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Exposition Le Greco, l’expérience de la foi

Pieta du Greco
© collection particulière
Pietà, 1580-1590, huile sur toile, 121 x 155,8 x 2,5 cm.
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C’est la première fois que la France consacre une rétrospective au peintre Doménikos Theotokópoulos, dit le Greco, au Grand Palais.

Bien que faisant partie de l’Âge d’or Espagnol, Greco ainsi que son nom l’indique, est né en Crète en 1541. C’est également en cette terre grecque qu’il fera son apprentissage dans l’art sacré de l’icône, un art qui le marquera pour toujours. Mais, c’est surtout avec sa formation à Venise puis à Rome, avant qu’il ne parte pour les terres ibériques, que son art sera prêt à exprimer toute son originalité, notamment dans ses nombreuses évocations spirituelles.

Aspect souvent méconnu de son art, et que la très belle exposition du Grand Palais souligne dès ses premiers espaces, Greco a été formé à l’exigeante discipline de la peinture d’icône dans laquelle il excelle et se fait vite remarquer. Son Saint Luc peignant la Vierge l’atteste ; une œuvre a tempera et or sur toile provenant du musée Benaki d’Athènes encore très hiératique aux nombreux critères formels. Mais, si le respect des formes héritées de la tradition post-byzantine assied la valeur de l’artiste, Greco s’en dégagera cependant rapidement au profit d’un art libéré, ainsi qu’en témoigne déjà ce saint Luc, avec ses essais de perspective et ses deux plans parallèles. Un saint Luc face à une icône de la Vierge en cours de réalisation — l’un traditionnel, l’autre ouvert sur la modernité de la Renaissance, une Renaissance italienne qui l’attend déjà en terres vénitiennes…

saint luc peignant la vierge
© Benaki Museum, Athens, Greece Gift of Dimitrios Sicilianos / Bridgeman Images
L'Apôtre Luc peignant la Vierge, c.1564, Le Greco, 41 x 33 cm , Musée Benaki, Athènes, Grèce.

Greco à l’école de la Renaissance

C’est en effet à Venise que Greco laisse à l’arrière-plan, sans jamais cependant en oublier les leçons, la pratique de l’icône pour ouvrir son art à ce qui est en train de s’accomplir sous ses yeux dans la Sérénissime. Curieusement, le peintre ne reniera jamais ses racines et poussera même la fierté jusqu’à revendiquer la singularité de son identité. Si ses ambitions sont grandes, son arrogance l’est tout autant et lui fermera malheureusement également bien des portes limitant ainsi les commandes à des œuvres de petits formats. Mais ces toiles révèlent, à elles seules, déjà l’attrait du peintre pour le rayonnement de la dimension sacrée, sans que l’on sache cependant si leur auteur avait pleinement adhéré à la foi catholique ou était resté intimement orthodoxe.

Ainsi, bien que la Piéta du Greco manifeste des emprunts évidents à Michel-Ange, le regard porté par le peintre impose cependant sa singularité par ce cadrage très serré qui en fait ressortir tout le caractère dramatique. Les tons gris du corps du Christ déposé au pied de la Croix s’accordent à ceux du ciel tourmenté. Sur ces notes tragiques, deux femmes sont restées fidèles, Marie et Marie-Madeleine dont les visages témoignent de l’espérance, même dans ces heures les plus sombres. La main discrètement posée de Joseph d’Arimathie soutient la tête du Christ, l’homme au service du Fils de Dieu, dans ses instants de vulnérabilité extrême. Une toile majeure de l’exposition qui annonce sa reconnaissance espagnole.

L’Espagne des grandes commandes

C’est en terre espagnole que Greco va, en effet, trouver une pleine consécration alors que le roi Philippe II est à la recherche de peintres talentueux pour décorer son immense monastère de l’Escorial. Ses premières commandes séduisent le roi, notamment L’Adoration du nom de Jésus, exceptionnellement prêtée par la National Gallery, un véritable bréviaire en images et en couleurs. Mais, décidément, Greco sait autant plaire que déplaire, et une autre commande royale lui fermera définitivement les portes royales, son martyre de saint Maurice manquant de piété aux yeux du roi.

Ladoration du nom de Jésus
© The National Gallery, Londres, Dist. RMN- Grand Palais / National Gallery Photographic Department
L’adoration du nom de Jésus, National Gallery, Londres.

Contre vents et marées, le peintre poursuivra malgré tout son chemin, séduisant de riches clients, dirigeant un atelier prisé, l’artiste prolixe n’hésitera pas, par ailleurs, à réaliser de nombreuses variations de ses tableaux les plus fameux afin d’en assurer une plus grande diffusion. L’art du Greco est reconnu, sa manière de peindre si singulière avec ses traits anguleux s’impose, une vibration de la ligne qui le rattache au Tintoret avec cette sensibilité extrême des couleurs qui témoignent de ses questionnements spirituels.

Le Christ chassant les marchands du Temple

L’exposition du Grand Palais a réservé l’une de ses dernières sections au thème emblématique du Christ chassant les marchands du Temple, un passage célèbre de l’Évangile qui ne cessa de hanter Greco de 1570 à 1614, soit plus de quarante années de sa vie. Par le filtre de cet épisode toujours sensible et délicat du Nouveau Testament au cours duquel la colère divine du Christ — ce sera l’unique et seule fois, se manifeste à l’encontre de ceux qui avaient décidé de faire de la maison de son Père un lieu de négoces et de fraudes, l’artiste décide de confronter son art aux nombreuses questions soulevées. Reflets extraordinaires, palais et autres architectures vénitiennes ou romaines rencontrées au cours des pérégrinations de l’artiste, le thème du Christ chassant les marchands s’inscrit également dans le contexte de la Contre-Réforme soufflant en réaction à l’étendue de la Réforme et aux excès de l’Église.

le-christ-chassant-les-marchands-du-temple
© The Minneapolis Institute of Arts
Le Christ chassant les marchands du Temple, vers 1575, huile sur toile, 116,9 x 149,9 cm.

Greco apportera un vent de fraicheur dans son siècle pourtant riche en mutations. Préfigurant par bien des aspects d’autres nouveautés à venir au XVIIe et aux siècles suivants, son art surprend toujours plus de 400 ans après sa traversée fulgurante de la Renaissance, un message libre de toutes contraintes et riche d’un héritage pluriséculaire, une œuvre à redécouvrir à l’occasion de cette exposition incontournable qui lui est consacrée.

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