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Paul Serey : « Je crois profondément que la Vérité n’est pas selon le monde, mais selon Dieu »

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Paul Serey vient de publier "Le carrousel des ombres" aux Éditions des Équateurs, un premier roman remarqué dans lequel son narrateur part sur les traces du mystérieux baron Ungern, guerrier mystique des armées blanches opposées à l’Armée rouge. Derrière cette quête se cache aussi une recherche de Dieu dans un monde où le sacré semble disparu. Il revient pour Aleteia sur son livre et sur sa foi.

Aleteia : Votre narrateur part sur les traces du baron Ungern à travers l’Asie, dans une sorte de pèlerinage halluciné vers ce héros disparu mais, également, dans « une quête obsessionnelle de Dieu », selon vos mots. Le voyage est-il pour vous une façon de vous rapprocher de Dieu ?
Paul Serey : Le voyage m’a fait comprendre une chose : voyager ne sert à rien. Je veux dire qu’il apporte moins que la lecture d’un bon auteur ou le jardinage. Il apporte souvent même moins, car tout est question de disposition d’esprit. Le voyage, tel qu’on l’entend aujourd’hui, est une activité de loisir, du tourisme, autrement dit. Et je crois que le tourisme est nuisible, pour les visités comme pour les visiteurs, qui entretiennent une image fantasmée de l’« Autre », comme on dit. Le seul voyagantée possible est le pèlerinage. C’est une affaire intérieure et spirituelle, qui ne peut se passer de lenteur et de souffrance. Et je n’ai jamais conçu le voyage autrement. J’ai traversé la Sibérie à pied non pour réaliser un exploit mais pour forcer des portes intérieures qui étaient verrouillées. Je me suis rendu disponible, dans un esprit contemplatif, pour les gens que je rencontrais, et pour la nature et l’immensité. Cette immensité, quand on prend le temps de s’oublier, est partout. Dans les hommes comme dans la moindre chose. À ce moment là seulement, on peut faire une place pour Dieu, pour l’absolu. À ce moment là seulement, Dieu peut occuper notre espace intérieur et, pour moi, il l’a occupé tout entier.

La perte du sacré dans notre monde moderne est un des fils rouges de votre livre. Quel est le sens de cette disparition selon vous ?
Je répète souvent la définition du sacré selon le Trésor de la langue Française : « Qui appartient à un domaine séparé, inviolable, privilégié par son contact avec la divinité et inspirant crainte et respect. » Quel est donc ce domaine aujourd’hui ? Où est-il ? Je parle de l’Occident bien-sûr, et à son esprit délétère. Il y a bien sûr quelques isolats, quelques îles encore touchées par la grâce. Mais elles ne font que surnager dans un océan de relativisme et de matérialisme. Il me semble que le sens de cette disparition est celui d’un monde qui s’est perdu, gangrené par l’idéologie et l’illusion d’un progrès fantasmatique, uniquement fondé sur le sol sec du scientisme et de la technologisation à outrance. C’est un mal endémique et inarrêtable parce qu’il ne dépend plus de nous. Il a acquis une autonomie qui ne peut être contrecarrée que si l’homme se révolte, que si l’homme engage une guerre, une révolution contre ce qu’on appelle la civilisation et qui n’est qu’une caricature de celle-ci, de celle que les hommes habitaient au temps où Dieu était au centre du Logos, où l’homme était encore sacré.

On pense même parfois en lisant votre livre à la tradition des fols-en-Christ. Ces « clochards célestes » vous ont-ils inspiré dans votre vie et dans votre écriture ?
Le fol-en-Christ est l’irruption de la foi parmi les hommes de raison. Je parle de cette raison qui n’est plus recherche de Dieu mais une raison purement humaine, vouée aux intérêts individuels où à l’organisation de la cité des hommes. Le fol-en-Christ bouscule, dérange, parce qu’il nous rappelle que la foi est folie, et que cette folie est la raison de Dieu. Tertullien le disait magnifiquement : « Je crois parce que c’est absurde ». Et il est bon de rappeler ce passage de Paul : « Langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur Salut, pour nous, il est puissance de Dieu. L’Écriture dit en effet : Je mènerai à sa perte la sagesse des sages, et l’intelligence des intelligents, je la rejetterai. Où est-il, le sage ? Où est-il, le scribe ? Où est-il, le raisonneur d’ici-bas ? La sagesse du monde, Dieu ne l’a-t-il pas rendue folle ? Puisque, en effet, par une disposition de la sagesse de Dieu, le monde, avec toute sa sagesse, n’a pas su reconnaître Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par cette folie qu’est la proclamation de l’Évangile. » Je crois profondément que la Vérité n’est pas selon le monde, mais selon Dieu, et oui, c’est cela qui me guide.

Vous écrivez à propos d’Ungern que « du point de vue de la morale il n’est pas défendable. (…) C’est un monstre à deux faces. Comme nous tous, peut-être. En tous les cas, comme Dieu. » Qu’entendez-vous par là ?
Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Élie Faure, qui se place dans une logique purement Nietzschéenne. Et Élie Faure parlait de Napoléon. Mais il parle d’or. Ungern est au-delà du bien et du mal, donc de la morale. Nous rencontrons encore ici la folie. La raison ne peut juger ce qui est par-delà la morale. Ni le défendre, ni le dénigrer. La geste d’Ungern se situe dans l’absolu. Le jugement des hommes est ici rendu caduc. C’est une ordalie seulement qui peut entrer en jeu, le jugement de Dieu seul. Élie Faure était juif. Je ne sais donc ce qu’il entendait par ce « monstre à deux faces » que Dieu serait. Mais je crois que nous, chrétiens, pouvons entendre l’Évangile et ses Deux Étendards, comme les deux Christs, si je puis dire, le Christ mort et le Christ ressuscité, ou encore comme le Christ aux enfers et le Christ glorieux. Mais ces mots sont pour moi assez mystérieux.

La Procure / Éditions des Equateurs
Le carrousel des ombres, Paul Serey

Le carrousel des ombres, Paul Serey, Éditions des Équateurs, avril 2019, 18 euros.

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