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Liban : les raisons d’un soulèvement sans précédent

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Le pape François a exhorté ce dimanche 27 octobre les Libanais à trouver des solutions « justes » pour sortir de la crise politique et sociale dans laquelle s’enlise le pays depuis plus de dix jours.

Au lendemain d’une démonstration d’unité sans précédent, les manifestants libanais ont renforcé lundi leurs barrages routiers, durcissant encore le bras de fer avec le pouvoir confronté à une paralysie persistante du pays.

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Quel est le point de départ de la crise ?

Le soulèvement populaire s’est déclenché le 17 octobre dernier, suite à l’annonce surprise d’une nouvelle taxe sur les télécommunications. Cette mesure avait pour ambition de rapporter 200 millions de dollars par an, en facturant quotidiennement les utilisateurs des applications du type WhatsApp. Plusieurs milliers de Libanais sont aussitôt descendus dans la rue. A Beyrouth, ils se sont rassemblés devant le siège du gouvernement pour réclamer son départ. Dans le centre-ville de la capitale, des barricades ont été érigées, des vitrines fracassées, des panneaux publicitaires incendiés. Face aux appels à la révolution et à faire « chuter le régime », le gouvernement a retiré le projet de taxe, mais cela n’a pas suffi à calmer la colère des contestataires.

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Quelle est l’ampleur des protestations ?

Cet « impôt de trop » a ravivé le procès en « corruption » et en « incompétence » sur la classe politique : pénuries d’eau et d’électricité, manque de services publics, taux de chômage des jeunes autour des 30%… Les protestations transcendent les barrières communautaires. Ce dimanche 27 octobre, des dizaines de milliers de Libanais ont formé une grande chaîne humaine sur 170 km du nord au sud le long de la côte du pays. Ils voulaient ainsi afficher l’unité des manifestants et leur détermination à chasser la classe politique.

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Quelle est la réponse du gouvernement ?

Le premier ministre Saad Hariri a annoncé lors d’une allocution télévisée l’adoption d’une série de réformes pour 2020, mais aucune ne paraît réellement significative. Il a mis la pression sur ses partenaires de la coalition gouvernementale, accusés d’entraver ses efforts. Saad Hariri a promis un « budget 2020 sans impôts supplémentaires pour la population ». Il s’est aussi dit favorable à la tenue d’élections anticipées.

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L’Église soutient-elle les manifestants ?

A l’issue de la prière de l’Angélus place Saint-Pierre ce dimanche 27 octobre, le pape François a exhorté les Libanais à emprunter la voie du « dialogue ». Il s’est adressé en particulier aux jeunes « qui, ces jours derniers, ont fait entendre leur cri face aux défis et problèmes économiques et sociaux du pays ». Depuis le début du soulèvement, les responsables catholiques, orthodoxes et protestants ont également assuré leur soutien aux manifestants à plusieurs reprises. « Ce que vous avez réalisé est plus qu’un soulèvement, c’est la renaissance de la patrie libanaise », ont-ils déclaré le 23 octobre dans un appel conjoint. Ils ont pointé du doigt la nécessité de « réorganiser le gouvernement et de constituer une administration dirigée par un peuple compétent et patriote ».

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Le gouvernement peut-il se sortir de cette impasse ?

Alors que les manifestations ne cessent de s’amplifier, tous les partis politiques ont à perdre de ce rejet massif du système de gouvernance confessionnel basé sur le consensus entre les partis politiques. Même le puissant parti chiite du Hezbollah est fragilisé. Son secrétaire général, Hassan Nasrallah, agite le spectre d’un retour à la guerre civile. « C’est maintenant ou jamais ! », clament certains des manifestants. Pour l’instant, aucune solution semble en vue, alors que banques, écoles et universités restent fermées jusqu’à nouvel ordre. Même l’armée, jusque-là parfaitement neutre, a fait savoir qu’elle refusait désormais le recours à la force contre les manifestants.