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« Vous avez dit fachos ? »

© Constance Ory
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Dans la foule dense et mouvante des manifestants du 6 octobre, on ressent la tranquillité, le calme, la sérénité de ceux qui savent qu’ils défendent le bien ; les personnes qui marchent sur les pieds des autres s’excusent poliment, les enfants sont en sécurité sur les épaules ou dans les nombreuses poussettes que côtoient quelques fauteuils roulants et les adolescents, lançant des clapping du haut des abribus, passent le meilleur jour de leur vie. Galerie de portraits.

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Adrien, ingénieur de 26 ans, souriant mais l’air grave s’apprête à commencer la marche : « Marcher, se manifester c’est la face visible d’une prière que l’on fait pour que les enfants soient protégés et que la science ne l’emporte pas sur la conscience. Prier sans manifester, c’est ne pas tenir compte des réalités terrestres et manifester sans prier, c’est, somme toute, un peu creux. » La prière est la sœur de l’action, comme l’aurait dit Baudelaire si l’eût été plus catholique. Au XVIe siècle, le père jésuite Hevenesi, disait : « Prie comme si tout dépendait de Dieu et agis comme si tout dépendait de toi », précise Adrien, souriant à la foule qui passait, de plus en plus dense.

Charles, 28 ans, regrette que les micros ne mettent en avant que de la question du père, qui est évidemment essentielle mais moins directement alarmante que celle de la manipulation d’embryons, de sélections, de fabrications. « Un père, c’est une vaste question mais c’est difficile à comprendre dans une logique de loi : tandis que la manipulation génétique, c’est plus évidemment un scandale. Ce n’est même pas une question de dérives possibles : c’est une dérive en soi. »

Anna regarde avec amusement les tags au sol : « Mon corps, ma PMA », « Les fachos, vous nous pétez le clito », « Mieux vaut une paire de mères qu’un père de merde ». Elle dit « c’est bien trouvé ». Puis elle ajoute : « Cela dit, c’est fou de voir la différence entre ceux qui défendent la PMA par des insultes et la vulgarité et les slogans enfantins, voire une peu ringards, des marcheurs. » Mais elle ajoute, toujours un sourire en coin : « C’est le propre d’une insulte d’accréditer l’argument qu’elle attaque. »

Yves, 55 ans, venu de La Courneuve se désole de l’absence évidente de mixité : « Dans cette lutte contre la PMA, il y a une lutte patriotique, il faut que la France ne fasse pas n’importe quoi ! Où est-elle, cette France métissée dont on parle tant et que l’on voit partout ? Regardez ces visages : elle n’est pas du tout métissée. C’est la France blanche, bourgeoise et catholique. Où sont les autres qui sont pourtant d’accord avec nous ? Où sont les autres au moment de combattre ? ». C’est une question qui revient régulièrement dans les discussions avec les manifestants ; les uns sont fiers de voir que les familles chrétiennes sont prêtes à se remettre debout ; les autres sourient devant le stéréotype, un peu gênés, d’autres sont révoltés de se sentir seuls dans ce combat et a l’impression que le reste de la France n’a pas pris conscience des enjeux de la loi.

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Tatiana, 24 ans, est de ceux-là : « Où sont les féministes ? Ceux qui défendent le droit et la valeur des femmes devraient être là : on manipule la grossesse qui leur appartient et bientôt, au nom de l’égalité, on louera leur ventre. Où sont les humanistes ? Ceux qui défendent la valeur d’un homme devraient être là : on porte atteinte à la dignité même de l’homme, au mystère de sa conception. Où sont les médecins ? Ils devraient être là : cette loi dévoie leur métier et les fait passer de réparateurs à manipulateurs. Où sont les musulmans et les juifs pour qui la question de la filiation est si importante ? ».

Beaucoup de (très) jeunes cependant avouent ne pas être suffisamment au point sur la question : « C’est difficile, précise Marie, il y a tellement de questions qui s’y rattachent : les embryons sont-ils humains ? Où doit s’arrêter le rôle de la médecine ? La loi doit-elle protéger le plus faible ? Comment regarder ceux qui ne peuvent pas avoir d’enfants, soit qu’ils soient stériles soit qu’ils soient homosexuels ou seuls ? ». « En fait, ajoute Baptiste, il faudrait fouiller ces questions mais parfois on s’y perd : avant de rentrer dans tous ces débats, on sait bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec cette histoire de laboratoire pour fabriquer des enfants. » À côté d’eux, le grand frère de Marie, Constantin, affirme que c’est bien parce qu’il a suivi une formation anthropologique et théologique pendant deux ans que, non seulement, il est présent mais qu’il a pu parler avec assurance de l’importance de se révolter.

Rose, jeune fiancée, est présente du bout des lèvres : elle n’aime pas beaucoup les manifestations. Cependant elle est venue, en dépassant son caprice pour manifester son opposition à la loi. « Il faut être logique : si je me marie et que — et ce serait terrible — nous ne pouvons pas avoir d’enfants, je ne pourrais jamais avoir recours à un laboratoire. Cette incapacité serait une frustration terrible. Mais la médecine n’est pas là pour agréer nos caprices. Même pour un couple marié, hétérosexuel, équilibré, il est inconcevable de concevoir un enfant dans un laboratoire, par une manipulation d’embryons, de gamètes prélevés à froid hors de l’acte d’amour. Il faut être logique, je ne suis pas là pour lutter contre les homos, contre les femmes seules, je suis là parce que je suis prête à assumer jusqu’au bout mes convictions. » Son fiancé approuve avec la gravité de ceux qui s’engagent.

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