prise en charge en 1995 qui revient une fois par an pour un contrôle et ne manque pas de venir la saluer à chaque fois. « C’est sympathique, quand même », s’exclame-t-elle en souriant, sans nier pour autant les difficultés et le stress inévitable. « Nous avons ce sentiment d’appartenir à une famille », poursuit-elle. « J’ai envie que les soins perdurent dans cet esprit-là et c’est notre rôle de le transmettre aux nouveaux arrivants ». 




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