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En créant 13 nouveaux cardinaux, « le pape François renforce son choix des périphéries »

Vatican Pool
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En annonçant la création de 13 nouveaux cardinaux dimanche 1er septembre, le pape François « assoit sa position, celle qui correspond à ses convictions intimes pour l’Église », selon Constance Colonna-Cesari, spécialiste du Vatican et auteur du livre « Dans les secrets de la diplomatie vaticane ».

« Le renouvellement du collège des cardinaux est une manière de faire entendre sa voix aujourd’hui, mais aussi à l’avenir », assure à Aleteia Constance Colonna-Cesari, spécialiste du Vatican et auteur du livre Dans les secrets de la diplomatie vaticane. Le 1er septembre dernier, le pape François a annoncé la création de treize nouveaux cardinaux, dont dix électeurs. Alors qu’ils seront créés cardinaux à la veille de l’ouverture du synode sur l’Amazonie le 5 octobre prochain, ces nominations témoignent des priorités du pape François pour son pontificat.

Aleteia : Quelle lecture faites-vous de la création de ces treize nouveaux cardinaux
Constance Colonna-Cesari : C’est une réponse du pape François face à l’adversité qu’il rencontre actuellement. Depuis 2018 l’ordre mondial a changé et il ne lui est pas favorable : il y a eu l’élection de Donald Trump, les tensions avec le gouvernement italien, Jair Bolsonaro au Brésil… Plusieurs personnalités mondiales de premier plan s’opposent à ses orientations. De plus en plus ouvertement attaqué sur la scène publique, il compte des opposants à l’extérieur mais aussi au sein même de l’Église. Et ceux-ci s’attaquent frontalement à lui, en osant même réclamer sa démission ! La création de ces treize nouveaux cardinaux est ainsi une manière de renforcer son camp, celui qui correspond à ses convictions intimes pour l’Église et le monde. Le renouvellement de ce Sacré Collège est donc une manière de faire entendre sa voix aujourd’hui, mais aussi à l’avenir, y compris pour sa succession. En effet, sur les treize nouveaux cardinaux, dix sont électeurs en cas de conclave. Le Sacré Collège des cardinaux est le premier corps de l’Église, c’est son corps électoral. Le pape François travaille donc déjà à préparer sa succession, c’est un calcul pour l’avenir, un calcul sur la durée. Il a fait entrer des hommes favorables au mode de gouvernement de l’Église qui est le sien, aux priorités qui sont les siennes et qui sont toujours axées sur « les périphéries », son leitmotiv. Enfin, n’oublions pas qu’il y a deux jésuites parmi les nouveaux cardinaux. C’est un Sacré Collège à sa patte, un Sacré Collège bergoglien en somme.

« Le baptême de son pontificat c’est Lampedusa. Il n’a jamais cessé de répéter les engagements pris à ce moment-là. »

Peut-on dire que c’est une manière pour le pape François de confirmer les orientations prises dès le début de son pontificat ?
Bien sûr ! Au premier rang de ces orientations se trouvent d’ailleurs l’accueil des migrants. Cela a toujours été sa priorité absolue : le baptême de son pontificat, son Acte I, c’est Lampedusa en juillet 2013. Il n’a jamais cessé de répéter les engagements pris à ce moment-là, en témoigne la création en 2016 du Dicastère pour le service du développement humain intégral au sein duquel l’ancien bureau pour la pastorale des migrants a été placée sous son autorité directe. C’est ainsi qu’on peut par exemple comprendre le choix de Mgr Jean-Claude Höllerich, archevêque de Luxembourg mais aussi président de la Commission des Épiscopats de la Communauté européenne (COMECE), un poste hautement stratégique. Il en va de même pour la nomination du père Michael Czerny, le sous-secrétaire de la Section migrants et réfugiés du Dicastère pour le Service du développement humain depuis décembre 2016. Pour le pape François, la crise migratoire et l’accueil des migrants ne concernent pas que l’Europe mais aussi l’Amérique latine, d’où sans doute aussi la nomination surprise de Mgr Alvaro Ramazzini Imeri, évêque de Huehuetenamgo, au Guatemala.

Lire aussi : Accueil des migrants : « Il vaut mieux pécher par naïveté que par scepticisme ! »

Le dialogue inter-religieux fait également partie de ses priorités…
Effectivement. C’est pourquoi on retrouve trois personnalités importantes issues du dialogue interreligieux dans cette « promotion » : Mgr Miguel Angel Ayuso Guixot, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux depuis mai dernier, Mgr Cristóbal López Romero, qui a été nommé archevêque de Rabat (Maroc) en décembre 2017 et qui a par ailleurs accueilli le souverain pontife au Maroc lors de son déplacement dans le pays en mars 2019, et Mgr Michael Louis Fitzgerald, ancien nonce apostolique auparavant en charge du dialogue islamo-chrétien, qui défendait l’esprit d’Assise et qui se trouvait exactement dans la ligne du cardinal Tauran, donc aussi celle du document d’Abou Dhabi co-signé par le Pape et le recteur d’Al-Azhar en février dernier, un acte fondamental du pontificat de François.

Les origines géographiques de ces nouveaux cardinaux révèlent-elles également une volonté particulière du pape François ?
Par ces nominations, le pape François accentue encore son engagement en faveur des périphéries : périphéries par la nature des dossiers (dialogue inter-religieux, accueil des migrants) mais aussi périphéries géographiques. Les cardinaux sont en quelque sorte des « ministres directs » du Pape dans leur pays. Leur nomination relève donc aussi d’un champ d’action politique de la part du souverain pontife. Cela peut renforcer le poids des Conférences épiscopales du pays, c’est un moyen supplémentaire pour elle de se faire entendre. C’est le cas par exemple pour Mgr Fridolin Ambongo, l’archevêque coadjuteur de Kinshasa (RDC). Dans ce pays, l’Église joue un rôle extrêmement important dans le processus de transition démocratique ; en le nommant cardinal, le Pape renforce sa position, mais aussi l’ensemble des tentatives de médiations qu’entreprend l’Église congolaise. C’est encore le cas pour la nomination de Mgr Juan de la Caridad García Rodríguez, archevêque de San Cristóbal de la Habana (Cuba) depuis 2016. D’autre part, créer un cardinal dans un pays constitue un relais diplomatique de premier plan. On l’a justement vu à La Havane avec le rôle joué par le cardinal Ortega, l’ancien archevêque de la ville récemment décédé, dans le rapprochement entre Cuba et les États-Unis tout au long de l’année 2014. Le nonce représente le pouvoir spirituel du Pape et le pouvoir politique du Vatican. Mais un cardinal constitue un levier supplémentaire, un autre canal de dialogue, de communication.

Lire aussi : Synode pour l’Amazonie : un défi anthropologique et spirituel

Ces nominations traduisent donc des tendances de long terme…
Oui, mais c’est aussi un consistoire qui dispose d’un agenda précis. Le pape François renforce ainsi sa position là où il le peut avant le synode sur l’Amazonie qui doit débuter le 6 octobre prochain et qui s’annonce déjà comme un événement à haut risque. Alors que ses adversaires fourbissent leurs armes, le Pape assure les siennes et rassemble lui aussi ses troupes…

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