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Le lynchage médiatique « au nom du bien »

PASCAL PAVANI / AFP

Bertrand Vergely - Publié le 19/07/19

La raison du lynchage médiatique réside dans le sentiment qu’en déversant sa haine, on fait œuvre de salubrité publique en étant un bon démocrate et un honnête citoyen. Le diable est rusé.

Le lynchage médiatique. Nous baignons dedans tous les jours. Tous les jours nous entendons prononcer son nom. Mais, au fond, sait-on au juste ce que c’est ? Pas forcément. Et c’est bien là le problème, le lynchage médiatique ayant deux faces : la première terrifiante, la seconde souriante. S’agissant de la face terrifiante, le lynchage médiatique relève fondamentalement du mécanisme le plus archaïque, le plus régressif, le plus violent, le plus barbare qui soit, à savoir celui du bouc émissaire. Comme l’a bien montré René Girard, quand elles sont primaires, les sociétés ont tendance à faire leur unité dans la violence, cette violence consistant à tuer une victime innocente en commun en déchargeant sur elle toute la violence que l’on peut avoir. Nous en avons tous fait l’expérience au moins de trois façons.




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À un moment ou à un autre, nous avons tous pris un malin plaisir à, comme on dit, « casser du sucre » sur quelqu’un en voyant en lui le mal, la noirceur, la perversité et en disséquant ceux-ci avec délectation. Pour expliquer ce qui va mal dans le monde et pourquoi celui-ci ne tourne pas rond nous avons tous fabriqué un responsable de tous les maux de la terre : le capitalisme, le communisme, les juifs, les Arabes, les noirs, l’étranger, l’immigration, le nationalisme, la mondialisation, les femmes, les hommes, les vieux, les jeunes, l’éducation, les racistes, les libéraux, les conservateurs, le progressisme, la Modernité, la tradition, la finance, le catholicisme, les curés, l’islam, les religions, la fin de la religion, de la morale et des valeurs, les journalistes, les médias et, pour conclure ce tour d’horizon forcément incomplet, tant la liste est longue, le mot qui résume tout : l’homme et la nature humaine.

Misère de la haine ordinaire

Enfin, secrètement, dans nos inconscients, nous avons tous détesté quelqu’un pour de mauvaises raisons, ces raisons étant que ce quelqu’un étant un type bien, on est gêné qu’il soit bien. On aimerait qu’il ne le soit pas. Quand tout le monde est mauvais, on n’a pas de honte à l’être. Quand tout le monde n’est pas mauvais, on se sent morveux, coupable de l’être. Ce type bien, cette femme bien, qu’est-ce qu’ils ont à nous narguer ? On n’est pas bien, nous ?


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Misère de la haine ordinaire à travers le plaisir de « casser du sucre », le responsable que l’on accuse et le type bien ou la femme bien que l’on déteste parce qu’ils sont bien et que cela nous dérange, tant on aimerait que ce soit nous et pas eux. Dans le lynchage médiatique, il y a cela : le déversement de la haine ordinaire, mais il y a aussi l’inverse à savoir la face souriante du lynchage.

La face honorable du lynchage

Qui participe au lynchage médiatique ? Curieusement en général des jeunes, mais pas seulement, qui sont persuadés de faire du bien en contribuant au progrès de la démocratie. Ainsi, quand on casse du sucre sur quelqu’un, attention, on ne casse pas du sucre ! On analyse et, en analysant, on fait progresser la réflexion. Vous ne le savez pas, mais le mal, c’est passionnant parce que c’est profond. Qui donc casse du sucre sur quelqu’un n’est pas un bavard un peu salaud, mais un spéléologue descendant dans les souterrains du mal afin de mieux pouvoir l’extirper.


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De même, quand ce même bavard un peu salaud se met à charger telle ou telle couche de la population de tous les maux de la terre, ne croyez pas qu’il sacrifie un peu facilement un bouc émissaire en permettant à la haine collective de se décharger. Il dénonce. Vous ne le savez pas, mais on ne nous dit pas tout. Il y a des responsables à propos de tout ce qui se passe, seulement on les cache. Quand on débusque le vrai responsable et qu’on dévoile sa face au public, on dénonce et, en dénonçant, on fait œuvre salutaire. On contribue à la justice en luttant contre les puissances occultes. On fait progresser la démocratie. On fait œuvre de citoyen.

Enfin, quand le bavard un peu salaud non seulement analyse et dénonce, mais dit du mal d’un type bien ou d’une femme bien de façon à les faire passer pour le mal, ne croyez pas que ce bavard est envieux, méchant, monstrueux. Il ne dit pas du mal faussement pour nuire. Il démystifie. Il faut arrêter la notion de type bien et de femme bien. C’est discriminant. Cela coupe le monde en deux. Qui sait si tel type bien et telle femme bien sont si bien que ça ? Qui sait si on ne nous dit pas cela pour nous méprendre ? Il faut en finir avec le bien et, pour cela, il ne faut pas avoir honte de mettre à bas ces mythes nauséabonds que sont le vrai, le bien et le beau.

La haine au service du bien

Tous les jours des tombereaux de haine se déversent, pourquoi ? Parce que ceux qui les déversent sont méchants ? Non. Parce qu’ils sont persuadés d’être des citoyens et des démocrates combattant pour le progrès de la réflexion, de la justice, de la lucidité, de la liberté d’expression de la démocratie et de la citoyenneté responsable. La démocratie leur a octroyé le droit de donner leur opinion en expliquant que ce droit n’est pas simplement un droit mais un devoir ? Eh bien, ils la donnent. Ça ne vous plaît pas ? C’est que vous n’êtes pas démocrate.


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La raison du lynchage médiatique réside là. Elle se trouve non pas dans la haine directement exprimée, mais dans le sentiment qu’en déversant sa haine, on fait œuvre de salubrité publique en étant un bon démocrate et un honnête citoyen. Le diable est rusé. Pour déverser la haine qui est la chose la moins démocratique qui soit, il utilise la démocratie. Résultat, on n’y voit que du feu. La haine devient fréquentable en se masquant derrière ce qui prétend lutter contre elle.

Ah ! J’oubliais, dans les causes du déversement de la haine ordinaire, il importe de rajouter un élément de taille. Être celui qui fait, comme on dit, « l’actu ». Cela permet de lyncher proprement en servant les informations et, derrière elles, la vérité ainsi que la morale.

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