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Comment l’acédie est devenue tristesse

Gregory the Great
© Renata Sedmakova | Shutterstock
Saint Grégoire le Grand.
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L’ACÉDIE (3/7). L’acédie, péché monastique par excellence, a fait partie de la liste initiale des péchés capitaux. En montrant qu’elle était d’abord une expression de la tristesse, puis de la « tristesse de Dieu », saint Grégoire le Grand et saint Thomas d’Aquin établiront la doctrine des sept péchés capitaux.

La doctrine des huit péchés capitaux développée au IVe siècle par les Pères du désert va persister dans le monde monastique. Mais, quelques siècles plus tard, le pape saint Grégoire le Grand va mystérieusement la changer en ce qui concerne l’acédie. Dans son grand ouvrage, Les Morales sur Job, qui est l’ouvrage de spiritualité de référence pour tout le Moyen Âge, perpétuellement lu et commenté, saint Grégoire va réduire les huit mauvaises pensées à sept.

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Pourquoi donc ? Parce qu’à l’époque, on est fasciné par les chiffres et, en particulier, par le chiffre sept qui est symbole de plénitude et de perfection. On va faire correspondre, par exemple, les sept dons du Saint-Esprit, les sept mauvaises pensées (qui vont devenir nos péchés capitaux), les sept demandes du Notre Père, les sept vertus (trois vertus théologales — foi, espérance et charité — et quatre vertus cardinales — prudence, justice, force et tempérance), les sept béatitudes — car, selon saint Augustin, la dernière béatitude résume toutes les autres et donc il n’y en a que sept. À partir de cela, les auteurs du Moyen Âge ont aimé faire des correspondances. Par exemple, l’acédie sera un péché contre la vertu de charité ; elle sera contraire à la demande du Notre Père : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien », elle s’opposera au don du Saint-Esprit qui est la sagesse, etc. Telles sont les sortes de correspondances dont les auteurs du Moyen Âge ont été friands.

L’acédie est intégrée dans la tristesse

Dans Les Morales sur Job, saint Grégoire s’adresse à des laïcs, car il écrit comme pape pour ses fidèles. Il connaît parfaitement la doctrine orientale concernant les mauvaises pensées, puisqu’elle a été transmise en Occident grâce à Jean Cassien, un moine qui a fondé un monastère à Marseille. Ce Jean Cassien avait été vivre plusieurs années auprès des Pères du désert, et il avait fait connaître cette doctrine orientale en Occident. Saint Benoît, au début du VIe siècle, connaissait les écrits de Cassien et les recommandait à ses moines.

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Grégoire le Grand, rédacteur de la vie de Saint Benoît, connaît évidemment très bien les écrits de Cassien. Cassien est totalement fidèle à la tradition des huit mauvaises pensées, il ne fait pratiquement que copier et traduire Évagre le pontique en latin, le découvreur de l’acédie. En revanche, Grégoire le Grand se distingue. Il change la doctrine de Cassien en enlevant l’acédie de la liste des mauvaises pensées ou péchés capitaux. Or la description qu’il fait de la tristesse montre qu’en réalité, il intègre complètement l’acédie dans la tristesse.

Un effet d’entraînement

Cassien avait bien montré que ces fameuses huit mauvaises pensées n’étaient pas forcément d’une gravité extrême, mais que leur caractère redoutable était qu’elles en entraînaient d’autres. Par exemple : la gourmandise n’est pas très grave en soi, mais c’est une porte ouverte sur d’autres péchés, un peu comme le cheval de Troie qui cache les ennemis à l’intérieur ; quand une mauvaise pensée entre en nous, elle s’ouvre et fait sortir d’elle toutes sortes d’autres péchés que l’on n’aurait pas soupçonnés et qui vont commencer à faire des ravages en nous.

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Selon Cassien, chacune de ces huit mauvaises pensées a des satellites qu’il appelle des « filles », c’est-à-dire une descendance, une progéniture. Grégoire le Grand va garder cette idée de progéniture pour chacun des péchés capitaux. Or il apparaît clairement que la progéniture qu’il attribue à la tristesse correspond à celle que Cassien attribuait à l’acédie. Ainsi Grégoire le Grand supprime l’acédie de la liste des péchés capitaux.

Il va donc y avoir, pendant quelques siècles, jusqu’à Hugues de Saint Victor et surtout saint Thomas d’Aquin au XIIIe siècle, deux listes parallèles : la liste des simples fidèles, qui est la liste de Grégoire le Grand avec sept péchés ; et la liste des moines, avec huit mauvaises pensées ; en effet, l’acédie étant le péché monastique par excellence, les moines ne pouvaient se résoudre à la supprimer.

La solution de saint Thomas d’Aquin

C’est saint Thomas d’Aquin qui va trancher : il va fixer un septénaire de péchés où l’acédie va réapparaître et prendre le pas sur la tristesse. Il n’y aura plus la tristesse dans nos péchés capitaux, mais il y aura l’acédie. Et la vanité, la vaine gloire, va être remplacée par l’envie comme déjà Grégoire le Grand l’avait proposé. Ainsi, on peut dire qu’à la fin du Moyen Âge, un nouveau septénaire est fixé, qui comporte l’acédie.
La liste des péchés capitaux se fixe et saint Thomas d’Aquin va développer une très intéressante approche de l’acédie : neuf siècles après Évagre, il propose une doctrine à la fois originale et en profonde harmonie avec la tradition du désert, en donnant deux définitions de l’acédie : la tristesse de Dieu et le dégoût de l’action.

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