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« Joker », un chef-d’œuvre fou, terrifiant et poignant

Film Joker
© IMDB
Film "Joker" avec Joaquin Phoenix.
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Avec plus d’un million et demi d’entrées en une semaine pour le film Joker, la France a salué l’excellence du jeu de Joaquin Phœnix dans le personnage du clown légendaire. Héraut des maltraités et tueur au rire déjanté, le Joker donne des frissons au nom d’un peu d’humanité. La prouesse cinématographique est signée Todd Phillips.

Film dur, sous tension, aux accents parfois apocalyptiques, avec Joker, le réalisateur Todd Phillips est bien loin de l’univers de sa trilogie Very Bad Trip qui l’a fait connaître. La devise du Joker, le méchant le plus aimé de la pop culture américaine, est d’apporter le chaos face à Batman, son ennemi juré dans les comics où le personnage a été créé. Inutile de rappeler, donc, que le personnage du clown n’est pas ici pour les enfants. Mais dès le premier plan la mise en scène nous saisit. Arthur Fleck (Joaquin Phoenix) appose son maquillage dans un local miteux de Gotham City, le territoire de Batman, où il travaille pour une agence de clowns. Il se force à sourire, car il ne sait pas le faire. Et l’on sait d’emblée avoir affaire à un anti-héros, plein de failles et de doutes.

Au début des années 1980, Arthur Fleck rêve de se lancer dans le stand-up et s’occupe de sa mère avec laquelle il vit. Méprisé et craint à cause de ses pathologies, il perd son travail et bientôt ses repères. La ville subit une invasion de rats et d’ordures, support aux intentions électorales de Thomas Wayne. Le tout est ponctué par les émissions de talk-show de Murray Franklin (Robert de Niro) qu’Arthur admire. C’est un film sur la folie, la vulnérabilité, l’humiliation et la violence qui comporte plusieurs grilles de lectures. L’une d’elles serait l’incarnation du visage de notre société par le Joker, qui en est un produit, une victime et tout autant un combattant. Joaquin Phoenix est ici remarquable. Plus puéril que ses prédécesseurs, incarnés à l’écran par Jack Nicholson et Heath Ledger, c’est ici à l’enfant blessé que l’on a affaire.

Les origines de « l’homme qui rit »

« Il ne souriait pas, nous l’avons dit, mais il riait ; parfois, fréquemment même, d’un rire amer. Il y a du consentement dans le sourire, tandis que le rire est souvent un refus », écrivait Victor Hugo dans L’Homme qui rit, ouvrage qui a inspiré le personnage du Joker. Voilà de quoi souffre Arthur, un rire aigu et étrange le prend parfois. Il brandit, à qui ne comprend pas, sa carte d’handicapé sur laquelle est mentionnée sa propension à attraper des fous rire de manière irraisonnée. L’injonction à sourire le hante alors que tout va mal autour de lui. La ville est sombre, amère, moqueuse, injuste. Il fume cigarette sur cigarette, accumule les médicaments pour tenter d’apaiser sa souffrance. Sa mère l’appelle Joyeux, alors qu’il n’a jamais connu le bonheur. Mais elle le lui demande depuis tout petit après l’avoir maltraité.

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On découvre ainsi la vie privée du Joker, son enfance, et un semblant d’explication sur sa psychologie insaisissable. « Ce qui est fait contre un enfant est fait contre Dieu », écrit encore Victor Hugo. Ce sont les seuls épargnés par la furie destructrice d’Arthur : les innocents. Avec ceux aussi qui auront montré un peu de sympathie à son égard. De son travail à son petit logement, de chez sa psychiatre jusqu’au métro, il erre dans la ville avec son rire comme seul ami et la télévision allumée en permanence chez sa mère qui lui sert de réconfort. Jusqu’au jour où il se sert d’une arme pour se défendre. L’emblème du clown vengeur est né et l’engeance de la ville le porte au pinacle dans son combat anti-riches. Joaquin Phoenix crée un personnage mystérieux, imprévisible et poétique, brouillant sans cesse la limite entre le bien et le mal, la joie et la tristesse.

« Ce qu’on m’a fait, on l’a fait au genre humain »

Si l’on en juge le début du film, qui introduit en même temps le personnage principal et le climat politique, le destin de l’un et l’autre sont liés. Et à plus forte raison peut-on penser à un plaidoyer politique tout comme l’a fait Hugo dans son livre. Allégorie de notre époque, Joker est à peine un être humain mais un symbole. Abîmé par la vie, sacrifié, non pas par le capitalisme ou tout autre monstre montré du doigt de notre époque, mais par l’humanité elle-même, le Joker se fait ici héraut de l’homme bafoué. « Je représente l’humanité telle que ses maîtres l’ont faite. L’homme est un mutilé. Ce qu’on m’a fait, on l’a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l’intelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles ; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement. »

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Tous ces mots de l’écrivain français crient durant le film. Qui sait tendre l’oreille au mépris des puissants, à la bêtise de la publicité, au gâchis de l’humain parfois et à d’autres comportement plus graves encore saura combien tout cela est vrai. Arthur est frappé par celui qu’il croit être son père, trompé par sa mère, piégé par ses collègues. L’homme qu’il admire le plus, Murray Franklin, le tourne en ridicule lors de son émission de télé en diffusant un extrait de son passage raté de stand-up. Et la campagne électorale continue pendant que les clowns descendent dans la rue.

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Certains critiques ont descendu en flèche le film, le jugeant « détestable », « vide et répétitif », « un nihilisme pour les imbéciles », « bêtement christique », accusant Joaquin Phoenix et Todd Phillips d’être sans talent. C’est qu’il faut parfois répéter à outrance des banalités pour se faire entendre de ceux qui méprisent les plus faibles et les déshérités. D’autres, heureusement, ont salué le chef-d’œuvre. À la Mostra de Venise, il est même reparti avec le Lion d’or. C’est au cœur du cynisme que l’on découvre un pan de vérité, au travers d’un immense film, brûlant d’actualité. « Tout commence et finit par le chaos », lit-on encore dans L’Homme qui rit. « Qu’est-ce que le chaos ? Une immense souillure. Et avec cette souillure, Dieu a fait la lumière, et avec cet égout, Dieu a fait le monde. » Après que la ville a combattu l’amoncellement des ordures, l’invasion des rats, que l’on ne voit jamais, et quelques injustices par le crime, la scène finale est un chaos. Le Joker danse encore, dessinant un sourire avec son propre sang. Et l’on ne sait pas ce qui pourra les sauver.

Joker, (2019) de Todd Phillips, avec Joaquin Phoenix et Robert De Niro, 122 minutes, sorti le 9 octobre 2019.

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