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« Il faut que notre christianisme soit incandescent ! »

Fille dans l'aqueduc romain de Césarée
© Philippe Lissac / GODONG | Ref:351
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L’expérience mystique apparaît pour beaucoup comme une expérience extraordinaire, réservée à quelques élus. La contemplation de Dieu est pourtant la vocation de tous les chrétiens et la source de la plus grande joie possible sur terre en attendant le ciel. C’est pour cette raison que le père Jean-Claude Lavigne a voulu rendre accessible cette expérience spirituelle dans un ouvrage intitulé « Le moment contemplatif ». Entretien.

Comment vivre la rencontre avec Dieu dès ici-bas ? Comment faire de sa vie spirituelle la source d’un enchantement profond pour vivre ce « moment contemplatif » qui permet un cœur à cœur profond avec le Christ ? Dans un ouvrage qui propose tout un itinéraire spirituel, le père Jean-Claude Lavigne rend accessible les plus grandes joies de la contemplation chrétienne. Aleteia est allé à sa rencontre pour en savoir plus.

Aleteia : Vous affirmez que la vie mystique, le cœur à cœur avec Dieu est la vocation de tout chrétien. Pourtant, cette dimension semble souvent oubliée, voire cachée…
Jean-Claude Lavigne : C’est exactement cela. En prêchant des retraites, en accompagnement des pèlerinages, j’ai pu constater que l’expérience spirituelle personnelle était tue, comme si on avait en honte. Il semble qu’une grande insistance sur l’action, l’engagement, a pu entraîner une méfiance vis-à-vis de la contemplation. Un équilibre entre contempler et agir est un des points fondamentaux de la vie chrétienne.

Mon livre invite à cultiver la vie contemplative, à refonder l’agir dans la contemplation. Il faut que notre christianisme soit incandescent ! Notre vocation est d’être brûlé par l’amour de Dieu. Il faut révéler l’importance de ce face-à-face avec Dieu qui a la puissance d’une proximité amoureuse. C’est cette proximité qui nous permettra d’être des chrétiens joyeux, d’être bien dans notre vie, dans notre corps, dans notre action, dans nos relations aux autres.

Toute personne est appelée à cette rencontre avec ce Dieu qui habite en nous et qui souhaite une relation forte, une relation vivante. Il ne faut donc pas en avoir peur. La vie mystique n’est pas nécessairement incroyable : les vrais mystiques ont très souvent été des personnes très pragmatiques, des constructeurs, des penseurs, des organisateurs. En revanche, de la psychologie qui dérape, ce n’est pas de la mystique. Il faut avoir une image beaucoup plus simple de la vie mystique.

L’expérience de la beauté, de l’art, peut-elle nous aider à entrer dans le chemin de la vie mystique ?
D’un côté, la beauté est quelque chose qui nous ouvre à l’autre, au monde, à la vie. Elle nous pousse à être sensible à ce qui n’est pas nous-mêmes, nous pousse à être véritablement subjugué par la création pour sortir du narcissisme du culte du moi. Le problème, c’est que la beauté peut être idolâtrie, captatrice, fascination. On peut y voir la source d’émotions et ne chercher la beauté que pour ces émotions, comme des sensations à collectionner. Ainsi, si l’émotion devient l’objet du désir, et si ce n’est plus Dieu, alors la beauté peut éloigner de Dieu. On ne voit que la créature, on se satisfait de la création, et de son effet sur nous et on ne voit plus le créateur.

Dans l’expérience mystique, on redécouvre la vraie beauté des choses, la beauté des êtres, la beauté de la nature, une beauté toute simple qui repose sur la gratitude, la conviction que tout ce qui nous entoure nous est donné gratuitement. C’est une redécouverte qui n’est plus de l’ordre de la fascination ou de la beauté captatrice.

Admirer le quotidien, c’est donc un incontournable dans un itinéraire mystique ?
Oui, la plus grande des vertus, c’est l’admiration. C’est elle qui nous permet de cheminer à la rencontre de Dieu. Il faut admirer et s’étonner toujours. S’étonner de l’autre dans la vie ordinaire est ce qui nous permet de rester sensible à sa richesse en tant que personne. J’aime bien dans le quotidien, cette conscience de l’instant qui m’est donné, qui est là. Dieu lui aussi est là, tout près. Pour aimer, il faut cette capacité d’étonnement.

La mystique chrétienne, qui vit de l’incarnation du Christ, se vit forcément dans le quotidien, dans ce qui est notre plus proche. Jésus est comme le baiser de Dieu sur le monde. Il y a une infinie tendresse de Dieu pour le monde et pour toute l’humanité. On ne peut donc être mystique et vivre ce cœur à cœur avec Dieu si l’on n’a pas cette même tendresse pour ceux qui nous entoure.

Vous évoquez dans votre livre l’importance des repères indispensables pour vivre une rencontre avec Dieu en vérité. Quels sont-ils et pourquoi sont-ils importants ?
Effectivement, il y a pu avoir des dérives au fil des siècles et pour vivre la vie mystique dans toute sa vérité, des repères sont nécessaires. Le premier point fondamental est le rapport aux autres. Si les autres ne comptent plus, si le monde n’existe plus, alors on peut considérer qu’il s’agit d’une voie d’égarement. L’Église a toujours condamné la mystique qui ne prenait pas en compte la relation au réel, à l’autre, au plus proche.

Un deuxième critère important, c’est la parole de Dieu. Ce que je vis dans la prière doit être en harmonie avec ce que nous dit le Christ dans l’Évangile. Si ce que je vis spirituellement n’a rien à voir avec les paroles du Christ, avec le don et la pardon qu’il nous enseigne, cela signifie que j’invente un Dieu à ma convenance, pour mon propre confort spirituel. En complément, on peut trouver aussi la grande tradition mystique et ce que les saints ont pu dire de leur vie spirituelle.

Comment faire en sorte que la vie mystique ne soit pas une performance ?
La vie mystique consiste d’abord à apprendre à recevoir, à accueillir. C’est pour cette raison que l’on peut éviter une optique volontariste et un culte de la performance. Il s’agit d’apprendre à accueillir, à dire merci à Dieu. On se rend tout simplement sensible au moment, à l’instant qui passe, à ce rien qui change tout.

Pour cela, il faut savoir voir, c’est pourquoi la capacité à admirer est fondamentale. C’est elle qui rend sensible aux parcelles d’éternité. C’est Dieu qui nous fait la courte échelle vers lui, ce n’est pas nous qui grimpons vers lui. Il faut juste se rendre disponible aux cadeaux que Dieu nous fait.

Comment caractérisez-vous ce « moment contemplatif » qui nous donne son titre à votre livre ?
Il s’agit d’un face-à-face avec Dieu. Ce n’est pas l’union mystique, qui est une chose très particulière et qui nécessite un accompagnement spécifique, mais c’est l’amour à ses débuts. C’est un moment éblouissant, tout simple, de grande proximité : un encontre énamourée. C’est ce moment où tout cède. On est outrepassé par la grâce, un souffle, un je ne sais quoi. On se retrouve transporté dans un au-delà de nous-même. C’est un moment de profonde joie, un grand bonheur.

C’est un regard de Dieu sur nous, c’est cela qui nous bouleverse, et qu’il est difficile de raconter. C’est un regard d’une infinie douceur qui redonne confiance. Dans ce regard tout recommence, tout est possible, c’est comme un nouvel appel. Il donne la paix. On se perd dans les yeux de Dieu et cela nous redresse. On se sent léger et en même temps porté par une force terrible, une joie inébranlable qui donne une tranquillité d’âme.

Et si notre lecteur souhaite commencer demain à changer pour vivre ce moment contemplatif, quels seraient vos conseils ?
Je lui dirai : « Regarde ce qui est autour de toi, l’instant qu’il t’est donné de vivre. Réfléchissons ensemble : qui t’a donné tout ça ? Tout ceci autour de toi, toutes ces personnes, tous ces instants, d’où viennent-ils ? Dieu est là, Dieu remplit toute ta vie. Il suffit de regarder pour le voir. » Je suis pour une anthropologie du concret et de la simple présence de Dieu dans notre vie à tous. C’est de cette manière que de nos vies ordinaires peut surgir l’extraordinaire.

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Le moment contemplatif, Jean-Claude Lavigne, Cerf, mai 2019, 19 euros.

Les dix attitudes à cultiver pour vivre dans la joie :