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Pourquoi dit-on « se faire l’avocat du diable » ?

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Notre culture et notre langue française sont fortement influencées par nos racines chrétiennes. Découvrez ces expressions que nous utilisons souvent sans soupçonner qu’elles puisent leur origine dans la tradition religieuse. Aujourd’hui : « se faire l’avocat du diable ».

Vous connaissez peut-être cette blague :

Le premier jour, Dieu créa le soleil.
Alors le diable créa les coups de soleil.
Le second jour, Dieu créa l’amour.
Alors le diable créa le mariage.
Le troisième jour, Dieu créa l’avocat.
Alors, après une longue réflexion, le diable créa… un second avocat !

S’agirait-il là de notre avocat du diable ? Pour comprendre l’origine de cette expression, il faut s’intéresser en réalité au processus de canonisation : comment devient-on saint(e) ? Dans les premiers temps du christianisme, c’est la dévotion populaire qui proclame les saints, comme par exemple les premiers martyrs, ce que confirment ensuite l’évêque local et son clergé. Même si la première canonisation par un pape remonte au Xe siècle (saint Ulrich, évêque d’Augsbourg, canonisé par Jean XV), la procédure épiscopale perdure jusqu’au XIIe siècle et ce n’est qu’en 1234 que la loi inscrite dans les Décrétales de Grégoire IX réserve la canonisation au pape. Le but de cette procédure est de dépassionner les débats et d’éviter le développement des cultes « anarchiques » sous l’effet d’une exaltation populaire aussi fervente qu’éphémère.

Une enquête minutieuse

Les conditions pour devenir saint se précisent. La canonisation est le fruit d’une enquête minutieuse, un processus aux critères extrêmement rigoureux et pointilleux. On parle d‘un procès en canonisation, avec la mise en place d’un tribunal ecclésiastique au cours duquel, comme dans un procès criminel, l’accusation et la défense s’affrontent.

D’un côté le postulateur de la cause, chargé d’assurer l’instruction préalable du dossier puis de porter la cause à Rome, tente de démontrer que le bienheureux ou la bienheureuse est digne d’accéder au titre de saint(e). De l’autre côté, le promoteur de la foi présente tous les arguments possibles pour prouver le contraire. C’est ce dernier que l’on a baptisé familièrement au XVIe siècle l’advocatus diaboli, l’avocat du diable, sa mission étant de rechercher tout ce qui peut être dû à l’influence du diable dans la vie de l’éventuel futur saint (ou sainte). Cette exigence est fondamentale afin de s’assurer qu’aucune remise en cause de la canonisation ne puisse être faite plus tard.

Le premier procès de canonisation dont on ait conservé des traces serait celui de saint Galgano l’ermite du mont Siepi (XIIème siècle). Il est conservé à la bibliothèque communale de Sienne. Mais ce n’est au XVIe siècle que le pape Urbain VIII rend la présence du promoteur de la foi et sa mission de contradicteur obligatoires (il pouvait auparavant se contenter de dire qu’il n’avait rien à déclarer). En 1983, le pape Jean Paul II a simplifié la procédure de canonisation. Le promoteur de la foi, notre avocat du diable, est devenu le promoteur de justice. Aujourd’hui, l’expression est employée pour parler d’une personne qui  défend, sans forcément y croire elle-même, la cause contraire de celle qui vient d’être soutenue devant elle, que ce soit pour rechercher la vérité, par goût des joutes orales ou par esprit de contradiction. Elle s’applique également à certains avocats défendant des clients à la personnalité sulfureuse ou impliqués dans des affaires scabreuses et choquantes.

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