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Contre l’acédie, la vraie joie pour aujourd’hui

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Dom Jean-Charles Nault, osb - Publié le 27/08/19

L’ACÉDIE (7/7). Le péché d’acédie est dangereux car il se cache et on le méconnaît. La vraie solution est une sortie de soi, un décentrement de soi-même. Voilà ce que sera notre vie dans l’éternité et c’est ce qui nous conduit à la vraie joie, dès maintenant.

Évagre le Pontique disait que l’acédie, lorsqu’on était fidèle, se terminait par un état de joie. Saint Thomas d’Aquin a bien montré que l’acédie est un péché contre la joie. En réalité, la solution n’est pas de sortir extérieurement de son monastère, de sa cellule, de son couple, de sa vie de prêtre ; elle n’est pas de pousser les murs et de trouver des compensations en s’éparpillant, en se divertissant, autrement dit en sortant de son état de vie.


HAPPINESS

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L’acédie est partout

Car l’acédie est partout : la vie monastique, bien sûr, mais aussi la vie sacerdotale. Pensons aux prêtres surchargés, qui ont l’impression que leur ministère n’est pas fécond, qui n’ont que trois ou quatre personnes à la messe, qui ont du mal à persévérer dans leur état de vie, ou qui trouvent des compensations à leur solitude affective. L’acédie peut aussi toucher les couples : la cellule monastique est vite transposable à la cellule conjugale ou familiale ! On va trouver toutes sortes de compensations possibles à l’extérieur, tous les bons prétextes pour s’engager dans sa paroisse, dans son travail, dans le sport, pour finalement fuir le lieu du combat qui est la vie conjugale ou familiale. Mais l’acédie peut aussi toucher les célibataires : pour eux, c’est sans doute l’impression de non-fécondité qui va apparaître : ils peuvent avoir l’impression que leur vie n’a pas de sens. Il leur faut alors retrouver l’importance d’une fécondité spirituelle, qui dépasse la fécondité charnelle. Même si le célibat n’est pas choisi au départ, il leur faudra, un jour, entrer dans une démarche de consentement et de choix profond.


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Sortir de soi-même

La vraie solution est une sortie non de son état de vie, mais de soi, un décentrement de soi-même. C’est cela, la joie : ne plus se regarder, être capable de s’ouvrir à l’autre, à Dieu. Tel est le changement radical : ce n’est plus une sortie extérieure, mais cela devient une « extase », une sortie de soi ; non pas un moment d’ivresse, mais un radical décentrement de soi qui va être un critère qui ne trompe pas et qui va permettre, dans notre vie quotidienne, de retrouver ce bonheur anticipé dès ici-bas par la prière, par la foi, par les sacrements, par la vie de charité, par l’attention aux plus pauvres. Retrouver déjà ce vrai bonheur est possible, car la vie de Dieu est elle-même décentrement de soi. Dieu, en sa propre vie, n’est qu’altérité, ouverture ; chaque personne divine est totalement désappropriée d’elle-même et totalement ouverte aux deux autres.


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Telle sera notre vie dans l’éternité. Nous pouvons, dès à présent ici-bas, vivre ce bonheur qui sera notre vie éternelle, par un radical décentrement de nous et une désappropriation de nous-mêmes. Voilà le secret de la joie !

« Le mal obscur de notre temps »

Quand on n’arrive plus à voir notre vocation à rejoindre Dieu, on se tourne alors vers ce qui est attirant et atteignable, on rabaisse notre objet de notre désir : ainsi va le monde moderne. Comme je l’indique en sous-titre de mon livre, Le Démon de midi (L’Échelle de Jacob, 2013), l’acédie, est « le mal obscur de notre temps ». Pourquoi « le mal obscur » ? Parce que le propre de l’acédie, c’est qu’on ne la voit pas. Comme le disait très finement Évagre, à midi on ne se méfie pas, donc on ne se rend pas compte qu’on est dans l’acédie. Et le propre de l’acédie, c’est qu’elle touche des personnes qui ne se rendent pas compte qu’elles sont touchées. C’est son côté redoutable : des petites infidélités toutes simples, au départ, nous conduisent petit à petit très loin. C’est le mal de notre temps.




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Nous sommes dans une société acédiaque, dans un monde pris par l’acédie avec l’incapacité de tenir les engagements. C’est le zapping permanent : on passe son temps à passer d’une chose à l’autre, on ne persévère plus, on ne finit pas ce que l’on a commencé, on est dans une recherche effrénée de sensationnel, de nouveauté… Et on a du mal à retrouver la nouveauté de la Parole de Dieu, la nouveauté de l’annonce de ce Dieu qui nous déconcertera toujours. Ce Dieu-là est vraiment nouveau. Il est la vraie nouveauté, il est le secret de notre joie !

Le Démon de midi L’acédie, mal obscur de notre temps, Dom Jean-Charles Nault, osb, Préface du cardinal Marc Ouellett, L’Échelle de Jacob, 2013, 159 pages, 16 euros.

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