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« Traquer les embryons » ? Vraiment ?

Philippe Vigier à l'Assemblée Nationale
LCP
Philippe Vigier lors de sa prise de parole à la tribune de l’Assemblée nationale, le 15 octobre.
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Le 15 octobre, le député Philippe Vigier a pris la parole à la tribune de l’Assemblée nationale pour se féliciter du vote en première lecture de la loi bioéthique regrettant néanmoins l’abandon du diagnostic pré-implantatoire, assumant la nécessité de « traquer » les embryons porteurs d’anomalies. L’usage de ce mot a provoqué un véritable tollé.

« Il faut traquer, oui je dis traquer, les embryons porteurs d’anomalies chromosomiques », a affirmé le député d’Eure-et-Loir Philippe Vigier, à la tribune de l’Assemblée nationale, mardi 15 octobre dernier. Le député UDI, président du groupe Libertés et territoires et par ailleurs médecin, prenait la parole pour saluer le vote, en première lecture, de la loi bioéthique. Mais pour exprimer son regret devant l’abandon du diagnostic pré-implantatoire (DPI) lors de l’examen du texte, il a employé des mots terribles, qui ont suscité, légitimement, un tollé sur les réseaux sociaux.

La vidéo de son intervention a rapidement été partagée et de très nombreuses personnalités et anonymes ont affiché leur sidération. Parmi elles, la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, Sophie Cluzel, elle-même maman d’une petite fille trisomique. « Je suis scandalisée par vos propos, quelle vision eugéniste de la société ! » écrit-elle alors sur Twitter. Face à l’indignation générale, le député a fait marche arrière le soir même, regrettant un « mot inadapté ». Mais qu’a-t-il voulu dire lors de son passage à la tribune de l’Assemblée nationale ?

Une expression du professeur Frydman

Pour s’expliquer, le député a répondu rapidement à ses contradicteurs, il a même convié à déjeuner dès le lendemain l’abbé Grosjean, scandalisé de la violence du verbe « traquer ». Les deux hommes ont confirmé une discussion dans le respect et l’écoute mutuelle. Contacté par Aleteia, le député se dit aujourd’hui soulagé d’avoir mis fin à une incompréhension, lui qui, en tant que médecin, dit bien connaître le monde du handicap et avoir beaucoup de respect pour les familles touchées. « J’avoue que le choix de ce mot était maladroit. Cependant, je ne faisais que reprendre cette expression utilisée par le professeur René Frydman dans le JDD le 21 septembre dernier, et qui n’a pas provoqué un tel émoi ! », s’étonne-t-il avant d’expliquer le fond de sa pensée. « Ce que je voulais dire, c’est que, en tant que médecin, je suis du côté des patientes. Et oui, choisir un embryon qui a le plus de chance de se développer, c’est éviter par la suite des fausses couches, des traitements lourds voire des curetages qui rendent certaines femmes définitivement stériles. J’ai vu tellement de femmes souffrir de ces parcours douloureux que j’ai parlé avec mon cœur ! »

Un cœur de praticien qui assume donc son vote « en conscience » de l’ouverture à toutes les femmes de la PMA et regrette bel et bien le refus du dépistage pré-implantatoire. Mais pour rassurer définitivement ceux qui ont suivi toute cette polémique, le député se dit « absolument opposé » à la gestation pour autrui.

Le raisonnement de ces législateurs semble donc imparable, car tout est pensé avec « cœur ». C’est d’ailleurs dans cette optique que se justifierait le dépistage préimplantatoire des embryons, éviter les ratés et les larmes. Si cette technique a finalement été rejetée en première lecture, au vu des arguments avancés par certains, on peut légitimement se demander jusqu’à quand ? Jamais il n’a été aussi nécessaire de prendre conscience que la différence est une richesse.